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Archive for the ‘Déménagement 2007’ Category

Ils ont le pétrole…

1UTC Vendredi 28 mars 2008 Laisser un commentaire

Certains d’entre vous se souviendront de la chanson de Michel Sardou (1979)… Je l’entendais hier (oui, elle fait partie des trois mille et quelque tounes enregistrées sur mon ordinateur et que je fais jouer au hasard pendant que je travaille) et tout-à-coup il me semblait que cette chanson s’appliquait drôlement à l’Alberta, même si elle vise évidemment autre chose. Disons qu’ici, pour «le bon pain» et «le bon vin», il faut parfois faire des détours…

Avant même mon arrivée ici, j’avais fait l’inventaire des épiceries disponibles. D’abord, précisons qu’il n’y a à peu près pas d’épiceries spécialisées (ou bien elles sont bien cachées). La seule que j’ai trouvée est une minuscule boutique, la Tienda latina, qui se trouve sur la rue Ross et qui vend, vous l’avez deviné, des accessoires pour cuisine hispanique. Le choix n’est pas terrible et est principalement orienté sur l’Amérique centrale. On y trouve par contre des habitués sympathiques qui viennent y prendre le café pour un brin de causette. Il y a aussi un marché extérieur estival où je n’ai pas eu le temps d’aller avant qu’il cesse ses activités pour l’hiver. Je me promets d’y aller cet été. On trouve aussi une poissonnerie où je ne suis pas encore allé et, depuis peu, une boucherie spécialisée qui, entre autres, tient de la viande de bison d’élevage. Il n’y a cependant pas de boulangerie ni de fromagerie.

Il faut donc se contenter des grandes chaînes. Éliminons d’emblée Safeway. C’est une chaîne étatsunienne et ils n’ont pas besoin de mes dollars. Idem pour Wal-Mart et Costco, où je ne mets jamais les pieds, encore une fois par principe. Cela nous laisse le choix entre The Real Canadian Superstore, un membre de la grande famille Loblaws, Sobeys, une compagnie néo-brunswickoise et Save-on-Foods, une chaîne de la Colombie Britannique. Il ne semble pas y avoir de chaîne indigène (d’origine albertaine), sinon peut-être Co-op, mais le choix à cet endroit n’est pas terrible.

Pour ceux qui vivent au Québec, Superstore, c’est l’équivalent de Maxi & Cie: la moitié du magasin est une épicerie et l’autre un concurrent de Wal-Mart: on y trouve des vêtements, de la literie, des jouets, des meubles en kits, des accessoires de jardin et tout plein d’articles saisonniers en plus d’une pharmacie, d’un nettoyeur, et que sais-je encore. Si Ben Béland était du cru, il ne dirait pas «et chez Jean-Coutu pour le restant» en parlant des habitudes de magasinage, mais bien «et chez Superstore pour le restant». (Bon, je sais, je viens de révéler mon âge et celui de mes lointaines références télévisuelles, ici).

Le choix est assez bon et c’est probablement l’épicerie où l’on trouve généralement le panier le moins cher, mais je déteste profondément ce magasin. D’abord, pour obtenir un panier d’épicerie, il faut insérer une pièce d’un dollar dans un mécanisme logé dans la poignée, ce qui permet de dégager une chaînette attachée aux autres paniers. Pour récupérer sa pièce de monnaie, il faut rattacher le panier à un autre. Cela évite que les clients partent avec les paniers et les laissent traîner un peu partout, mais je n’ai pas toujours de pièces de 1$ sur moi… Il y aussi quelque chose en moi qui s’oppose à toute forme de contrôle du genre. De plus, on ne peut pas entrer dans ce magasin sans se faire «accueillir» par des employées plutôt agressives (ce sont généralement des femmes d’un certain âge) qui s’assurent que l’on n’entre pas à cet endroit avec un sac au dos. C’est curieux, pourtant, depuis que mon sac à dos est décédé après dix ans de bons et loyaux services et que je l’ai remplacé par un sac en bandouillère — qui contient pourtant la même chose! — on ne me dérange plus! Je suppose que cela passe davantage pour une «sacoche». Et troisièmement, il y a un prix à payer pour obtenir les meilleurs prix en ville: il faut accepter de faire la file interminablement aux caisses (car ils n’embauchent que le minimum nécessaire de personnel pour maximiser les profits). Depuis peu, ils ont installé des caisses automatisées, mais encore une fois, elles sont surchargées. En plus, on doit payer ses sacs d’épicerie si l’on n’a pas de sacs réutilisables. Je comprends le principe écologique, mais je suis beaucoup trop conscient que le réel motif de la chose est encore une fois d’augmenter les profits du magasin… J’évite donc d’aller à cet endroit et lorsque j’y vais, c’est surtout pour des articles non-alimentaires ou en vrac. Je m’apporte de la lecture. L’autre jour, je voulais arrêter en passant (c’est la seule épicerie sur le trajet régulier de ma maison au collège) pour prendre des bananes que j’avais oublié d’acheter la veille en faisant l’épicerie. Un coup d’œil aux files d’attente aux caisses m’a carrément fait virer les talons. J’allais me passer de ce fruit jusqu’à la semaine suivante.

La première épicerie où je suis allé à mon arrivée (vous savez, L’ÉPICERIE, celle qui coûte une fortune lorsque l’on emménage), ce fut Sobey’s. Leurs magasins sont agréables, vastes, bien décorés… mais c’est probablement là où j’ai payé le plus cher de ma vie. Plutôt que d’acheter des réserves, je me suis procuré le strict nécessaire pour manger quelques jours, me disant que je trouverais bien un meilleur endroit. Un exemple: le jus Tropicana en contenant de 3.78L coûtait 8$ (je sais, j’ai des goûts de luxe). De plus, pas moyen de trouver un pain (exception faite de l’excécrable «Wonder Bread» à la mie blanche et pâteuse) à moins de 3$. Je préfère le multigrain… il faut croire que la santé a un prix! Je me souvenais avoir payé moins cher au Superstore lors de mon passage de juillet, lorsque je cherchais un logement. Je n’ai plus remis les pieds chez Sobey’s depuis, sauf une fois, il n’y a pas très longtemps, où je suis allé visiter celui qui se trouve près de chez moi à la recherche d’articles nécessaires à la préparation d’un plat de dernière minute. Je ne voulais pas prendre la voiture pour me rendre à mon épicerie régulière. Ils n’avaient évidemment pas de fenouil… ils ne savaient même pas ce que c’est!

Finalement, au fil de mes explorations, j’ai abouti chez Save-on-Foods, qui est devenu mon fournisseur régulier. L’endroit est plutôt sympathique et la succursale où je vais (il y en a deux à Red Deer) se trouve dans un espace qui regroupe plusieurs autres commerces, dont une clinique vétérinaire où mes chats ont un dossier et un optométriste qui se spécialise dans le traitement de cas bizarres et étranges comme le mien. Cela m’évite donc des tours de roue pour faire mes courses. Le choix chez Save-on-Foods est adéquat et même un peu au-dessus de la moyenne de ce qui est accessible ici. Entre autres, on trouve d’autres fromages que le cheddar et le gouda.

J’ai toutefois acquis, au fil des années, des petits caprices alimentaires, oh, bien innocents, mais qui m’ont causé quelques maux de tête une fois mes réserves épuisées. Par exemple, je crois fermement que la vie est trop courte pour boire du mauvais café ou du mauvais vin. Comme je ne bois généralement qu’une seule tasse de café avec mon petit-déjeuner, j’aime bien qu’elle soit bonne. Je mouds moi-même mes grains de café Lavazza Qualità Oro importé d’Italie, puis je crée le divin breuvage grâce à une cafetière-moka (je me suis promis une véritable cafetière expresso électrique lorsque les finances se seront remises du déménagement). À Ottawa, je pouvais trouver ce café chez Loblaws, où d’ailleurs je trouvais à peu près tout ce qui m’était nécessaire, sauf quelques articles que j’allais me procurer au Marché Atwater lors de mes visites mensuelles à Montréal.

Ici, aucune épicerie ne vend de ce café. Certaines vendent des cafés équitables, ce qui est fort bien, mais je n’en ai malheureusement pas encore goûté un qui vaille la peine de changer mes habitudes, sinon ce café artisanal qu’on nous avait vendu à Port-au-Prince, torréfié à la main… un pur délice! Mais je n’ai pas les moyens de me rendre en Haïti régulièrement et je suis dépourvu de contacts qui parcourent ce trajet. Après quelques mois ici (et au moment où mes réserves de café baissaient de manière inquiétante), un collègue m’a mentionné un marché italien à Edmonton, un peu l’équivalent propret de la délectablement bordélique épicerie Milano du boulevard Saint-Laurent à Montréal… où je trouve dorénavant ces petites spécialités qui rendent la vie plus agréable: café, pâtes longues, pesto, tomates séchées, huile d’olive, vinaigre balsamique… entre autres! Ils ont aussi du pain frais, des pâtisseries, une sélection de chocolats impressionnante, et aussi des accessoires de cuisine. Comme je me rends régulièrement dans la capitale, j’en profite! Ce cri perçant que vous entendez, c’est celui de mon portefeuille qu’on égorge lorsque je passe la porte. Comme Oscar Wilde, je résiste à la tentation en succombant…

Il restait toutefois un problème durant mon premier mois ici: où trouver du vin décent (lire: autre chose que ce qui se vend dans les dépanneurs et épiceries au Québec) et du fromage de qualité? Pour le fromage, l’acheteur de Save-on-Foods fait des efforts et je trouve souvent ce que je veux et je peux passer des commandes spéciales. Oui, je trouve du Oka ici, mais aussi tout un assortiment de pâtes persillées et d’autres délices. De plus, on m’a éventuellement présenté un ancien prof du collège qui reçoit régulièrement des arrivages d’un grossiste et qui vend le tout au détail à des prix de gros. J’ai reçu de lui un fromage de chèvre divin et quelques autres délices qui ont fait ma joie en décembre, et ce à un prix incroyablement bas.

Pour le vin, il m’a fallu me renseigner auprès de collègues qui s’y connaissent. Ici, il n’y a pas de Société des alcools ou de LCBO. Il y n’y a pas de vin dans les épiceries et dépanneurs non plus, sinon de petites quantités de vin destiné à la cuisson. Le gouvernement contrôle le commerce des alcools, mais la vente au détail est privatisée. On trouve donc un peu partout des magasins aux noms évocateurs, des variations sur le thème «Liquor». Ici, impossible de ne pas savoir ce qu’ils vendent. Près du collège, un détaillant affiche en lettres immenses: «Cold Beer». Ce n’est pas qu’il soit difficile de trouver de l’alcool, mais si on cherche autre chose que de la bière, de l’alcool fort ou du pipi de chat, il faut faire un effort. J’ai finalement réussi à localiser deux fournisseurs: l’un d’eux est le détaillant d’alcools associé au Superstore, qui a probablement la meilleure sélection à bons prix en ville et l’autre s’appelle «Liquor Hutch». C’est un magasin un peu plus spécialisé, qui organise même des dégustations. On y trouve un peu de tout, mais à des prix légèrement plus élevés. Il y aussi ce magasin haut-de-gamme à Calgary où j’ai trouvé du rhum Barbancourt en janvier… mais là, je n’ai même pas osé acheter autre chose: les prix sont carrément indécents pour mon modeste budget. D’ailleurs, ce n’est pas que le vin fasse partie de ma diète régulière, mais justement, puisque c’est un aliment de fête, il faut bien qu’il en soit digne! J’ai finalement de quoi satisfaire mes goûts de luxe. Voir aussi à ce sujet mon article portant sur les magasins d’alcools.

Je me permets une parenthèse sur les restaurants de cette charmante ville. Red Deer, vous l’aurez deviné, n’est pas exactement une capitale culturelle, ni le point de rencontre des saveurs du monde. Les restaurants sont à l’avenant. Si vous consultez le guide touristique de Red Deer à la section restauration, vous pourrez admirer une liste complète d’à peu près toutes les chaînes de «cuisine familiale» de l’Amérique du Nord. Il y a bien quelques restos indépendants, mais il faut chercher. Les meilleurs, étrangement, sont des restaurants ethniques: le buffet indien Tandoor & Grill est de loin le meilleur restaurant en ville et pour ceux qui n’aiment pas la nourriture indienne, ils offrent un menu occidental, mais à quoi bon? Las Palmeras, restaurant mexicain et Tex-Mex vaut lui aussi le détour. Il y a deux restaurants de sushi, dont un seul, Shiso, vaut parfois la peine de s’y rendre… mais il ne faut pas être pressé, car la pénurie de personnel qui frappe la province se répercute dans le service! On m’a chaudement recommandé It’s All Greek to Me, mais je n’y suis pas encore allé. Il n’y pas de restaurant italien digne de ce nom et on ne trouve qu’un buffet chinois qui ne soit pas toxique: Dragon City, mais il ne faut pas s’attendre à de la haute gastronomie. Un seul restaurant, le Redstone, prétend être un endroit de ce qu’on appelle ici le fine dining, mais l’endroit est plus prétentieux et cher qu’autre chose…

Ici, les gens qui cuisinent ne sont par conséquent pas rares. Je dépense davantage en épicerie qu’en factures de restaurant et comme je suis du genre qui aime mitonner, je ne souffre pas trop. Donc, si vous venez faire un tour, vous êtes les bienvenus chez Doréus pour un repas gastronomique mettant peut-être en vedette le justement renommé bœuf albertain que je peux vous apprêter sur le gril, accompagné, s’il est en saison, de maïs de Taber. L’été, nous avons accès aux excellents fruits de la Colombie Britannique que nous proposent des marchands le long des routes. Ah! Vivement l’été et ses saveurs! Je prévois également semer un jardin dans la cour arrière cet été: la fraîcheur sera donc au rendez-vous.

Vignettes sur la vie en Alberta

1UTC Mardi 25 mars 2008 Laisser un commentaire

Après un peu plus de six mois en Alberta, quelles sont mes impressions? Qu’est-ce qui m’étonne, m’apporte de la joie ou des frustrations? Voici donc quelques vignettes et anecdotes livrées en vrac, sans ordre précis…

La première chose qui m’a frappé lorsque je suis sorti de l’aéroport de Calgary à mon premier séjour en Alberta (pour l’entrevue en mai 2007) fut l’omniprésence des camions, particulièrement des «pick-ups». Il y en a partout. Bon, personnellement, je suis un brin écolo et je ne pourrais pas justifier de conduire un mastodonte alors que ma Bernadette est déjà bien assez volumineuse pour mes besoins. D’ailleurs, avec le retour du beau temps cet été, je vais recommencer à utiliser ma bicyclette pour me rendre au travail: j’ai besoin de l’exercice et la Terre a besoin du répit — si petit soit-il — que je peux lui apporter. Malgré tout, j’avoue que la conduite d’une petite voiture au milieu de camions pose parfois des défis: on ne voit pas très loin en avant, la nuit on se fait éblouir par les phares, et certains conducteurs se croient tout permis parce qu’ils sont au volant d’un véhicule plus lourd. C’est bien leur problème… il m’est cependant parfois arrivé, surtout à Calgary ou Edmonton, de devoir ressortir mes réflexes de conduite montréalaise pour faire ma place dans le trafic. Ceci dit, les Albertains ne sont ni meilleurs ni pires conducteurs que les Québécois. Ici aussi, on oublie de signaler son intention avant de changer de voie ou de tourner. Certains croient que les dépassements à droite sont permis. Certains croient posséder une voie et la rage au volant est présente, même dans une ville de relative petite taille comme Red Deer. On se calme, les gars et les filles… on va tous finir par arriver à destination!

On m’avait prévenu en ce qui concerne la conduite et la présence de pick-ups. On s’y fait, comme les Montréalais — ou plutôt les banlieusards de la Rive-Sud — s’habituent à passer 45 minutes chaque jour sur le pont Champlain (j’en sais quelque chose!). Ici, les véritables embouteillages sont plutôt rares et j’avoue que je souris lorsque j’entends à la radio parler des imbroglios de circulation à Calgary, qui n’ont rien à voir avec ceux de Montréal ou de Toronto…

Pour demeurer dans le thème de la circulation, le plus grand défi, je pense, concerne la conduite hivernale. La plupart des villes ne déneigent pas vraiment les rues: on attend que la neige fonde. À Red Deer, seules les artères principales se font déneiger après les grosses bordées de neige. Les rues résidentielles ne se font déneiger que si elles deviennent trop enneigées pour permettre la circulation ce qui ne s’est pas produit cet hiver. De plus, on n’épand pas de sel de déglaçage, sauf sur l’autoroute 2 et dans les grandes villes. C’est merveilleux pour conserver la carrosserie des voitures… mais ce qui remplace le sel pour aider l’adhérence, un mélange de gravier et de sable, pose problème d’une autre façon: les petits cailloux sur l’autoroute ont la manie d’aller percuter la calandre et le pare-brise des véhicules à haute vitesse… avec des conséquences qui peuvent être funestes. Il faut faire réparer tout éclat sans tarder! Ma compagnie d’assurance me proposait d’ailleurs une protection spéciale pour le pare-brise, ce dont je n’avais jamais entendu parler dans l’est. Ce n’est pas un luxe! Les entreprises de réparation de pare-brise font des affaires d’or. Une trousse de retouche pour la peinture n’est pas un luxe non plus, pour éviter que ces éclats de roche provoquent de la rouille.

Enfin, le sable accumulé au cours de l’hiver commence à poser problème d’une autre manière. Présentement, l’air de Red Deer est jaunasse à cause de la poussière qui lève des rues. Les équipes de nettoyage se sont mises à pied d’œuvre cette semaine, mais elles en auront pour quelques semaines à rendre la ville un peu plus propre. Non seulement ma voiture est-elle constamment recouverte d’un film jaune, qui ne paraît pas trop sur la carrosserie étant donné sa couleur, mais qui pose problème dans les fenêtres lorsque le soleil donne directement dans la lunette arrière, par exemple. C’est tout de même moins pire que de conduire dans la slush montréalaise, où il faut utiliser presque autant de liquide lave-glace que d’essence… Je passe sur l’irritation de la cornée causée par ces poussières qui se glissent sous mes verres de contact…

Les pneus d’hiver ne sont pas optionnels: ils sont une nécessité! Et ce même en ville. Je suis allé à Edmonton au début février, alors que la température ne s’était pas encore réchauffée. Sur Gateway Boulevard, qui est l’entrée principale de la ville, on n’avait pas déneigé. On se retrouvait donc avec quatre voies de circulation qui avaient toutes pris la forme d’ornières glacées desquelles on ne sortait qu’à ses risques et périls. Comme la vitesse est limitée à 70 km/h, tout le monde roule à 90… Bien des gens ont non seulement des pneus d’hiver, mais aussi des pneus cloutés. Je les comprends. Mes Blizzak ont donné leur plein rendement! (O.K. mon père a travaillé 37 ans pour Bridgestone/Firestone, il faut bien que je les plogue quelque part! Et oui, petits curieux, j’ai droit à un rabais d’employé grâce au paternel…)

La province est orientée nord-sud, ce qui veut dire que lorsque l’on se rend de Calgary à Edmonton, par exemple, on peut rencontrer les températures les plus diverses. Il faut être prêt à affronter des changements de température radicaux ou même des tempêtes subites. À mon dernier passage à Calgary, sur le chemin du retour, il faisait un temps radieux, sauf sur une portion d’environ 20 km autour de Didsbury, où il neigeait à plein ciel! Comme c’était la nuit, ça surprend toujours un peu.

D’ailleurs, on m’a averti lorsque je suis arrivé: «Si le temps te déplaît, attends cinq minutes…» Depuis trois semaines environ, nous avons eu à peu près du beau temps de manière continue, mais le temps peut changer de manière subite. C’est en partie à cause de notre proximité des Rocheuses, qui entraîne des changements subits des masses d’air qui président à la météo. Nous vivons un redoux présentement, mais les tempêtes de neige en fin de printemps ne sont pas rares: l’an dernier, il y a eu une tempête majeure autour du 20 mai. J’ai hâte de jardiner, mais il faut être patient. Je dois toutefois dire que l’Alberta est l’une des provinces les plus ensoleillées du Canada. Comme je carbure à la lumière solaire, ce n’est pas pour me déplaire. D’ailleurs, si un jour je possède ma propre maison, j’y installerai sans tarder un système à l’énergie solaire).

Que dire des Albertains? Je n’ai pas pu dresser de «portrait-type» de l’Albertain(e). Je n’ai pas été souvent confronté aux stéréotypes habituels du red neck, mais cela tient peut-être au fait que je vis dans une ville et que je travaille dans un collège… Comme partout ailleurs, les types de personnalités varient aussi selon les professions. De l’intolérance, j’en entends certes parler, mais pas plus qu’au Québec. En fait, j’oserais dire que les Québécois et les Albertains se ressemblent à plusieurs égards: désir d’indépendance (au niveau personnel autant que collectif), culture d’entraide entre personnes qui ont des affinités ou qui font partie de réseaux, éthique du travail, conservatisme social profond… et attitude plutôt chaleureuse envers les visiteurs, surtout s’ils apportent de l’argent avec eux!

La vie pratique révèle parfois des petites surprises. En arrivant ici, on m’avait prévenu de photocopier mon permis de conduire du Québec, car aussitôt que je ferais la demande d’un permis albertain, on me l’enlèverait. C’est normal, étant donné qu’il est interdit de détenir plus d’un permis de conduire. Ici, à peu près tout, incluant les services gouvernementaux, est privatisé (c’est le modèle que Charest essaie d’implanter, j’en ai bien peur). Pour enregistrer son véhicule et obtenir les documents gouvernementaux comme un document d’état civil ou un permis de conduire, on passe par l’une des nombreuses agences privées qui remplissent ce rôle. On prendra soin de bien se renseigner quant aux procédures à suivre, entre autres lorsque l’on désire un surclassement. La province n’est pas étrangère aux imbroglios bureaucratiques et à la tâtillonnerie.

L’Alberta, bon gré-mal gré, participe aussi au régime canadien d’assurance-maladie, sauf qu’il faut payer directement pour ce privilège. Ce point fut d’ailleurs un sujet brûlant au cours de la dernière élection: le gouvernement actuel a promis d’éliminer les frais d’assurance-maladie d’ici quatre ans… selon l’état de l’économie. Car il faut savoir que la prime d’assurance-maladie (qui est de 44$ par mois pour une personne seule et j’oublie le montant pour une famille) n’est pas récoltée à des fins d’amélioration du réseau de la santé: ces revenus colossaux tombent plutôt directement dans le fonds consolidé de la province et servent aux dépenses générales, tout comme la centaine d’autres redevances cachées qui font leur apparition partout dans la vie quotidienne, comme les «frais de recyclage» à l’achat de certains biens et les diverses taxes qui ornent les factures de services publics. Le système de taxation qui règne ici est byzantin, mais il donne l’illusion aux Albertains qu’ils ne paient pas beaucoup de taxes, un peu comme tous ces petits achats sur le compte de carte de crédit qui paraissent insignifiants mais finissent par faire un montant élevé. Il n’y a en effet pas de taxe provinciale sur les produits et services, mais bien des services sont taxés. C’est le principe de l’«utilisateur-payeur», mais comme pour la taxe sur les services de santé, il s’agit souvent de frais fixes (et donc régressifs, comme l’impôt provincial fixé à 10% peu importe le revenu) qui frappent plus durement les ménages à faibles revenus. Le social-démocrate que je suis ne peux qu’être choqué.

D’ailleurs, l’iniquité du système de perception de taxes et frais est partout. Par exemple, l’eau est fournie au compteur et en tant que locataire, je dois payer séparément pour ce service municipal. Il est d’ailleurs nécessaire de s’inscrire auprès de la Ville lorsqu’on arrive et leur communiquer une lecture initiale du compteur. Depuis mon arrivée, par exemple, j’ai consommé entre 8 et 14 mètres cubes d’eau par mois. Cependant, peu importe la consommation, je dois payer des frais fixes de 12,25$. On ne paie un supplément que lorsque l’on utilise plus qu’une certaine quantité d’eau… bel encouragement à réduire la consommation! D’ailleurs, s’il y a une question sur laquelle les Albertains sont chatouilleux, c’est l’utilisation de l’eau potable, car elle est rare dans les Prairies.

Pour revenir au système de taxation, je n’arrive toujours pas à comprendre mon compte d’électricité et de gaz. Ici, il faut magasiner son fournisseur, certains offrant seulement l’électricité, d’autres le gaz, et certains les deux. Divers systèmes de frais existent: par exemple, on peut «verrouiller» le tarif ou le laisser varier selon le marché. C’est un peu étourdissant lorsque l’on magasine le tout… J’ai un fournisseur qui m’approvisionne à la fois en électricité et en gaz. Le détail des charges est tout aussi ahurissant: il y a là des redevances à la compagnie provinciale qui fournit réellement l’électricité et à celle qui distribue le gaz (et qu’il faut d’ailleurs contacter en cas de problème ou de modification à l’installation), en plus d’une série de taxes municipales et provinciales. J’en perds mon latin, mais il faut bien que je paie. Les tarifs sont somme toute raisonnables, mais c’est la série de taxes à la fois cachées et visibles qui me rend perplexe. Sous prétexte de transparence, le tout devient illisible. En plus, certains tarifs sont fixes et d’autres varient selon la consommation; comme je suis un petit consommateur, je paie davantage de frais fixes que variables. L’économie de marché et la logique du profit triomphent. Ce sont les plus pauvres qui paient. Je ne suis pas pauvre, mais je me demande bien comment quelqu’un qui ne gagne que le salaire minimum peut arriver à boucler les fins de mois.

Heureusement, les factures de téléphone, d’internet et de cellulaire ressemblent à ce que je connaissais auparavant. Quant au câble, vous demanderez à quelqu’un qui a la télévision.

En réaction à toute cette dérèglementation et au peu de services gouvernementaux, les employeurs offrent souvent des bénéfices marginaux substantiels. Dans mon cas, mon employeur paie les trois quarts de la prime d’assurance-maladie, par exemple, ce qui ne me laisse que 11$ par mois à payer en déduction directe de ma paie. Nous avons aussi un programme d’assurance-santé complémentaire très généreux. Heureusement. Cependant, cela n’est pas offert par tous les employeurs. Présentement, l’Alberta manquant cruellement de main-d’œuvre, on a recours à des travailleurs étrangers, des Gastarbeiter comme les appellent les Allemands. Ce sont des travailleurs qui ne sont recrutés que pour un temps fixe, généralement deux ans, et qui doivent retourner dans leur pays d’origine une fois leur contrat échu. Les employeurs sont légalement responsables de leur fournir certains bénéfices, mais tous ne s’acquittent pas également de cette obligation. La province est en train de créer une sous-classe prolétaire dont seuls bénéficient les grands industriels… et le tout est généreusement encouragé par divers programmes gouvernementaux, autant fédéraux que provinciaux. Nous aurons, j’en suis certain, des problèmes sociaux graves à moyen terme et il y a fort à parier que les «travailleurs-invités» en porteront l’opprobre, plutôt que ceux qui ont créé le système et qui en bénéficient.

Il y a donc de l’emploi dans cette province. On blague parfois que si l’on heurte un étranger dans la rue, plutôt que de vous demander de vous excuser, celui-ci risque de vous offrir une job. N’importe qui ayant un pouls et plus de 12 ans peut aisément se trouver de l’emploi, mais ce n’est pas nécessairement une garantie de vie facile. J’ai plusieurs étudiants qui cumulent deux, parfois trois emplois à temps partiel en plus des études à temps plein afin de joindre les deux bouts. Cette situation est problématique pour les consommateurs dans l’industrie des services: comme les employeurs sont perpétuellement en situation de crise, leurs standards d’embauche sont peu élevés. Il est exceptionnel d’obtenir du bon service dans un restaurant, par exemple.

Les loyers sont prohibitifs et la plupart des propriétaires exigent un dépôt de sécurité qui, légalement, ne peut être plus élevé que le montant d’un mois de loyer. Il est d’ailleurs nécessaire de procéder à une inspection du logement avec le propriétaire à la fois au moment de prise de possession et à la fin du bail. La prise de nombreuses photographies est fortement recommandée, car bien des proprios peu scrupuleux essaient d’utiliser tous les prétextes possibles pour s’arroger le dépôt de sécurité. À l’échéance du bail, les proprios peuvent augmenter le loyer à loisir: il n’y a pas de plafond. Personnellement, je suis très chanceux côté logement: un loyer raisonnable pour la maison que j’habite (le même loyer pourrait s’appliquer à un 4½), mais ce n’est pas le cas de la majorité. Les prix des maisons sont également, vous le devinez, fous. Il n’y a à peu près rien à moins de 300 000$ Il y a donc une profonde crise sociale au milieu de la prospérité effrénée.

Ceci dit, je suis très heureux ici. Je m’attendais à ce genre de problèmes sociaux et, bien que cela me choque, j’y ai déjà été confronté en travaillant auprès des sans-abri à Ottawa et auprès de jeunes décrocheurs à Amos. On ne peut pas toujours combattre le système directement; vous devinez bien que mon vote a été noyé dans le raz-de-marée conservateur qui a balayé la province pour la onzième fois consécutive au début du mois (le règne des conservateurs dure depuis l’année de ma naissance!). J’avoue que je trouve tout de même reposant de ne pas avoir à constamment me définir face à mon appartenance au Canada comme c’était le cas lorsque j’habitais au Québec. Difficile d’être à la fois fier d’être francophone tout en étant profondément enraciné dans la réalité canadienne. On me regardait bien étrangement quand je disais que je n’étais pas Québécois mais Canadien-français. Me voici Franco-albertain, ce qui est davantage un état de fait qu’une bannière politique à porter sur toutes les tribunes. Mon combat social, je le vis davantage en classe, non pas en cherchant à faire de mes étudiants des militants de gauche (j’ai horreur du clonage académique), mais en ouvrant leurs yeux sur des réalités qui portent à réfléchir et en développant leur esprit critique.

Un élément qui semble détonner au premier regard dans l’attitude des Albertains est l’écologisme à la pièce. La même personne qui laisse rouler le moteur V8 son camion dans le stationnement de l’épicerie peut regarder de travers une personne qui à la caisse de la même épicerie fait emballer ses achats dans des sacs de plastique jetables. Il y a beaucoup de pensée écologique ici, mais comme à bien d’autres endroits, elle n’est pas nécessairement cohérente. On s’inquiète de l’approvisionnement en eau, mais en même temps on encourage un gouvernement qui promeut le développement à tout crin des sables bitumineux, lesquels consomment des quantités incroyables d’eau. Mais cela se passe loin d’ici, dans le nord de la province; ici, tout ce qu’on reçoit, c’est la prospérité qui résulte de l’exploitation pétrolière. De la même manière, certaines épiceries et les magasins IKEA vous demandent de payer pour les sacs nécessaires à l’emballage de vos achats. Cela part d’un bon principe, mais n’empêche pas ces mêmes détaillants d’utiliser des emballages en plastique rigide pour les articles qu’ils vendent, lesquels sont au moins aussi polluants que les sacs jetables. Oui, j’ai mon ensemble de sacs de tissu réutilisables pour l’épicerie et je pense généralement à les prendre dans le coffre de la voiture en entrant à l’épicerie. Cependant, je me demandais bien comment j’aillais dorénavant disposer de la litière des chats, pour laquelle j’utilisais les sacs d’épicerie. En fait de pensée écologique, l’Alberta n’est pas unique: le problème est universel. On cherche à tout prix à maintenir notre niveau de vie qui requiert une empreinte écologique énorme en faisant le minimum pour tenter de préserver la planète. J’en suis aussi coupable que toute autre personne.

Je parlais plus haut de l’eau potable. Celle-ci peut surprendre au début. Au cas où je ne l’aurais pas déjà dit, nous sommes à proximité des Rocheuses, et notre eau vient de ces montagnes (avant d’aller se déverser, loin, loin, après avoir traversé la Saskatchewan et le Manitoba, dans la Baie d’Hudson). Comme l’eau descend des montagnes, elle est extrêmement minéralisée. Une bonne quantité de vinaigre est nécessaire, pas tant pour assaisonner les frites (tous les goûts sont dans la nature) mais pour nettoyer casseroles, bouilloire et fer à repasser. À chaque fois que je fais bouillir de l’eau pour des pâtes, le fond de ma marmite se recouvre de petites bulles de calcaire qu’un simple lavage n’enlève pas: il faut passer le tout au vinaigre. La même chose s’applique au gobelet à boire de la salle de bains, au fond de l’évier de la cuisine et même aux plats d’eau des chats: tout endroit où l’eau s’évapore se couvre d’un résidu calcaire qu’il faut périodiquement enlever. L’évaporateur de l’humidificateur de la fournaise — qui ne fonctionne d’ailleurs plus — est recouvert d’une épaisse couche de calcaire. Je suppose que je vais avoir de bons os avec tout ce calcaire! Mon dentiste aime bien: je dois me faire détartrer aux quatre mois!

Dernier détail: l’air des Prairies est horriblement sec pour quelqu’un qui a grandi dans l’aquarium qu’est la région montréalaise. Cela a un immense avantage autant au cœur de l’hiver qu’au beau milieu de l’été: l’hiver est moins glacial malgré les basses températures et la chaleur de l’été est beaucoup plus agréable. Néanmoins, la crème hydratante, le baume à lèvres et pour certaines personnes l’hydratant nasal sont des nécessités dont même les «gros gars toffes» ne se passent pas. L’hiver, une crème pour le visage s’impose pour ne pas voir sa face complètement desquamer et tomber en lambeaux. Tout ne peut pas être parfait…

Voici donc, en vrac, quelques vignettes. Je retourne à la correction des travaux de session de mes étudiants…

Rétrospective IX: Le retour vers Ottawa (6-7 août 2007)

1UTC Jeudi 6 mars 2008 2 commentaires

Comme je vous le racontais dans la précédente livraison, le dimanche soir, nous avions vidé le contenu du camion dans la maison, puis, le lundi, nous avions assemblé quelques meubles essentiels et MC et P avaient à peu près vidé le contenu des boîtes de matériel de cuisine pour le transférer dans les armoires. Ils ont d’ailleurs fait un excellent travail: j’ai eu très peu de réarrangement à faire par la suite! Ce sont des saints!

Le lundi après-midi, il fallait rentrer à Saskatoon (un autre six heures de route) pour aller au chevet de Balthazar et savoir ce qu’il adviendrait du reste de ce voyage. À l’origine, nous devions revenir au volant du camion pour le rapporter à Montréal… Ce n’est pas que nous avions un désir ardent de nous re-taper la traversée du pays, mais c’était l’idée de départ. L’incident mécanique allait changer les choses. Pour ceux qui n’auraient pas lu les premiers messages concernant ce déménagement, permettez-moi un petit rappel: il me restait une semaine d’enseignement à Ottawa et mon Monsieur C se trouvait toujours à Montréal, confié aux bons soins de Mademoiselle G. Il me fallait terminer mes contrats de travail, récupérer Minet, rassembler la «gang» une dernière fois, puis reprendre l’avion vers l’ouest (avec Monsieur C dans la soute) pour le départ définitif le 14 août.

Il était aux alentours de 16 h quand nous avons finalement quitté Red Deer ce lundi 6 août, pour reprendre à l’envers le parcours de la veille. Je vous épargne les nombreuses photos que nous avons prises, sauf quelques-unes. À l’en-tête de ce message, vous avez pu voir une prospère ferme des environs de Red Deer avec son éolienne traditionnelle. On n’en voit plus beaucoup!

Vers 18 heures, nous avons dû faire halte à Hanna pour souper dans un de ces arrêts typiquement destinés aux camionneurs. Resto familial, bouffe honnête et une serveuse d’un certain âge à qui on permettrait volontiers de nous tutoyer tout en lui répondant par des «vous» gros comme le bras. Évidemment, en anglais la question ne se pose pas, mais vous voyez le genre. Comme l’endroit se trouve dans un coin un peu désertique, ils ont mis un gros «cactus» de métal à côté de l’affiche. Ça fait partie de ces divers objets géants qui parsèment le cours de la Transcanadienne. Je reviendrai sur le sujet un de ces jours. Il paraît que le phénomène remplace en quelque sorte la plantation de croix au haut des montagnes que l’on voit au Québec… une manière de se distinguer aux yeux du monde.

En entrant à nouveau en Saskatchewan, on nous accueillait par l’exaltation d’une nature qu’on ne retrouve plus beaucoup dans ce pays de plaines entièrement transformées par la main humaine.
Comme on voit, à notre traversée de la frontière, le soleil était bien bas. Nous avons quand même pu voir la nature nous donner un dernier spectacle: un orage au loin, que nous n’avons heureusement pas eu à essuyer, seulement à admirer:
Puis, ce fut la plongée dans la grande noirceur après un long crépuscule. Pas de lampadaire sur cette route importante mais isolée. On espère seulement que les animaux évitent la route, ce qu’ils ont heureusement fait. Le plus difficile était parfois le dépassement d’un fardier dans l’obscurité, alors qu’il devient à peu près impossible de jauger correctement la distance.

En traversant la frontière, j’ai pris soin de téléphoner à notre hôtel de Saskatoon (en quittant, la veille, nous avions réservé) afin de les prévenir de notre retard. La réponse à l’autre bout du fil m’a semblé hésitante… je compris plus tard. Nous sommes arrivés à Saskatoon un poil avant minuit, ce qui nous laissait juste eu le temps de faire le plein des véhicules (cri plaintif de la carte de crédit) et de retourner Isidore à l’agence de location avant de prendre la direction de l’hôtel. Nous avons gardé la minifourgonnette jusqu’au lendemain. Lorsque nous sommes arrivés, on nous a annoncés que l’hôtel avait été overbooked (pratique que je déteste). Après des excuses et courbettes, on nous a envoyés à un autre hôtel à proximité, aux frais du premier hôtel. Au moins, financièrement, cette erreur serait un tant soit peu profitable… mais à minuit, on se passerait de ce genre de désagrément. Décidément, pas de chance avec les hôtels durant ce déménagement!

Dodo. Encore une fois trop court.

Mardi 7 août 2007: Lever à 6 heures pour moi, car il me fallait aller chez le concessionnaire International pour recevoir le verdict des mécaniciens de l’endroit. Mon père et l’un de mes oncles sont mécaniciens. J’ai un peu grandi dans les garages et le cambouis, même si je n’ai personnellement développé aucun intérêt particulier pour la mécanique. C’est donc avec une certaine nostalgie que j’ai approché le responsable de l’équipe des mécaniciens (il ressemblait d’ailleurs à mon père par le physique et l’attitude!) et que je lui ai exposé le problème. Il a donc fait entrer Balthazar aux soins intensifs, et il fut branché sur une batterie d’appareils pour tenter de trouver le bobo. Comme l’ami Balthazar était d’un modèle nouveau et pas très connu dans les Prairies, il a fallu chercher un peu, mais le verdict fut sans appel: rien à faire pour l’instant. Il faudrait commander des pièces. Nous devrions donc rentrer à Ottawa par un autre moyen.

Ceci dit en passant, à un moment où nos fesses faisaient particulièrement mal au milieu des plaines, j’ai presque souhaité un quelconque incident qui nous permettrait d’éviter de refaire le voyage en sens inverse à bord de Balthazar… Heureusement que je ne suis pas superstitieux.

Je suis rentré à l’hôtel, et pendant que nous déjeunions, je me suis mis en contact avec Via Route à Montréal pour exposer la situation dans ses derniers dénouements. Ils étaient déjà au courant, car je leur avais téléphoné la veille (qui n’était pas un congé au Québec) et l’on m’avait garanti un arrangement financier au cas où il faudrait rentrer sans le camion. Après confirmation du diagnostic, on me proposait de louer une voiture pour revenir… Pas question! Nous avions déjà assez perdu de temps (P a dû prendre des jours de congé et je n’allais pas le forcer à étirer son séjour). On m’a donc proposé une somme globale pour compenser les dépenses et une réduction sur le prix original de location. Entendu. Retour à l’hôtel. On sort l’ordinateur et on cherche le prochain vol vers Ottawa. Cellulaire. Internet. Ces deux outils se sont avérés bien utiles tout au long de ce voyage.

Il y avait quelques vols possibles le jour-même. J’ai choisi un vol à 14 h et commencé la réservation en ligne. Tout allait bien jusqu’à l’avant-dernier écran de réservation. On me demande alors de confirmer mes choix en exposant le prix des billets: 1500$ pour trois personnes. Pour un vol de dernière minute, ce n’était pas si mal. J’appuie donc sur la touche de confirmation. L’écran suivant m’annonce que l’on a soutiré 3000$ de ma carte de crédit. Dekessé? Kwa? Non, mais ça va pas la tête? (Vous pouvez ajouter des explétifs de votre cru)

C’est ainsi que c’est amorcée une saga qui n’a trouvé son dénouement qu’à la fin d’octobre! Air Crapada n’affiche aucun numéro de téléphone pour le service à la clientèle; il faut leur écrire, télécopier, etc., mais pas moyen de parler à une personne. On ne consent même pas à vous rappeler! Il y a un numéro pour l’aide en ligne. Je téléphone. L’opératrice au bout du fil, fort perplexe, me propose d’annuler le billet et de refaire la procédure, mais cette opération était impossible: le remboursement de ma carte de crédit allait prendre deux jours… et il ne me restait plus assez de crédit! Le mieux qu’elle a donc pu faire était de m’offrir un remboursement de 150$ par billet, que j’ai accepté, en précisant toutefois (espérant que cet appel était de ceux qui sont «enregistrés pour assurer la qualité») qu’ils allaient entendre parler de moi…

En rétrospective, comme me l’a suggéré quelqu’un au travail, j’aurais dû appeler ma compagnie de carte de crédit immédiatement (après avoir fait imprimer les billets) pour faire annuler la transaction, mais dans le feu de l’action, aucun de nous n’a pensé à cette solution. De cette manière, Air Canada aurait dû me courir après et je n’aurais pas dû payer l’intérêt sur le 1500$ supplémentaire pendant quelques mois.

Nous avions nos billets. Si chers aient-ils été. Maintenant, nous avions quelques heures devant nous, que nous avons utilisées pour aller découvrir un peu le centre-ville de cette agglomération que l’on appelle le «Paris de l’Ouest». Ici, l’hôtel Lord Bessborough, au centre-ville. Oui, vous avez bien vu: c’est un hôtel du Canadien Pacifique avec l’architecture «châteauesque» typique du début du siècle dernier. En arrivant au centre-ville, il y avait pas mal de congestion et il fut un peu difficile de trouver un stationnement. Étrange. Des rues fermées… Nous avons bientôt découvert pourquoi: nous étions tombés sur l’ouverture de l’exposition agricole et il y avait un défilé au centre-ville. Ça, c’est du hasard! Nous avons donc eu droit à un défilé haut en couleur dont je vous offre deux extraits, l’un traditionnel et l’autre plus actuel. Plusieurs chars allégoriques témoignaient du sens de l’humour local, dont un intitulé «The Very Bad Garage Band», qui n’était pas du tout photogénique, mais tellement drôle d’auto-dérision!
Nous avons aussi brièvement parcouru le parc qui longe la rivière et où il aurait fait bon se reposer si nous avions eu le temps et moins de préoccupations.

La Saskatchewan est la première province canadienne à avoir donné le droit de vote aux femmes au niveau provincial (en février 1916) et aussi la première à avoir mis sur pied un programme d’assurance hospitalisation, sous le gouvernement de Tommy Douglas en 1947. Celui-ci est une sorte de héros local qui représente la tradition saskatchewanaise de préoccupation sociale. On le voit ici peint sur le côté d’une boîte de contrôle électrique en plein centre-ville. L’automne dernier, l’élection du Saskatchewan Party, laisse penser que la province semble opérer elle aussi un virage vers la droite. Curieuse province méconnue que la Saskatchewan, la seule juridiction canadienne qui refuse encore de passer à l’heure avancée, tradition agricole oblige (l’été, elle est à la même heure que l’Alberta et l’hiver, elle vit au rythme du Manitoba).

Notre visite du centre-ville fut beaucoup trop brève pour nous permettre de vraiment découvrir l’endroit. Nous avons quand même pu contempler la cathédrale catholique, qui se trouve presque en face de l’hôtel Bessborough. Lorsqu’on vit un bout de temps dans les Prairies, on en vient à apprécier cette architecture historicisante. En effet, à Red Deer, par exemple, il est assez ardu de sentir l’histoire dans les bâtiments. Par exemple, le centre-ville a été reconstruit plusieurs fois, rasant au passage ce qui existait auparavant. Et les années 1960-80 n’ont pas été tendres pour l’architecture… Les Albertains commencent à peine à découvrir le sens du mot «patrimoine». O.K., les Européens qui lisez ceci, je vous entends rire d’ici; je sais bien que par comparaison, tout, de ce côté-ci de l’Atlantique, est bien jeune…

Il nous fallait revenir vers l’aéroport pour sauter dans le très cher avion qui allait nous ramener à Ottawa avec un transfert à Toronto.
Nous sommes finalement arrivés à Ottawa vers minuit, après deux vols sans histoire. J’ai d’ailleurs pu terminer la correction des travaux de mes étudiants de l’Université d’Ottawa dans l’avion. Un taxi nous a ramenés chez MC et P, où j’allais passer ma dernière semaine à Ottawa. Jeudi matin, nous sommes partis vers Montréal pour y récupérer un félin gris qui n’avait pas été malheureux sous les bons soins de Mademoiselle G. Il allait cependant souffrir de l’attitude de Lady S, la chatte de MC, qui aime bien les humains, mais pas les autres raminagrobis. Bien que Monsieur C et Lady S ont le même âge, elle ne l’aime pas. Il a fallu dresser une barrière et isoler Monsieur C à l’étage.

Ces derniers jours ont passé beaucoup trop vite. Il y a eu quelques jours d’enseignement, le règlement de derniers détails administratifs, la remise des clefs aux universités, du magasinage de dernière minute et la préparation d’un banquet d’au-revoir. Je tiens à remercier tous ceux qui se sont pointés. Je garde de cette soirée de mon dernier samedi à Ottawa un chaleureux souvenir.

Lundi 13 août, j’enseignais mon dernier cours à l’Université Carleton (de 18 h à 21 h). Je partais donc chargé des travaux de mes étudiants qu’il me faudrait arriver à corriger dans le brouhaha de l’installation à Red Deer. Mardi 14 août, vers 7 h si ma mémoire est bonne, nous sommes arrivés à l’aéroport d’Ottawa avec Monsieur C, très nerveux dans sa cage, pour le grand départ.

Vol agréable, mais je me serais bien passé de l’attitude trop familière des employés de WestJet. Le jeune agent de bord, s’il avait eu la moindre notion de langue française, se serait fait dire de me vouvoyer. «Hey there!» (ou quelque chose d’approchant) n’est pas une manière de s’adresser à un client, aussi «Westjetter» soit-il. J’allais me tromper de siège et, avant que je puisse m’en rendre compte par moi-même, il m’avait interpellé pour m’indiquer mon siège d’une manière particulièrement cavalière. Je suis passé à deux doigts de lui répondre «It’s DOCTOR to you» (les anglophones sont étrangement sensibles aux titres). Je me suis retenu. Rien ne sert de passer pour un prétentieux. Pendant le vol, j’avais à mes côtés une charmante dame dans la soixantaine qui se dirigeait vers Vancouver et qui m’a fait la conversation pendant une partie du voyage, me parlant entre autres de sa vie passée à Edmonton. Fascinant.

À l’atterrissage, j’ai récupéré un Monsieur C terrorisé, mais qui s’est assez rapidement calmé. J’étais attendu à l’aérogare par une vendeuse de Northlands Volkswagen, qui m’a conduit au concessionnaire en question pour y prendre possession de celle qui allait devenir Bernadette.
En route, nous avons même fait un bref arrêt dans un supermarché pour acheter un contenant jetable de litière au cas où Monsieur C en aurait besoin, après cinq heures de vol (ce qui ne fut pas nécessaire en fin de compte). La prise de possession du véhicule s’est faite assez rapidement. La plupart des papiers avaient été réglés à Gatineau: il ne restait qu’à signer l’acte officiel de vente et à faire apposer la plaque d’immatriculation, ce qui s’est fait en un tournemain (et pour beaucoup moins cher qu’au Québec, parce qu’ici l’immatriculation n’inclut pas d’assurance). Monsieur C (dans sa cage) a pris place sur le siège du passager, j’ai chargé mes bagages, puis filé vers Red Deer à bord de ma nouvelle acquisition et quelque peu nerveux. Une maison en désordre et près de deux cents caisses de livres m’attendaient, mais ce déménagement touchait à sa fin. Et cette dernière journée qui aurait pu réserver bien des mauvaises surprises s’est déroulée sans anicroches.

Pendant les trois mois suivants, j’ai dû me débattre presque quotidiennement avec Air Canada et Via Route pour obtenir les remboursements nécessaires. Je n’ai pas le goût de raconter cela dans les détails. La chose n’a pas été facile, et je pense que la réceptionniste chez Via Route filtrait mes appels après quelques jours… Chez Air Canada, il m’a fallu passer par la filière du courriel, mais j’ai réussi à parler à une personne bien vivante lorsqu’ils ont transféré mon dossier à leur service de remboursement, situé à Winnipeg, et qui est doté d’un numéro direct! J’ai finalement obtenu mon dû des deux endroits. Un seul conseil si vous êtes un jour confronté à une situation semblable: persévérez! The squeaky wheel gets the grease!

Voilà donc la fin de cette longue histoire. Je peux maintenant passer à autre chose et vous raconter mes aventures palpitantes dans cette province qui a oublié de changer de gouvernement lundi dernier…

Catégories:Déménagement 2007

Air Crapada?

1UTC Samedi 23 février 2008 3 commentaires

Question de me tenir au courant de ce qui se passe dans le coin de mes origines, je lis régulièrement Cyberpresse. Il se trouve qu’ils publient aujourd’hui une série d’articles qui ont un lien particulièrement étroit avec ce que je m’apprête à vous raconter…

Je fais effectivement partie des clients qui ont une dent contre notre cher transporteur aérien national pour des raisons qui deviendront bientôt évidentes. Et pourtant, en janvier, je les ai encore encouragés en amenant ici un ami sur leurs ailes… ils avaient des spéciaux irrésistibles et je m’ennuyais de «mon monde». Et cette fois, rien à redire, sinon une demi-heure de retard pour le vol à l’aller.

Rétrospective VIII: Saskatoon à Red Deer (±600 km)

1UTC Samedi 23 février 2008 Laisser un commentaire
Catégories:Déménagement 2007