Archive

Archive for the ‘Souvenirs’ Category

Montée pascale

0UTC Dimanche 12 avril 2009 5 commentaires

mont-murchison-paques-2009

C’est là, au pied du mont Murchison, à Saskatchewan River Crossing, que je suis allé célébrer Pâques hier.  Comme on peut le voir, le temps était beau et, malgré un vent soutenu (il vente toujours à cet endroit) le soleil rendait le tout très agréable. J’y ai dit, un peu comme Teilhard de Chardin (si je peux me comparer au grand Jésuite) ma «messe sur le monde». Associé à la nature dans son renouveau, je suis allé me replonger dans le mystère de la Résurrection. J’y ai porté tous ceux qui me sont chers.

La montagne a toujours eu un sens profondément spirituel. En fait, si on était au Québec, il y aurait indubitablement, juché sur le pic le plus élevé de cette montagne de 3 333 mètres de hauteur, une croix. Elle serait bien sûr illuminée la nuit grâce aux bons soins des Chevaliers de Colomb ou de quelque association pieuse du genre. Heureusement, ici, personne n’a spirituellement pris possession de cette montagne. Ça laisse l’horizon beaucoup plus ouvert.

J’ai passé l’essentiel de la journée en prière, à bord de Bernadette (soubi-roues?), ayant fait provision de musique idoine pour le voyage. Je me suis tout de même arrêté près d’une heure à ce qui était véritablement ma destination: Saskatchewan River Crossing, pour y dîner et y prier plus intensément. Dans le silence seulement rompu de temps à autre par un petit groupe de voyageurs, des pèlerins de la beauté comme moi. Cependant, par la suite, il me semblait un peu, comment dirais-je, «anticlimaxique» de revenir directement vers Red Deer; je suis donc demeuré plus longtemps dans la contemplation des montagnes en prenant un trajet quelque peu tarabiscoté (les habitués de ce blogue sauront que c’est un peu ma spécialité) qui m’a également fait découvrir un nouveau coin de la campagne albertaine. Un trajet de 690 km selon Google Maps (et aussi selon mon compteur kilométrique) qui m’a pris un peu plus de sept heures.

trajet-paques-2009

Mais qu’est-ce que Pâques pour moi, qui suis un catholique tout ce qu’il y a d’hétérodoxe? J’ai même déjà dit que je ne crois pas vraiment à la résurrection telle qu’on nous l’a enseignée en catéchèse… Alors, quoi, donc?

Pâques veut dire «passage». Dans ma vie personnelle, j’en ai vécu plusieurs, de ces passages. Au plan spirituel, Pâques a, du moins depuis une vingtaine d’années, toujours revêtu un sens bien particulier. Comme le disait Boris hier, lui et moi nous sommes connus dans le cadre d’une «montée pascale» organisée par les Clercs de Saint-Viateur à Joliette. Plus tard, la responsabilité d’organiser ces activités nous est revenue. Mais qu’est-ce qu’une montée pascale? Tout le monde n’a pas la chance d’avoir les Rocheuses à portée de roue (ou même le mont Rigaud, où nous avons vécu plusieurs de ces montées).

La montée est d’abord une démarche spirituelle, un «passage», justement. C’est aussi pour moi un temps d’arrêt. Au moins une fois par année, je dois recharger mes batteries spirituelles, et comme elles sont ancrées dans la tradition catholique, c’est là que je vais de prime abord puiser l’énergie nécessaire. De toutes les «montées pascales» que j’ai vécues entre 1991 et 2003, la première et la dernière sont restées marquées tout particulièrement d’une pierre blanche. La première, parce que, justement, c’était la première fois que je me plongeais ainsi dans la tradition pour me ressourcer au sens fort. Non, ce n’était pas tant le contenu dogmatique qui m’importait, mais plutôt la dynamique spirituelle ancrée dans la quête du peuple d’Israël que les Chrétiens ont réinterprétée. Je comprenais de l’intérieur, avec le cœur, pourquoi la foi importait dans ma vie, même si, en ce qui concerne les formes… ça allait prendre du temps.

En fait, par la suite, ce sont les formes de la liturgie que j’ai approfondies, ce qui explique peut-être que mes expériences subséquentes n’aient pas eu la même force. Une fois devenu organisateur, c’est plutôt l’expérience partagée des autres participants qui est venue me nourrir. Et cette dernière montée pascale vécue à Amos en 2003 m’a marquée justement parce que les jeunes qui y participaient étaient, dans bien des cas, des grands blessés de la vie, des écorchés vifs qui venaient participer à cette activité non pas parce qu’ils voulaient comprendre quelque chose de Pâques dans le sens intellectuel, mais parce qu’ils cherchaient à rencontrer des gens qui poseraient sur eux un regard d’amour qui, tout en les acceptant pour ce qu’ils étaient, leur dirait qu’ils étaient plus que la somme de leurs gaffes et leur pointerait un peu la voie vers ce «va et ne pèche plus» de Jésus. Pas: «va dire cinquante prières et te rouler dans la cendre et te flageller en public.» Non. Simplement faire le plein d’amour pour mieux repartir.

Aujourd’hui, je vis ma foi un peu en marge de l’Église, justement parce que celle-ci tombe trop facilement dans le piège du jugement, des déclarations de principe emberlificotées dans un langage théologique hermétique que l’on accuse les médias de ne pas comprendre (alors qu’il n’y a rien à y comprendre: l’amour, ça ne se dit pas en thèses; Jésus parlait en paraboles). Justement, jeudi soir, je suis allé célébrer l’Eucharistie avec la communauté de Sacré-Cœur, où j’avais vécu la Vigile pascale l’an dernier.

eglise-sacre-coeur-red-deer

L’église n’a pas une grande valeur architecturale… mais la communauté paroissiale est accueillante et chaleureuse. Cependant, depuis l’année dernière, un nouveau curé est arrivé… qui nous a asséné l’Eucharistie dans toute sa splendeur dans une homélie apologétique digne des preachers protestants. Exit le dialogue interreligieux: les Catholiques ont une fois de plus la vérité. ARGGGGGH! Ça m’a pris tout mon p’tit change pour me replonger dans la célébration, ce que l’utilisation de l’interminable Prière Eucharistique #1 n’a pas aidé (oui, je les connais toutes par cœur et leurs formules ampoulées ne me disent plus grand-chose). J’allais retourner célébrer les deux autres jours du Triduum en paroisse, mais là, j’avoue, j’avais amplement eu ma dose. Les montagnes, elles, inspirent vers le haut et ne rabattent pas à coup de formules théologiques sèches.

Ma foi, comme le dit justement Boris dans son billet cité plus haut, est faite de questionnements. Je n’ai pas de réponses, mais j’en suis venu à justement accepter de ne pas en avoir. Car on touche ici à une réalité plus profonde que ce que permettent d’explorer les théories psychologiques. Justement, je rencontrais récemment quelqu’un qui. vivant un questionnement personnel profond, m’a demandé comment je réconciliais homosexualité et catholicisme. Si j’arrive à le faire, c’est que je suis convaincu (et ça, c’est de l’ordre de la foi) d’être aimé de Dieu avec tout ce que je suis. Je me fous éperduement de ce que l’encapuchonné de blanc qui siège à Rome peut bien raconter (et il semblerait que je ne sois pas seul). Je demeure catholique parce que c’est profondément inscrit dans mes «gènes spirituels», mais je suis éloigné de l’Église à cause de ses prises de position dogmatiques qui renient l’esprit de l’Évangile. Encore une fois, Jésus ne se prononçait pas ex cathedra: il parlait du Royaume en images, en paraboles, car ce n’est qu’ainsi qu’on peut s’approcher du sens profond d’une réalité à la fois aussi familière et étrangère.

Année après année, les neuf lectures de la Vigile pascale nous rappellent l’histoire de notre foi comme «peuple». Il nous revient de nous y plonger et d’y trouver le sens que prend ce «passage» dans notre propre vie… à chaque année qui passe.

Aventures googlemappiennes

0UTC Vendredi 3 avril 2009 20 commentaires
ottawa-avec-commentaires1

Vue satellitaire de la région d'Ottawa sur Google Maps. La partie en haut et à gauche de la rivière (des Outaouais) est la ville de Hull (Gatineau). À droite, on aperçoit Ottawa. Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution.

Vous arrive-t-il parfois de vous demander de quand datent les photographies satellite qui forment la base de Google Maps? Ça m’arrive parfois aussi. Pensez-vous parfois que vous pourriez vous y trouver? Moi aussi. En fait, au hasard d’une recherche commencée pour autre chose, j’ai trouvé mon ancienne voiture l’autre jour, ce qui m’a permis de dater approximativement les photographies d’Ottawa qui figurent présentement sur Google Maps.

La réponse est que ces photographies ont été prises à l’automne 2006, pendant que j’y demeurais. Comment le sais-je? C’est qu’à l’époque, on était en train de construire un pont enjambant un ruisseau tout près de l’endroit où je demeurais. On voit sur la photo suivante la structure du pont en construction.

boulevard-des-allumettieres-avec-commentaires

Secteur du boulevard des Allumettières à Hull. Cliquez pour agrandir.

L’endroit pointé par la flèche, à droite de la photo, c’est là où je demeurais. L’état de la structure du pont (et l’absence de feuillage dans les arbres) me permet de dire que cette photo date de quelque part entre la fin d’octobre et la mi-décembre 2006 (avant, il y aurait des feuilles dans les arbres et après, il y aurait de la neige au sol). Le printemps suivant, on s’affairait à installer le tablier du pont, que j’ai d’ailleurs emprunté lors de ma récente visite, en février. Par une curiosité qui me caractérise, j’ai dirigé mon regard vers l’endroit où j’habitais, puis j’ai zoomé. Puisque la photo a été prise pendant que je demeurais à cet endroit, on aurait dû apercevoir Anastasia à côté de la maison… Une voiture jaune, ça se voit! La voici justement à l’endroit où je m’attendais à la voir du haut des airs:

anastasia-a-hull

Cependant, je me suis dit que peut-être que la photo a été prise pendant que j’étais au travail… Après tout, j’étais souvent parti durant la journée pour enseigner. Je me suis donc dirigé virtuellement de l’autre côté de la rivière et, oh surprise! Elle était bien là, stationnée dans son emplacement habituel à l’église Saint Joseph’s!

anastasia-a-st-josephs-avec-commentaires

Anastasia dans le stationnement de l'église Saint-Joseph's à Ottawa. Cliquez pour agrandir.

Est-ce que ça fait de moi (ou plutôt d’Anastasia) une vedette du ouèbe? Ou bien un maniaque? Chose certaine, je peux trouver ma voiture dans un stationnement… même sur satellite! Sauf que pour se fier à Google Maps, disons qu’il faut être patient! Je me demande parfois ce qui est advenu de cette pauvre voiture alors que je l’ai lâchement abandonnée lors de mon déménagement. Il faut dire que Bernadette me donne pleine satisfaction, mais je l’avais tant désirée, cette première voiture, que ses quelques défauts s’estompaient. En passant, Bernadette ne figure pas sur Google Maps: elle se cache discrètement dans le garage lorsque je suis à la maison et de toutes façons les photos de Red Deer doivent dater à peu près de la même époque, puisque les travaux d’agrandissement dont j’ai déjà parlé n’étaient même pas encore amorcés sur la photo satellite du collège. Au moins, nous avons enfin des photos haute-définition de la région; ce n’était pas le cas jusqu’à tout récemment.

rdc-satellite

Journée internationale de l’eau: un hommage du passé

0UTC Dimanche 22 mars 2009 6 commentaires
Volutes sur l'eau de la rivière des Outaouais, vues du pont Alexandra, mai 2007.

Volutes sur l'eau de la rivière des Outaouais, vues du pont Alexandra, mai 2007.

Aujourd’hui, 22 mars, c’est la Journée internationale de l’eau, qui se tient depuis 1993. Cette année, le thème porte sur une question chère aux Canadiens: les eaux transfrontalières, ce qui se pose avec beaucoup d’acuité dans l’est du pays, où notre pays partage le bassin versant du Saint-Laurent et des Grands Lacs avec notre voisin du sud. Dans l’Ouest canadien, où le climat semi-désertique dépend de manière critique de l’approvisionnement en eau des Rocheuses (eau glaciaire et de fonte printanière), la question de la gestion des ressources hydriques est depuis longtemps l’objet d’attention et de règlementation destinée à assurer aux villes et aux agriculteurs un approvisionement suffisant. Tout grand projet de développement, particulièrement dans le sud de l’Alberta et de la Saskatchewan, inclut un élément de gestion de l’eau consommée et l’attribution d’une certaine quantité aux municipalités ou promoteurs concevant des développements domiciliaires, de nouvelles industries et des projets commerciaux de grande envergure.

Si, aujourd’hui, la gestion et l’accès à l’eau dans un climat de pénurie possible est la question dominante (préparant probablement, je le crains, à une privatisation croissante de la gestion de l’eau), durant les années 1980, c’était plutôt la question de la pollution de l’eau qui tenait le haut du pavé. Fort heureusement, un peu partout en Occident, on a vu des projets majeurs d’assainissement de l’eau qui ont entre autres amené une amélioration considérable de la qualité de l’eau que l’on trouve dans certains grands fleuves et rivières et un renouveau de la vie aquatique. Cela m’a curieusement rappelé (alors que j’avais le nez dans le fond de la baignoire, occupé à faire le ménage) un texte que j’avais écrit en 1987 dans le cadre du «Neuvième concours international des jeunes des Caisses populaires Desjardins», qui se tenait chaque année dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Il s’agissait d’une petite composition ayant pour thème l’eau (car c’était là le sujet imposé du concours de cette année-là). Le style était également imposé: il fallait écrire un conte. Mon petit texte bien innocent avait remporté le prix régional pour la 3e secondaire: un sympathique Walkman sport de Sony (étanche!), lequel n’est plus en ma possession, mais fonctionne toujours. Je vous le partage tel quel, en toute humilité… souvenez-vous que je n’avais que 15 ans… et je me rends compte que je prenais parfois quelques libertés avec la ponctuation et les règles d’agrément des temps de verbes.

Comment Hach Deuso sauvera le monde

Nous sommes au Ciel, sur un nuage nommé Strato Cumulus et sur lequel un petit être transparent, à la tête en forme de goutte, réfléchit. Il est sale et nauséabond. Il réfléchit à un moyen efficace de se laver, de punir les hommes pour la saleté qu’ils avaient provoquée et de nettoyer la terre de ses impuretés logées dans l’Air et dans l’Eau. Ce petit être, c’est Hach Deuso.

– «À quoi penses-tu?» lui demanda Strato.

– «Je pense qu’il serait temps de nettoyer la terre des impuretés laissées par les hommes.»

– «Va voir mon ami Cumulo Nimbus, il pourra t’aider bien plus que moi, il est le président du Conseil des Nuages.» lui proposa Strato.

– «D’accord, j’y accours sur-le-champ!»

Hach arrive chez Cumulo Nimbus très tard dans la soirée et frappe discrètement à la porte d’une immense et splendide demeure. Cumulo ayant un caractère plutôt orageux, répond brutalement à l’intrus en lui disant qu’il est très tard pour déranger les honnêtes gens, mais lorsque Hach lui dit qu’il vient tout droit de chez Strato Cumulus, le caractère de Cumulo s’adoucit soudainement. Hach entre et, après avoir expliqué la situation, il demande à Cumulo:

– «M. Nimbus, croyez-vous qu’il soit possible de punir les hommes de leur méchanceté envers ma cousine l’Eau?»

– «Bien sûr, mais pour cela, il nous faudrait l’aide du Soleil. Nous nous réunirons demain, à l’aube, mais, auparavant, viens passer la nuit dans l’une des nombreuses chambres de ma maison.»

– «Merci de votre hospitalité que j’accepte avec joie» acquiesca Hach. «Il se fait tard et j’aurais bien besoin de sommeil.»

Le lendemain matin, nos deux amis vont voir le Soleil, en cachant celui-ci aux hommes et provoquant alors un orage du tonnerre! Les présentations faites, nos trois comparses discutent ferme du moyen le plus efficace pour faire réfléchir les hommes sur leur méchanceté et leur malpropreté et sur la façon de les corriger pour leur plus grand bonheur.

– «Nous devrions assécher toute la terre; ainsi, lorsque les humains auraient de l’eau, ils la conserveraient propre.» proposa le Soleil.

– «Nous devrions plutôt faire ressusciter Noé et ainsi, nous pourrions provoquer un deuxième déluge.» relança Cumulo.

– «Il y a un peu de vrai dans vos deux propositions, mais…» C’était Hach qui intervenait. Et des pourparlers intenses débutèrent.

À la fin de la journée, ils avaient enfin terminé leurs discussions et l’impressionnant orage qu’ils avaient provoqué avait fait sortir de leur lit, plusieurs cours d’eau.

Quelques jours plus tard, Cumulo Nimbus et Strato Cumulus avaient réuni tous les nuages pour couvrir le ciel entier de leur masse opaque. Le Soleil disparut et, alors une pluie diluvienne se mit à déferler sur la terre avec force éclairs et bruit. Il plut ainsi pendant huit jours. Les hommes, terrifiés par les graves inondations occasionnées par ces pluies incessantes se demandaient comment faire pour endiguer ce surplus d’eau. Les prêtres imploraient Dieu et les fidèles priaient jour et nuit. Dieu, à force de se faire pousser dans le dos, se décida à aller demander au Soleil de chasser les nuages. Le Soleil acquiesca à sa demande.

Le lendemain matin, il ne pleuvait plus, mais il faisait une chaleur torride. Le Soleil resplendissait dans le ciel et les hommes commencèrent à festoyer. Mais, le soir venu, le Soleil ne se coucha pas comme d’habitude; il demeura là, dans le ciel, à chauffer la terre et cela pendant six jours consécutifs. Tous se réjouissaient de cela, mais les météorologues s’inquiétaient beaucoup.

À la fin de ces six jours, toute l’eau s’était évaporée et l’on pouvait se penser au Sahara alors qu’on était au Pôle Nord. Tous, maintenant, se cachaient du Soleil du mieux qu’ils pouvaient et certains, prévoyants, avaient fait de petites réserves d’eau. Mais celles-ci diminuaient rapidement et les prêtres imploraient Dieu de leur rendre, à eux et aux fidèles, un peu d’eau. Dieu, exaspéré, vint trouver Hach Deuso qu’il accusa de cruauté et de sans-gène. Hach lui répondit en ces termes:

– «Voilà quelques millénaires, tu avais décidé de punir les hommes en les inondant d’eau. Mais moi, je les punis en les privant de cette eau.»

– «Pourquoi les punir, ils n’ont rien fait de mal?»

– «Tu penses qu’ils n’ont rien fait de mal?» rétorqua Hach. «Avec leurs produits chimiques et leurs égouts qu’ils déversent dans les cours d’eau, ils sont en train de s’auto-détruire!»

– «Tu as raison, Hach, il est temps que ça finisse. Combien de temps cela durera-t-il?»

– «Quarante jours et il n’y aura pas de nuits.» lui répondit Hach.

Sur ces mots peu encourageants, Dieu quitta notre héros et transmit le message aux prêtres.

Durant ces quarante jours, les hommes moururent par milliers, surtout en Afrique, où l’alimentation était déjà déficiente.

Au bout de ces quarante jours, Dieu revint voir Hach et le pria de revenir sur terre avec sa cousine, l’Eau. Hach fit comme il avait promis; il descendit sur terre avec Dieu pour annoncer aux hommes qu’ils auraient de nouveau des nuits et de l’eau, mais il faudrait promettre de ne plus souiller cette eau avec quelque produit que ce soit. Les hommes obtempérèrent immédiatement.

Cette nuit-là fut une des plus joyeuses qu’il n’y eut jamais. La pluie, amenée par Cumulo Nimbus et le Conseil des Nuages, se mit à déferler périodiquement et la vie revint partout sur terre, même au Sahara!

Les hommes, heureux d’avoir retrouvé l’Eau pure, remercièrent Dieu, Hach Deuso et le Conseil des Nuages et ils tinrent leur promesse de ne plus polluer à jamais.

Évidemment, la vie n’est jamais aussi simple…

Ottawa… pourquoi?

0UTC Mardi 24 février 2009 4 commentaires

parlement

Lors de mon dernier voyage, j’ai choisi d’atterrir à Ottawa plutôt qu’à Montréal. Mis à part le fait que je voue un profond mépris pour la structure confuse et tiers-mondiste qu’est l’aéroport de Dorval (que je me refuse à appeler de son nom officiel, qui est une insulte au promoteur d’une véritable modernisation du service aéroportuaire de la Métropole), j’ai à Ottawa des attaches profondes.

Ce bâtiment, je l’ai connu de fond en comble durant mes années d’études: j’y passais à peu près tout le temps que je ne consacrais pas aux études ou aux loisirs, car j’ai travaillé comme page à la Chambre des Communes (qui se trouve, pour ceux qui ne le sauraient pas, entre les deux tourelles de gauche sur l’édifice ci-haut). On trouve d’ailleurs ici une photo de groupe où on me trouve au beau milieu de la seconde rangée, affublé des gigantesques lunettes que je portais à l’époque). L’année suivante, j’ai à nouveau arpenté les corridors de cet édifice comme guide touristique. Ce dernier emploi a, je pense, joué un rôle déterminant dans mon éventuel choix de devenir enseignant.

Si c’est à cause du Parlement que j’ai pu aller étudier à Ottawa (un emploi bien rémunéré rendait en effet les choses plus faciles pour l’étudiant que j’étais), ce n’est pas l’endroit qui a pour moi le plus de force d’attraction dans la capitale nationale. J’ai pris contact avec Ottawa pour la première fois durant l’été 1982, alors que, avec mes parents, j’avais remonté les huit écluses qui amorcent le canal Rideau à cet endroit, juste au pied de la colline parlementaire. J’étais déjà en amour avec la ville… mais surtout avec la bibliothèque du Parlement. Je suis revenu en 1988 à l’occasion d’un voyage de fin d’année de mon école secondaire, mais c’est vraiment durant l’été 1990, pendant un stage d’immersion linguistique de six semaines, que j’ai vraiment goûté à la ville. Sans cette expérience estivale, il aurait été peu probable que j’envisage plus tard d’étudier à l’Université d’Ottawa.

C’est en 1991 que je quittais définitivement le giron parental pour m’installer à Ottawa pour y amorcer mes études de baccalauréat (pour les Européens lecteurs de ce blogue, le bac sanctionne ici le premier cycle d’études universitaires). Je ne suis plus retourné chez mes parents, sauf pour l’été 1994, alors que j’allais amorcer la maîtrise et que je n’avais pas d’emploi d’été en perspective à Ottawa; j’ai donc travaillé un été dans l’usine de pneus où mon père a passé 37 ans de sa vie.

J’ai vécu cinq ans à Ottawa, de 1991 à 1996. C’est alors que je me suis exilé vers Québec pour y amorcer un doctorat que j’ai terminé à Montréal. C’est à Ottawa que j’ai vraiment vécu l’entrée dans la vie d’adulte, que je me suis construit un cercle d’amis qui dure jusqu’à ce jour… et qui justifie mon attraction très forte pour cette ville, où je suis retourné travailler de 2004 à 2007, y vivant pendant la dernière de ces trois années.

Lors de mon dernier passage, je ne suis pas allé visiter les nombreuses attractions touristiques. Même la météo ne se prêtait pas vraiment au patinage sur le canal Rideau. J’ai depuis longtemps «fait le tour» des attractions majeures et les quelques jours passés dans la capitale ne me permettaient pas vraiment de m’attarder aux zones touristiques. En fait, j’ai à peine vu le centre-ville. La photo ci-haut a été prise au printemps 2007, alors que j’étais dans l’autobus et que je me rendais travailler. Lors de ma dernière visite, j’ai plutôt vu le Parlement de loin, au volant d’une voiture de location:

vue-du-parlement-de-hull

En fait, ma vision d’Ottawa a changé au cours des ans. Arrivé dans la ville en tant que résident du campus, j’ai vécu près du centre-ville jusqu’à mon premier départ. En 2006, lorsque je suis revenu vivre dans la région de la capitale, j’ai dû m’éloigner un peu, ce qui était facilité par le fait que je possédais dorénavant une voiture. De la même manière, la plupart des amis que je venais visiter vivent aujourd’hui en périphérie. Bien plus que ce qui attire généralement les gens de l’extérieur à Ottawa, je venais pour les gens. Et je ne l’ai pas regretté. J’ai entre autres eu droit à un superbe souper en famille, mais aussi à des rencontres (prévues et imprévues!) avec quelques amis proches. Cela m’a entre autres permis d’apprendre de bonnes nouvelles, que je vous laisse lire sur un autre blogue. J’ai pu partager ce magnifique plateau avec ces mêmes amis. Un délice.

sushi

En d’autres mots, pour moi, retourner à Ottawa, c’est un peu «rentrer chez moi». Cette ville est le lieu où j’ai vécu mon ouverture au monde et elle demeure profondément signifiante pour moi. Ma dernière visite m’a permis de toucher du doigt ce qui la rend si précieuse.

Pis, l’Alberta, c’est pour combien de temps?

0UTC Lundi 2 février 2009 18 commentaires

panorama-kootenay-plains1
Depuis quelque temps, on dirait que tout le monde me pose la question: «Pis, quand est-ce que tu reviens [au Canada central]?» Encore dernièrement, ma mère me demandait quand mon contrat se terminait… pensant que c’était un engagement à terme fixe. D’une part, la question est quelque peu mal posée. Elle devrait plutôt être: «est-ce que tu reviendras un jour?». La réponse la plus simple que je puisse donner est que je n’en ai pas la moindre idée.

Pour comprendre cette réaction, il faut connaître un peu de mon histoire personnelle et savoir ce qui m’a amené à m’«expatrier», comme disent certains. Mon histoire personnelle permet de comprendre pourquoi ce mot d’«expatriation» n’a pas de sens chez moi. Oui, j’ai quitté une région qui m’a vu grandir et où j’avais des repères identitaires. Néanmoins, mes racines dans la ville de mon enfance (Joliette, au Québec) sont bien ténues. Depuis 1991, je n’ai fait que visiter sporadiquement ce patelin où j’ai passé les dix-neuf premières années de ma vie. J’y ai vécu un été parce que je n’avais pas d’emploi à Ottawa (où je vivais à l’époque) et que l’usine où mon père a passé trente-sept ans de sa vie embauchait des enfants d’employés pour l’été. C’était en 1994. À la fin de cet été-là, je suis retourné à Ottawa pour amorcer ma maîtrise, au grand dam de mon père, qui pensait que j’allais lâcher les études par appât du gain. C’était bien mal me connaître. L’idée de passer ma vie en usine — la même qui a rendu mon père bien malheureux pendant une bonne partie de sa vie — ne me souriait guère.

C’est aussi un emploi qui m’a amené ici. Un emploi dont la description était particulièrement alléchante, et la réalité n’a jusqu’ici pas démenti l’impression que j’avais eu à lire l’affichage du poste. J’avais alors écrit à la fin du premier paragraphe de ma lettre de candidature, après avoir dressé des liens étroits entre les qualifications requises et mes aptitudes: «Look no further.» Non, ne regardez pas les autres dossiers: cet emploi est pour moi. Ce n’était pas de la frime: j’y croyais. Et j’ai eu le poste.

Ce n’était pas pour le salaire; en fait, en arrivant ici, je n’ai pas eu un salaire plus élevé que ce que j’aurais gagné à Ottawa en travaillant comme chargé de cours aux universités d’Ottawa et Carleton. En plus, en demeurant à Ottawa, j’aurais continué à payer 450$ tout compris pour un petit logement plutôt que de payer mon loyer actuel, sans compter les paiements mensuels plus élevés pour Bernadette que ce qu’ils étaient pour Anastasia. Donc, au bout de la ligne, j’aurais eu davantage d’argent dans mes poches. Beaucoup. Mais peut-être pas pour longtemps, car les offres de charges de cours se sont taries cette année. Le déménagement a généré des dettes qui ne sont pas encore complètement payées. Ce n’est pas par goût de lucre que je suis venu dans la province la plus prospère du pays. C’est par amour de l’enseignement. Celui-ci ne se dément pas, après presque deux ans au collège.

La vie ici est-elle parfaite? Bien sûr que non. Est-elle mieux ou pire qu’avant? Je dirais que j’ai trouvé dans le milieu où je vis un niveau d’équilibre personnel dont je n’avais jamais encore bénéficié. Ça vient de plusieurs facteurs: un sentiment de satisfaction face à mon travail, le fait que celui-ci est un poste menant à la permanence (donc offrant une certaine sécurité d’emploi), le fait que j’ai l’espace nécessaire pour vivre et cultiver mon jardin… Désirerais-je davantage? Peut-être un remboursement plus rapide de mes dettes et des amis plus proches? Mais j’ai des amis avec qui la distance ne compte pas et d’autres ici qui me rendent la vie agréable. Les dettes, on ne s’en fait pas trop; ça finira bien par se rembourser.

En plus du poste que j’occupe, j’ai la joie ici d’être situé près d’un centre d’étude de la surdité, ce qui me permet, sans devoir vivre avec une pression académique constante de publication, de poursuivre mon travail de recherche et de lier des partenariats intéressants dans le milieu. De plus, mon implication au sein de l’Association canadienne-française de l’Alberta m’amène à m’insérer dans la communauté et à jouer un rôle dans le maintien de la francophonie hors du Québec. Cela me tient profondément à cœur, en plus de rejoindre mes intérêts de recherche, qui portent sur les dynamiques minoritaires.

Reviendrai-je donc un jour vers l’est? Je l’ignore. Si une occasion intéressante s’offre d’aller enseigner plus près du fleuve Saint-Laurent, je vais certainement la considérer. Cependant, il est aussi possible que je m’enracine ici. Ou ailleurs, car, à part les États-Unis, je suis bien ouvert à me déplacer. Je suis de cette génération à qui on a martelé, dans les années 1990, alors que tout fermait et que l’idée d’une carrière «pour la vie» disparaissait définitivement, qu’il fallait garder les yeux ouverts et adopter une attitude mercenaire face à l’emploi. Là-dessus, je me conforme assez bien au moule. C’est aussi dans mon tempérament. Mes racines, elles sont là où j’ai les pieds.

Ceci dit, je n’oublie pas mes amis au loin. C’était d’ailleurs l’idée originale de ce blogue: garder le contact.