Oui… ça y est. Ma première visite à la foire du livre a été suivie d’une deuxième, qui a fait bobo au portefeuille. Maintenant, j’ai de la lecture pour quelques jours…
Après deux jours de congrès, je devrais peut-être vous en dire quelques mots. Il faut savoir qu’il s’agit d’un ensemble de plusieurs congrès (il y a une soixantaine de sociétés savantes dans le domaine des sciences humaines et sociales qui participent) qui se déroulent en même temps sur une semaine. Je participe aux activités de la Société historique du Canada (SHC) et à celles de la Canadian Catholic Historical Association (CCHA) pendant anglophone de la Société canadienne de l’histoire de l’Église catholique. Le congrès de cette dernière se terminait aujourd’hui; celui de la SHC se terminera demain soir.
En regard des congrès des diverses sociétés savantes, il y a un ensemble d’activités communes auxquelles les congressistes sont invités. Il y a quelques conférencières et conférenciers vedettes, comme on pouvait s’en douter, ainsi que des spectacles et autres manifestations culturelles. Après tout, ce que l’on appelait autrefois «Les sociétés savantes» représente le plus important congrès académique au pays et rassemble près de 10 000 personnes. J’ai ainsi croisé des gens de divers horizons, dont un prof de théâtre, des éditeurs à la recherche de manuscrits à publier (bien sûr!), une dame impliquée dans une société de promotion des droits humains. C’est la première fois que je participe vraiment à ce congrès et je ne le regrette pas.
Mais le tout se déroule à un rythme d’enfer. Les conférences commencent à 9 h et hier j’étais occupé jusqu’à 22 h sans pause réelle, sauf pour avaler un dîner en vitesse. Aujourd’hui, j’ai abandonné la partie à 20 h. Il faut dire que je n’ai pas vraiment eu le temps de récupérer mon déficit de sommeil depuis mon arrivée! Ça commence à se faire sentir.
Hier matin, je présentais ma propre conférence dans le cadre de la CCHA. J’étais dans la même session que Mark McGowan, qui nous a présenté un fort intéressant exposé sur la carrière télévisuelle de Mgr Fulton Scheen sur les ondes de Radio-Canada durant les années 1950 et la controverse qui a entouré la diffusion de son émission d’origine étatsunienne. Nous avons eu droit à un extrait vidéo d’un drôle, mais d’un drôle! Imaginez un évêque tout ce qu’il y a de plus professoral, revêtu de tous ses habits d’apparat (y compris la cape!) enseignant à la télévision en utilisant un tableau noir. Le bonhomme avait un sens inné de l’utilisation de ce média de communication et sa personnalité théâtrale donnait tout le sens dramatique nécessaire à son exposé qui visait à dénoncer le monstre communiste. Le tout assorti d’un humour pince-sans-rire qui ne manquait pas de piquant. À se tordre de rire!
Malheureusement, McGowan a pris presque le double du temps imparti à sa présentation et j’ai dû coincer la mienne dans le peu de temps qui restait, ce qui a à peu près éliminé la possibilité de questions intéressantes. J’ai cependant eu droit à plusieurs réactions par la suite. Ce qui est intéressant de la CCHA, c’est que c’est un groupe assez restreint (il y avait une trentaine de personnes présentes), ce qui permet des échanges nourris entre les sessions. En soirée, nous avions un repas de fête pour le 75e anniversaire de fondation de cette société et les discussion autour de la table étaient fort instructives.
Les activités de la CCHA se déroulant en concurrence avec celles de la SHC (où il y a jusqu’à une dizaine de conférences en même temps), il me fallait choisir. J’ai donc surtout assisté aux conférences de la SHC, qui avaient pour thème l’histoire de l’enfance. J’ai vu jusqu’ici plusieurs exposés stimulants, qui apportent de l’eau au moulin de ma réflexion. Ça se poursuit demain.
En plus de tout cela, la SHC avait invité une conférencière spécialisée en histoire de l’enfance, Paula S. Fass, de l’Université de Californie à Berkeley, qui nous a livré une conférence passionnante sur l’invitation qui nous est faite par l’histoire de l’enfance à remettre en question certaines des limites interprétatives dans la discipline, notamment celles des nationalités, de l’ethnicité, des classes, des genres… Tout-à-fait dans mes cordes!
Ma seule déception majeure du congrès fut la conférence de Margaret Somerville ce midi. J’ai beaucoup de respect pour le travail que cette éthiciste a accompli, mais là, elle dépasse les bornes. J’ai su que cela allait mal tourner dès le moment où elle a annoncé le thème de sa conférence en disant qu’elle cherchait à dénoncer la tyrannie de la rectitude politique sur les campus universitaires au nom de la liberté d’expression. Ce débat est clos depuis plus de quinze ans déjà et la rectitude politique ne pose plus de problème majeur dans le monde académique un tant soit peu sérieux. Cependant, des commentateurs lui sont tombés dessus à bras raccourcis lorsqu’elle a pris position contre le droit au mariage des partenaires de même sexe et contre l’avortement. Son exposé, que j’ai quitté après quinze minutes parce que je n’en pouvais plus de ses récriminations, n’était qu’un réquisitoire sans véritable argumentation, basé sur les attaques personnelles et des jugements ad hominem. Je suis le premier défenseur de la liberté d’expression et j’aurais été prêt à l’écouter, mais elle n’apportait aucun argument valable pour soutenir sa position, énumérant plutôt une suite de mésaventures qui lui sont arrivées, des invitations à donner des conférences qui ont été annulées, des doctorats honorifiques refusés… Décidément, c’était très très très bas. C’est très malheureux, parce qu’elle perd une énergie intellectuelle énorme à défendre sa propre cause, mais elle le fait en utilisant la même stratégie qu’elle dénonce chez ses détracteurs, c’est-à-dire en les catégorisant comme «politiquement corrects» plutôt que de répondre à la substance de leur argumentation. Plutôt que de susciter un débat, elle ne fait que polariser davantage les gens dans leurs positions. D’une infinie tristesse.
Pour me consoler un peu, je suis retourné faire un tour au salon du livre (décidément, ce message est circulaire et se termine là où il a commencé) pour rencontrer des responsables du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour discuter de stratégie de subvention de deux projets de recherche majeur que je cherche à lancer, dont l’un en collaboration. J’y ai croisé des anciens collègues d’Ottawa, dont Chad Gaffield, qui est maintenant président du conseil, et même un de mes anciens assistants à l’enseignement. C’était fort sympathique… et utile!
J’oubliais. Ne croyez pas ce que vous dit le flux météo dans la colonne de droite; il ne sait rien de ce qui se passe à Vancouver! IL PLEUT! Et on nous annonce de la pluie pour le reste de la semaine. Remarquez que ce n’est pas exactement exceptionnel dans cette ville, où les précipitations sont parmi les plus abondantes au pays, ce qui constitue la principale raison pour laquelle je ne pourrai jamais vivre ici à long terme. Le soleil de l’Alberta me convient mieux.
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