Montée pascale
C’est là, au pied du mont Murchison, à Saskatchewan River Crossing, que je suis allé célébrer Pâques hier. Comme on peut le voir, le temps était beau et, malgré un vent soutenu (il vente toujours à cet endroit) le soleil rendait le tout très agréable. J’y ai dit, un peu comme Teilhard de Chardin (si je peux me comparer au grand Jésuite) ma «messe sur le monde». Associé à la nature dans son renouveau, je suis allé me replonger dans le mystère de la Résurrection. J’y ai porté tous ceux qui me sont chers.
La montagne a toujours eu un sens profondément spirituel. En fait, si on était au Québec, il y aurait indubitablement, juché sur le pic le plus élevé de cette montagne de 3 333 mètres de hauteur, une croix. Elle serait bien sûr illuminée la nuit grâce aux bons soins des Chevaliers de Colomb ou de quelque association pieuse du genre. Heureusement, ici, personne n’a spirituellement pris possession de cette montagne. Ça laisse l’horizon beaucoup plus ouvert.
J’ai passé l’essentiel de la journée en prière, à bord de Bernadette (soubi-roues?), ayant fait provision de musique idoine pour le voyage. Je me suis tout de même arrêté près d’une heure à ce qui était véritablement ma destination: Saskatchewan River Crossing, pour y dîner et y prier plus intensément. Dans le silence seulement rompu de temps à autre par un petit groupe de voyageurs, des pèlerins de la beauté comme moi. Cependant, par la suite, il me semblait un peu, comment dirais-je, «anticlimaxique» de revenir directement vers Red Deer; je suis donc demeuré plus longtemps dans la contemplation des montagnes en prenant un trajet quelque peu tarabiscoté (les habitués de ce blogue sauront que c’est un peu ma spécialité) qui m’a également fait découvrir un nouveau coin de la campagne albertaine. Un trajet de 690 km selon Google Maps (et aussi selon mon compteur kilométrique) qui m’a pris un peu plus de sept heures.
Mais qu’est-ce que Pâques pour moi, qui suis un catholique tout ce qu’il y a d’hétérodoxe? J’ai même déjà dit que je ne crois pas vraiment à la résurrection telle qu’on nous l’a enseignée en catéchèse… Alors, quoi, donc?
Pâques veut dire «passage». Dans ma vie personnelle, j’en ai vécu plusieurs, de ces passages. Au plan spirituel, Pâques a, du moins depuis une vingtaine d’années, toujours revêtu un sens bien particulier. Comme le disait Boris hier, lui et moi nous sommes connus dans le cadre d’une «montée pascale» organisée par les Clercs de Saint-Viateur à Joliette. Plus tard, la responsabilité d’organiser ces activités nous est revenue. Mais qu’est-ce qu’une montée pascale? Tout le monde n’a pas la chance d’avoir les Rocheuses à portée de roue (ou même le mont Rigaud, où nous avons vécu plusieurs de ces montées).
La montée est d’abord une démarche spirituelle, un «passage», justement. C’est aussi pour moi un temps d’arrêt. Au moins une fois par année, je dois recharger mes batteries spirituelles, et comme elles sont ancrées dans la tradition catholique, c’est là que je vais de prime abord puiser l’énergie nécessaire. De toutes les «montées pascales» que j’ai vécues entre 1991 et 2003, la première et la dernière sont restées marquées tout particulièrement d’une pierre blanche. La première, parce que, justement, c’était la première fois que je me plongeais ainsi dans la tradition pour me ressourcer au sens fort. Non, ce n’était pas tant le contenu dogmatique qui m’importait, mais plutôt la dynamique spirituelle ancrée dans la quête du peuple d’Israël que les Chrétiens ont réinterprétée. Je comprenais de l’intérieur, avec le cœur, pourquoi la foi importait dans ma vie, même si, en ce qui concerne les formes… ça allait prendre du temps.
En fait, par la suite, ce sont les formes de la liturgie que j’ai approfondies, ce qui explique peut-être que mes expériences subséquentes n’aient pas eu la même force. Une fois devenu organisateur, c’est plutôt l’expérience partagée des autres participants qui est venue me nourrir. Et cette dernière montée pascale vécue à Amos en 2003 m’a marquée justement parce que les jeunes qui y participaient étaient, dans bien des cas, des grands blessés de la vie, des écorchés vifs qui venaient participer à cette activité non pas parce qu’ils voulaient comprendre quelque chose de Pâques dans le sens intellectuel, mais parce qu’ils cherchaient à rencontrer des gens qui poseraient sur eux un regard d’amour qui, tout en les acceptant pour ce qu’ils étaient, leur dirait qu’ils étaient plus que la somme de leurs gaffes et leur pointerait un peu la voie vers ce «va et ne pèche plus» de Jésus. Pas: «va dire cinquante prières et te rouler dans la cendre et te flageller en public.» Non. Simplement faire le plein d’amour pour mieux repartir.
Aujourd’hui, je vis ma foi un peu en marge de l’Église, justement parce que celle-ci tombe trop facilement dans le piège du jugement, des déclarations de principe emberlificotées dans un langage théologique hermétique que l’on accuse les médias de ne pas comprendre (alors qu’il n’y a rien à y comprendre: l’amour, ça ne se dit pas en thèses; Jésus parlait en paraboles). Justement, jeudi soir, je suis allé célébrer l’Eucharistie avec la communauté de Sacré-Cœur, où j’avais vécu la Vigile pascale l’an dernier.
L’église n’a pas une grande valeur architecturale… mais la communauté paroissiale est accueillante et chaleureuse. Cependant, depuis l’année dernière, un nouveau curé est arrivé… qui nous a asséné l’Eucharistie dans toute sa splendeur dans une homélie apologétique digne des preachers protestants. Exit le dialogue interreligieux: les Catholiques ont une fois de plus la vérité. ARGGGGGH! Ça m’a pris tout mon p’tit change pour me replonger dans la célébration, ce que l’utilisation de l’interminable Prière Eucharistique #1 n’a pas aidé (oui, je les connais toutes par cœur et leurs formules ampoulées ne me disent plus grand-chose). J’allais retourner célébrer les deux autres jours du Triduum en paroisse, mais là, j’avoue, j’avais amplement eu ma dose. Les montagnes, elles, inspirent vers le haut et ne rabattent pas à coup de formules théologiques sèches.
Ma foi, comme le dit justement Boris dans son billet cité plus haut, est faite de questionnements. Je n’ai pas de réponses, mais j’en suis venu à justement accepter de ne pas en avoir. Car on touche ici à une réalité plus profonde que ce que permettent d’explorer les théories psychologiques. Justement, je rencontrais récemment quelqu’un qui. vivant un questionnement personnel profond, m’a demandé comment je réconciliais homosexualité et catholicisme. Si j’arrive à le faire, c’est que je suis convaincu (et ça, c’est de l’ordre de la foi) d’être aimé de Dieu avec tout ce que je suis. Je me fous éperduement de ce que l’encapuchonné de blanc qui siège à Rome peut bien raconter (et il semblerait que je ne sois pas seul). Je demeure catholique parce que c’est profondément inscrit dans mes «gènes spirituels», mais je suis éloigné de l’Église à cause de ses prises de position dogmatiques qui renient l’esprit de l’Évangile. Encore une fois, Jésus ne se prononçait pas ex cathedra: il parlait du Royaume en images, en paraboles, car ce n’est qu’ainsi qu’on peut s’approcher du sens profond d’une réalité à la fois aussi familière et étrangère.
Année après année, les neuf lectures de la Vigile pascale nous rappellent l’histoire de notre foi comme «peuple». Il nous revient de nous y plonger et d’y trouver le sens que prend ce «passage» dans notre propre vie… à chaque année qui passe.













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