
C’est aujourd’hui l’anniversaire de Docteure G et cet article tombe à pic. C’est grâce à G que j’ai connu l’existence de la poterie Medalta, produite à Medicine Hat jusqu’en 1954. C’est donc en pensant à mon amie que je visitais, le 1er juillet dernier, l’usine devenue musée, dans le quartier historique de la poterie à Medicine Hat. Une plaque à l’entrée du musée nous permet d’ailleurs de nous faire une idée de l’importance de cette activité économique à Medicine Hat. L’industrie de la terre cuite s’y était implantée grâce à la présence à cet endroit d’un argile de grande qualité et d’une source abondante d’énergie: le gaz naturel.


Près de l’entrée principale, on peut également voir l’alignement des fours circulaires (en forme de ruche) qui servaient à la cuisson des pots. Au cours de la visite, nous avons pu entrer dans l’un de ces fours; j’y reviendrai donc.

On entre dans l’usine par ce qui était probablement la salle d’expédition; on s’y trouve dans une vaste salle où, en plus de l’accueil, on trouve une boutique où il est possible d’acheter de la poterie reproduisant certains des articles produits autrefois par Medalta… et ils sont toujours produits sur place!

Nous fûmes trois à visiter en ce matin du 1er juillet; les visites partent toutes les demi-heures et il était 10 h lorsque nous nous sommes mis en route avec notre guide, que je me suis surpris à trouver bien jeune. Vieillirais-je?

La première salle d’exposition est particulièrement impressionnante, car on y trouve les quelque 2500 articles de la collection A. T. Schlachter, qui a été donnée au musée en 2008. Cette photo ne montre que l’une des quatre rangées d’étagères qui la contiennent. La plus grande partie de cette collection, consacrée aux poteries albertaines, a été produite par Medalta. Dire qu’autrefois elle occupait la moitié du sous-sol du collectionneur!



Surprenant, ce dernier appareil; c’était la première fois que j’en voyais un. Il s’agit d’une baratte à beurre rotative qui fonctionnait à pédale.
Cette salle, que j’ai eu l’occasion d’explorer plus en détail à la fin de la visite guidée, nous faisait voir la variété de la production de Medalta: des pots en grès à vocation purement utilitaire à la porcelaine fine destinée aux hôtels et chemins de fer en passant par des pieds de lampe et autres bibelots en céramique décorative.
En guise d’entrée en matière, on pourrait difficilement imaginer mieux: on voit dès l’entrée ce qui était produit à l’usine… puis on passe au processus de production. Je dois dire tout de suite que ce qui m’a particulièrement fasciné dans cette visite, ce fut de voir les moyens ingénieux qui ont été mis en place pour transformer un processus artisanal en industrie à grande échelle. Un exemple: cette machine Weeks à tourner les grosses pièces, qui permettait de réaliser d’énormes jarres en quelques secondes.

La visite fonctionnait à rebours: notre premier arrêt avait lieu dans les fours à cuisson dont j’avais pu voir l’extérieur à l’entrée.

Le premier des quatre fours restants a été restauré et aménagé pour permettre d’expliquer le processus de cuisson des produits de terre cuite. Sur le pourtour se trouvaient une série de becs de gaz que l’on allumait après avoir rempli le four et bouché ses issues avec de la brique réfractaire. La chaleur de ces becs montait à la voûte, longeant les pièces à cuire empilées au milieu, puis était forcée à redescentre, cuisant les pièces au passage, par le fait que la cheminée ne permettait l’évacuation de la chaleur que par le bas, sous le plancher du four.

Ce plancher était formé d’une série de briques empilées de manière à laisser passer l’air, qui était ensuite évacué par la cheminée (que l’on peut voir à gauche sur la photo).

Les pièces les plus grosses et résistantes (comme la jarre que l’on voit au premier plan) étaient simplement empilées les unes sur les autres; les plus petites et délicates (des tasses, par exemple) étaient déposées dans des formes de biscuit (une terre cuite poreuse) que l’on peut voir en arrière. Le processus de cuisson prenait plusieurs jours, car il fallait d’abord remplir le four, puis en boucher les ouvertures, puis le laisser entièrement refroidir avant d’aller chercher les pièces.

Aucun thermomètre n’aurait évidemment pu résister à la température du four; pour connaître le degré de cuisson des pièces que les fours contenaient, on avait mis au point un procédé astucieux: les ouvriers inséraient dans une ouverture dans le mur du four une plaquette d’argile piquée de pièces de terre fondant à une température précise. Les pièces étaient prêtes lorsque toutes les pointes étaient fondues.

La restauration de l’intérieur de l’usine est encore en voie d’être complétée. Néanmoins, notre guide s’efforçait de rendre vivant le processus industriel qui y était réalisé. Des affiches ont également été réalisées, probablement pour rendre l’interprétation plus facile pour les groupes d’enfants.

Plus loin, on pouvait voir un autre type de four, à cuisson continue, qui a été développé, si ma mémoire est bonne, dans les années 1940. Conçu un peu comme les fours à cuisson pour la peinture sur les chaînes de montage, il permettait de gagner du temps en n’exigeant pas le long processus de remplissage des fours en forme de ruche.

Passé cette salle, on entrait dans l’atelier de fabrication de reproductions des produits Medalta. On voit ici plusieurs bols à mélanger (de superbe facture; si j’avais eu les moyens…). C’est également là que nous avons eu droit à une explication du processus de moulage, qui permet de réaliser rapidement des pièces à la forme complexe.

En gros, si j’ai bien compris le processus, il s’agit de remplir ces moules de plâtre avec une pâte à poterie plus diluée que celle qui est utilisée pour les pièces tournées. La porosité du plâtre, par capillarité, permet à l’argile de «sécher» sur les bords du moule; lorsque la paroi a atteint l’épaisseur voulue, on verse le trop-plein d’argile, on laisse sécher, puis on démoule et ça donne des pièces comme ces pieds de lampe qui, réalisés à la main, auraient été trop longs à fabriquer.

L’atelier nous donnait aussi l’occasion de voir un four moderne, celui dont ils se servent pour cuire les reproductions qui sont produites ici.

La dernière pièce avant le retour au point de départ contient une série de montres dans lesquelles l’histoire de Medalta se donne à voir à travers l’évolution de la production de l’usine à travers le temps, des pièces de grès grossier à la fine porcelaine d’hôtel fabriquée dans les années 1940. On y voyait aussi, c’était inévitable, une exposition de quelques défauts communs:


Puis c’était le retour au point de départ, où, en plus de l’imposante collection Schlachter, quelques pièces des autres usines qui se trouvaient dans les environs. Ces pièces de tuyaux d’aqueduc et égout ne laissent pas indifférent:

Aujourd’hui, trois usines de produits de terre cuite subsistent à Medicine Hat, qui ne font pas dans la dentelle: la compagnie I-XL, qui produit des briques, Indepor, qui fabrique des isolateurs pour lignes à haute tension et Plaisman, qui réalise diverses pièces de céramique. L’industrie de la porcelaine fine est allée ailleurs, même s’il y a en Alberta de nombreux artisans qui réalisent de la poterie, dont quelques uns à Red Deer, dont un francophone: Alain Favre.
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