
Le plus vieil hôtel de Red Deer refuse de mourir. La Ville s’est bel et bien portée acquéreur de l’hôtel Arlington, dans le but de le raser pour faire place, temporairement, à un stationnement, puis à un «développement multifonctionnel» (lire: un centre d’achats, probablement). Cependant, la Ville doit attendre 45 jours après avoir soumis sa demande de démolition, ce qui laisse le temps à des groupes de citoyens de faire pression sur les élus pour sauvegarder l’édifice. La Ville n’ayant pas de projet précis, elle n’a pour atout que la mauvaise réputation de l’édifice, qui était devenu une piquerie et une maison de chambre et que d’aucuns considèrent comme un obstacle au développement d’un centre-ville moderne (on n’a qu’à lire les commentaires dans les articles du journal local concernant cette polémique). C’est une mentalité bien commune en Alberta, où la préservation du patrimoine, sauf peut-être lorsque les édifices sont beaux, n’importe pas.
Au moment où le Conseil municipal lance un ambitieux plan de relance du centre-ville, l’Arlington semble irrécupérable. La vision d’«authenticité» qu’inclut ce plan de relance veut recréer le passé ferroviaire d’une partie du centre-ville (le chemin de fer a été détourné il y a quelques décennies pour faire place à une route, à des garages municipaux et à des commerces) mais ne cherche pas à protéger ce qui existe déjà. Pourtant, l’Arlington existait justement à l’origine à cause du chemin de fer en question.
Dans un récent article du journal local, une responsable d’un groupe de planification disait que l’édifice (qui n’est pas classé) avait conservé peu de ses caractéristiques d’origine. Je traduis:
L’hôtel le plus ancien de Red Deer a été évalué selon les sept critères de conservation du gouvernement albertain: lieu, environnement, conception, matériaux, techniques de construction, esthétique ou sens historique de l’époque [de construction, je suppose] et association avec une ressource historique, une personne ou un thème historiquement significatif.
«Plusieurs éléments originaux du bâtiment, dont le clin de bois dont il était recouvert et le joli balcon qui l’entourait n’y sont plus» disait-elle. «L’édifice a toujours deux étages, la même silhouette… l’intérieur du bâtiment n’a rien avoir avec l’original.»
Bon. Voici ce dont avait l’air l’hôtel Arlington en 1911, selon le volume de Georgean C. Parker, Proud Beginnings: A Pictorial History of Red Deer (p. 136):

Certes, il faudrait d’importants travaux de réfection pour faire retrouver à cet édifice sa gloire d’antan et surtout pour lui trouver une nouvelle vocation qui permette d’en faire un pilier du redéveloppement du coin. Cependant, la structure de base est encore là et probablement en bonne condition. Cependant, un édifice, c’est plus que des matériaux de construction: c’est un organisme à qui les humains donnent vie.
Il faut dire qu’il est assez mal entouré et que les édifices des alentours servent aussi de refuge à des laissés-pour-compte que les élus autant que les bien-pensants préfèreraient ignorer, oublier, et reléguer à un endroit moins visible. Je pense que c’est là que le bât blesse, en plus du manque flagrant de créativité des élus, qui n’imaginent le progrès que selon des normes contemporaines. Pourtant, un autre édifice a récemment fait l’objet d’un vaste programme de restauration qui a permis de le faire revivre sous une nouvelle vocation. Un peu d’imagination, que diable!
Chose certaine, cette affiche, au coin de l’avenue Gaetz (la rue principale de Red Deer, sur laquelle la façade de l’hôtel se trouve) et de la 49e rue aura permis à plusieurs de prendre conscience de l’importance historique d’un bâtiment qui s’est tenu là 110 ans. Survivra-t-il? J’en doute et c’est malheureux.

Ironie du sort, selon un article publié hier dans le journal local, une pétition circule actuellement pour obtenir que soit protégé l’édifice par une désignation en tant qu’édifice historique au niveau municipal. Cependant, pour que la requête soit recevable, elle doit être signée par le propriétaire de l’édifice, soit la Ville de Red Deer. Comme l’administration municipale a pour seul projet de raser le bâtiment, on peut douter de l’efficacité de ce moyen de pression.
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