Ils ont le pétrole…

Certains d’entre vous se souviendront de la chanson de Michel Sardou (1979)… Je l’entendais hier (oui, elle fait partie des trois mille et quelque tounes enregistrées sur mon ordinateur et que je fais jouer au hasard pendant que je travaille) et tout-à-coup il me semblait que cette chanson s’appliquait drôlement à l’Alberta, même si elle vise évidemment autre chose. Disons qu’ici, pour «le bon pain» et «le bon vin», il faut parfois faire des détours…

Avant même mon arrivée ici, j’avais fait l’inventaire des épiceries disponibles. D’abord, précisons qu’il n’y a à peu près pas d’épiceries spécialisées (ou bien elles sont bien cachées). La seule que j’ai trouvée est une minuscule boutique, la Tienda latina, qui se trouve sur la rue Ross et qui vend, vous l’avez deviné, des accessoires pour cuisine hispanique. Le choix n’est pas terrible et est principalement orienté sur l’Amérique centrale. On y trouve par contre des habitués sympathiques qui viennent y prendre le café pour un brin de causette. Il y a aussi un marché extérieur estival où je n’ai pas eu le temps d’aller avant qu’il cesse ses activités pour l’hiver. Je me promets d’y aller cet été. On trouve aussi une poissonnerie où je ne suis pas encore allé et, depuis peu, une boucherie spécialisée qui, entre autres, tient de la viande de bison d’élevage. Il n’y a cependant pas de boulangerie ni de fromagerie.

Il faut donc se contenter des grandes chaînes. Éliminons d’emblée Safeway. C’est une chaîne étatsunienne et ils n’ont pas besoin de mes dollars. Idem pour Wal-Mart et Costco, où je ne mets jamais les pieds, encore une fois par principe. Cela nous laisse le choix entre The Real Canadian Superstore, un membre de la grande famille Loblaws, Sobeys, une compagnie néo-brunswickoise et Save-on-Foods, une chaîne de la Colombie Britannique. Il ne semble pas y avoir de chaîne indigène (d’origine albertaine), sinon peut-être Co-op, mais le choix à cet endroit n’est pas terrible.

Pour ceux qui vivent au Québec, Superstore, c’est l’équivalent de Maxi & Cie: la moitié du magasin est une épicerie et l’autre un concurrent de Wal-Mart: on y trouve des vêtements, de la literie, des jouets, des meubles en kits, des accessoires de jardin et tout plein d’articles saisonniers en plus d’une pharmacie, d’un nettoyeur, et que sais-je encore. Si Ben Béland était du cru, il ne dirait pas «et chez Jean-Coutu pour le restant» en parlant des habitudes de magasinage, mais bien «et chez Superstore pour le restant». (Bon, je sais, je viens de révéler mon âge et celui de mes lointaines références télévisuelles, ici).

Le choix est assez bon et c’est probablement l’épicerie où l’on trouve généralement le panier le moins cher, mais je déteste profondément ce magasin. D’abord, pour obtenir un panier d’épicerie, il faut insérer une pièce d’un dollar dans un mécanisme logé dans la poignée, ce qui permet de dégager une chaînette attachée aux autres paniers. Pour récupérer sa pièce de monnaie, il faut rattacher le panier à un autre. Cela évite que les clients partent avec les paniers et les laissent traîner un peu partout, mais je n’ai pas toujours de pièces de 1$ sur moi… Il y aussi quelque chose en moi qui s’oppose à toute forme de contrôle du genre. De plus, on ne peut pas entrer dans ce magasin sans se faire «accueillir» par des employées plutôt agressives (ce sont généralement des femmes d’un certain âge) qui s’assurent que l’on n’entre pas à cet endroit avec un sac au dos. C’est curieux, pourtant, depuis que mon sac à dos est décédé après dix ans de bons et loyaux services et que je l’ai remplacé par un sac en bandouillère — qui contient pourtant la même chose! — on ne me dérange plus! Je suppose que cela passe davantage pour une «sacoche». Et troisièmement, il y a un prix à payer pour obtenir les meilleurs prix en ville: il faut accepter de faire la file interminablement aux caisses (car ils n’embauchent que le minimum nécessaire de personnel pour maximiser les profits). Depuis peu, ils ont installé des caisses automatisées, mais encore une fois, elles sont surchargées. En plus, on doit payer ses sacs d’épicerie si l’on n’a pas de sacs réutilisables. Je comprends le principe écologique, mais je suis beaucoup trop conscient que le réel motif de la chose est encore une fois d’augmenter les profits du magasin… J’évite donc d’aller à cet endroit et lorsque j’y vais, c’est surtout pour des articles non-alimentaires ou en vrac. Je m’apporte de la lecture. L’autre jour, je voulais arrêter en passant (c’est la seule épicerie sur le trajet régulier de ma maison au collège) pour prendre des bananes que j’avais oublié d’acheter la veille en faisant l’épicerie. Un coup d’œil aux files d’attente aux caisses m’a carrément fait virer les talons. J’allais me passer de ce fruit jusqu’à la semaine suivante.

La première épicerie où je suis allé à mon arrivée (vous savez, L’ÉPICERIE, celle qui coûte une fortune lorsque l’on emménage), ce fut Sobey’s. Leurs magasins sont agréables, vastes, bien décorés… mais c’est probablement là où j’ai payé le plus cher de ma vie. Plutôt que d’acheter des réserves, je me suis procuré le strict nécessaire pour manger quelques jours, me disant que je trouverais bien un meilleur endroit. Un exemple: le jus Tropicana en contenant de 3.78L coûtait 8$ (je sais, j’ai des goûts de luxe). De plus, pas moyen de trouver un pain (exception faite de l’excécrable «Wonder Bread» à la mie blanche et pâteuse) à moins de 3$. Je préfère le multigrain… il faut croire que la santé a un prix! Je me souvenais avoir payé moins cher au Superstore lors de mon passage de juillet, lorsque je cherchais un logement. Je n’ai plus remis les pieds chez Sobey’s depuis, sauf une fois, il n’y a pas très longtemps, où je suis allé visiter celui qui se trouve près de chez moi à la recherche d’articles nécessaires à la préparation d’un plat de dernière minute. Je ne voulais pas prendre la voiture pour me rendre à mon épicerie régulière. Ils n’avaient évidemment pas de fenouil… ils ne savaient même pas ce que c’est!

Finalement, au fil de mes explorations, j’ai abouti chez Save-on-Foods, qui est devenu mon fournisseur régulier. L’endroit est plutôt sympathique et la succursale où je vais (il y en a deux à Red Deer) se trouve dans un espace qui regroupe plusieurs autres commerces, dont une clinique vétérinaire où mes chats ont un dossier et un optométriste qui se spécialise dans le traitement de cas bizarres et étranges comme le mien. Cela m’évite donc des tours de roue pour faire mes courses. Le choix chez Save-on-Foods est adéquat et même un peu au-dessus de la moyenne de ce qui est accessible ici. Entre autres, on trouve d’autres fromages que le cheddar et le gouda.

J’ai toutefois acquis, au fil des années, des petits caprices alimentaires, oh, bien innocents, mais qui m’ont causé quelques maux de tête une fois mes réserves épuisées. Par exemple, je crois fermement que la vie est trop courte pour boire du mauvais café ou du mauvais vin. Comme je ne bois généralement qu’une seule tasse de café avec mon petit-déjeuner, j’aime bien qu’elle soit bonne. Je mouds moi-même mes grains de café Lavazza Qualità Oro importé d’Italie, puis je crée le divin breuvage grâce à une cafetière-moka (je me suis promis une véritable cafetière expresso électrique lorsque les finances se seront remises du déménagement). À Ottawa, je pouvais trouver ce café chez Loblaws, où d’ailleurs je trouvais à peu près tout ce qui m’était nécessaire, sauf quelques articles que j’allais me procurer au Marché Atwater lors de mes visites mensuelles à Montréal.

Ici, aucune épicerie ne vend de ce café. Certaines vendent des cafés équitables, ce qui est fort bien, mais je n’en ai malheureusement pas encore goûté un qui vaille la peine de changer mes habitudes, sinon ce café artisanal qu’on nous avait vendu à Port-au-Prince, torréfié à la main… un pur délice! Mais je n’ai pas les moyens de me rendre en Haïti régulièrement et je suis dépourvu de contacts qui parcourent ce trajet. Après quelques mois ici (et au moment où mes réserves de café baissaient de manière inquiétante), un collègue m’a mentionné un marché italien à Edmonton, un peu l’équivalent propret de la délectablement bordélique épicerie Milano du boulevard Saint-Laurent à Montréal… où je trouve dorénavant ces petites spécialités qui rendent la vie plus agréable: café, pâtes longues, pesto, tomates séchées, huile d’olive, vinaigre balsamique… entre autres! Ils ont aussi du pain frais, des pâtisseries, une sélection de chocolats impressionnante, et aussi des accessoires de cuisine. Comme je me rends régulièrement dans la capitale, j’en profite! Ce cri perçant que vous entendez, c’est celui de mon portefeuille qu’on égorge lorsque je passe la porte. Comme Oscar Wilde, je résiste à la tentation en succombant…

Il restait toutefois un problème durant mon premier mois ici: où trouver du vin décent (lire: autre chose que ce qui se vend dans les dépanneurs et épiceries au Québec) et du fromage de qualité? Pour le fromage, l’acheteur de Save-on-Foods fait des efforts et je trouve souvent ce que je veux et je peux passer des commandes spéciales. Oui, je trouve du Oka ici, mais aussi tout un assortiment de pâtes persillées et d’autres délices. De plus, on m’a éventuellement présenté un ancien prof du collège qui reçoit régulièrement des arrivages d’un grossiste et qui vend le tout au détail à des prix de gros. J’ai reçu de lui un fromage de chèvre divin et quelques autres délices qui ont fait ma joie en décembre, et ce à un prix incroyablement bas.

Pour le vin, il m’a fallu me renseigner auprès de collègues qui s’y connaissent. Ici, il n’y a pas de Société des alcools ou de LCBO. Il y n’y a pas de vin dans les épiceries et dépanneurs non plus, sinon de petites quantités de vin destiné à la cuisson. Le gouvernement contrôle le commerce des alcools, mais la vente au détail est privatisée. On trouve donc un peu partout des magasins aux noms évocateurs, des variations sur le thème «Liquor». Ici, impossible de ne pas savoir ce qu’ils vendent. Près du collège, un détaillant affiche en lettres immenses: «Cold Beer». Ce n’est pas qu’il soit difficile de trouver de l’alcool, mais si on cherche autre chose que de la bière, de l’alcool fort ou du pipi de chat, il faut faire un effort. J’ai finalement réussi à localiser deux fournisseurs: l’un d’eux est le détaillant d’alcools associé au Superstore, qui a probablement la meilleure sélection à bons prix en ville et l’autre s’appelle «Liquor Hutch». C’est un magasin un peu plus spécialisé, qui organise même des dégustations. On y trouve un peu de tout, mais à des prix légèrement plus élevés. Il y aussi ce magasin haut-de-gamme à Calgary où j’ai trouvé du rhum Barbancourt en janvier… mais là, je n’ai même pas osé acheter autre chose: les prix sont carrément indécents pour mon modeste budget. D’ailleurs, ce n’est pas que le vin fasse partie de ma diète régulière, mais justement, puisque c’est un aliment de fête, il faut bien qu’il en soit digne! J’ai finalement de quoi satisfaire mes goûts de luxe. Voir aussi à ce sujet mon article portant sur les magasins d’alcools.

Je me permets une parenthèse sur les restaurants de cette charmante ville. Red Deer, vous l’aurez deviné, n’est pas exactement une capitale culturelle, ni le point de rencontre des saveurs du monde. Les restaurants sont à l’avenant. Si vous consultez le guide touristique de Red Deer à la section restauration, vous pourrez admirer une liste complète d’à peu près toutes les chaînes de «cuisine familiale» de l’Amérique du Nord. Il y a bien quelques restos indépendants, mais il faut chercher. Les meilleurs, étrangement, sont des restaurants ethniques: le buffet indien Tandoor & Grill est de loin le meilleur restaurant en ville et pour ceux qui n’aiment pas la nourriture indienne, ils offrent un menu occidental, mais à quoi bon? Las Palmeras, restaurant mexicain et Tex-Mex vaut lui aussi le détour. Il y a deux restaurants de sushi, dont un seul, Shiso, vaut parfois la peine de s’y rendre… mais il ne faut pas être pressé, car la pénurie de personnel qui frappe la province se répercute dans le service! On m’a chaudement recommandé It’s All Greek to Me, mais je n’y suis pas encore allé. Il n’y pas de restaurant italien digne de ce nom et on ne trouve qu’un buffet chinois qui ne soit pas toxique: Dragon City, mais il ne faut pas s’attendre à de la haute gastronomie. Un seul restaurant, le Redstone, prétend être un endroit de ce qu’on appelle ici le fine dining, mais l’endroit est plus prétentieux et cher qu’autre chose…

Ici, les gens qui cuisinent ne sont par conséquent pas rares. Je dépense davantage en épicerie qu’en factures de restaurant et comme je suis du genre qui aime mitonner, je ne souffre pas trop. Donc, si vous venez faire un tour, vous êtes les bienvenus chez Doréus pour un repas gastronomique mettant peut-être en vedette le justement renommé bœuf albertain que je peux vous apprêter sur le gril, accompagné, s’il est en saison, de maïs de Taber. L’été, nous avons accès aux excellents fruits de la Colombie Britannique que nous proposent des marchands le long des routes. Ah! Vivement l’été et ses saveurs! Je prévois également semer un jardin dans la cour arrière cet été: la fraîcheur sera donc au rendez-vous.

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