Je savais que le centre de l’univers était au Canada… maintenant, j’en ai la preuve. En plus, c’est sur la péninsule de Saanich, qui s’étend au nord de Victoria. En fait, il s’agit d’un centre de recherches astronomiques du gouvernement canadien… mais avouez que ça surprend, quand on voit ça apparaître sur le bord de la route, au beau milieu du bois.
J’ai vu cette affiche en me rendant à Butchart Garden, ma première destination ce matin. Je suis parti après un déjeuner à la cafétéria inclus dans mon forfait à 48$ la nuit. Un conseil: si vous venez coucher ici un jour, d’abord apportez-vous une débarbouillette et un verre pour boire, car ils ne fournissent ni l’un, ni l’autre. Ils ont du savon et fournissent deux serviettes, mais c’est tout. Je pensais prendre leur super-spécial «backpacker» à 35$ la nuit, qui n’inclut pas le service aux chambres ni le petit déj’, et j’aurais dû. Bon, il y a plus de variété à la cafétéria et les œufs brouillés sont faits avec de vrais œufs, mais ça ne vaut pas vraiment le coût… car, ce qu’ils ne disent pas, c’est que le petit déjeuner est compris jusqu’à concurrence de 5,75$. Tout achat supplémentaire étant facturé… Mais ne nous plaignons pas: le lit est confortable et je peux vous écrire. Et j’ai pu me reposer pour partir en forme ce matin vers les renommés jardins. Ce n’est pas exactement à côté: j’ai mis une bonne trentaine de minutes à m’y rendre (en passant par le «centre de l’univers», bien sûr)!
Les Jardins Butchart, c’est d’abord une carrière de pierre calcaire épuisée et abandonnée, puis le rêve de Jenny Butchart, femme de riche industriel, d’en faire un jardin. Ça se passait il y a plus d’un siècle. Le lieu est impressionnant. On ne sait plus où donner de l’objectif et j’ai pour la première fois de ma vie complètement rempli ma carte de mémoire de 2 gigaoctets. Heureusement que j’en ai d’autres de réserve… Certains se plaignaient du fait qu’il n’y a pas de plaques d’identification des plantes; ce n’est pas un jardin botanique, mais plutôt un immense aménagement paysager à apprécier plutôt qu’à décortiquer. Ça n’empêche pas qu’il y a un comptoir pour répondre aux questions horticoles des visiteurs. J’y ai passé trois heures en contemplation.
Au plus profond de la carrière se trouve une fontaine spectaculaire. J’ai pensé à BBBB qui a un faible pour les fontaines. Les jeux d’eau variés rendent ce spectacle constamment fascinant.
Il y avait bien entendu des fleurs spectaculaires. Ici, deux pivoines se donnaient à admirer. Nous sommes dans l’entre-saison: la plupart des fleurs printanières terminaient leur cycle et les annuelles et les fleurs d’été ne sont pas complètement écloses, ce qui n’empêchait pas le jardin de fournir un spectacle époustouflant. Une section, toutefois, manquait un peu d’intérêt pour cause de floraison qui se fait attendre: la roseraie.
Il y avait quand même quelques rosiers sauvages en fleurs, et cette abeille en profitait goulûment. Çà et là, des décorations de jardin donnaient aussi de la vie à l’endroit.
Dans la roseraie, une petite fontaine mettait en vedette une grenouille de bronze. Emmanuelle, j’ai pensé à toi, dans ta lointaine Tunisie.
Et je n’ai pas pu résister à cette «boule en miroir» d’un genre différent de celles qui ornaient jadis les salles de danse.
Le jardin japonais offrait un spectacle tout en harmonie et en couleurs (ça semble presque cliché de le dire). Des ruisseaux, des rochers et des plantes à profusion. Il y avait aussi quelques belles lanternes de pierre. Et c’était de là qu’on pouvait accéder à un observatoire qui donnait sur une baie dans Saanich Inlet où des bateaux de plaisance ont remplacé ceux qui fournissaient autrefois la cimenterie.
Près de la résidence, on trouve des jardins plus formels, dont cet étang en étoile qui avait été conçu par Monsieur Butchart pour sa collection de canards. Il n’y avait aucune trace des volatiles, mais les grenouilles (de bronze) s’en donnaient encore à cœur-joie dans la fontaine.
À la sortie un sanglier à l’air sympathique trônait sur une place où il y a de l’animation durant la haute saison. Dieu merci, ce n’est pas encore la saison des vacances, ce qui veut dire que c’était un peu plus tranquille et que j’ai pu visiter à ma guise et parfois même arriver à prendre des croquis sans être pris dans un embouteillage de touristes.
Je suis ensuite revenu vers Victoria pour aller visiter une autre merveille de l’époque victorienne, Craigdarroch Castle, qui se trouve près de l’endroit où je me suis stationné hier. Réalisation architecturale vaguement mégalomane de l’un des robber barons de la fin du siècle, qui s’est enrichi par le commerce du charbon, alors que les ouvriers qui ont fait sa prospérité et celle de ses congénères de la grande industrie gelaient dans leurs maisons faute de pouvoir se payer le précieux combustible. En passant, l’historien n’était pas impressionné par la présentation des jardins Butchart ni par celle de Craigdarroch à ce sujet: on oublie trop facilement les travailleurs qui ont rendu ces merveilles bourgeoises possibles…
Alors voilà ce château. Contrairement à Casa Loma à Toronto, dont la construction a essentiellement mené son propriétaire à la banqueroute, cette résidence cossue n’a pas causé la ruine financière de la famille, même si celui qui l’a fait construire est décédé avant que le château soit terminé. Sa veuve s’y est cependant installée et y a vécu en grande dame, laissant une fortune évaluée à 20 millions de dollars à son décès, une somme plus que considérable à l’époque. La résidence a cependant été abandonnée par les héritiers, aucun d’entre eux n’ayant voulu s’en charger, ce qui a mené au lotissement du vaste domaine (ce qui explique que le bâtiment repose sur un terrain de la grosseur d’un mouchoir de poche aujourd’hui) et à une rafle du bâtiment lui-même. Le gagnant de la loterie n’ayant pas pu entretenir le château, il fut réquisitionné à la fin de la première Guerre mondiale pour servir d’hôpital militaire, puis il est devenu un collège pour enfin héberger les bureaux administratifs de la commission scolaire avant de devenir un conservatoire. Depuis 1980, il est devenu un musée.
Ces nombreuses transactions ont entraîné de vastes transformations à l’intérieur, et le travail de restauration du château se poursuit toujours. Il a fallu chercher des meubles anciens pour recréer dans les diverses pièces l’atmosphère victorienne, car le mobilier avait été vendu aux enchères au décès de la veuve. Dans l’ensemble, la visite impressionne.
L’escalier lambrissé de chêne constitue le centre de la résidence. C’est aussi un excellent exemple des défis de photographier de tels intérieurs. J’ai dû utiliser mon «gros» flash et reprendre plusieurs clichés à de nombreuses reprises jusqu’à ce que j’obtienne le résultat désiré. Vive le numérique!
Du haut de la tour de Craigdarroch, on a une vue imprenable sur Victoria. Remarquez l’omniprésence de la végétation.
Enfin, on remarque le soin apporté à la restauration dans l’utilisation d’ampoules d’époque dans les luminaires. La visite de pièces en cours de restauration était intéressante en soi, même si ces pièces n’étaient pas photogéniques et qu’elles étaient ignorées de la plupart des visiteurs. Les couches de peinture, les épaisseurs de plancher… tout montre l’usage varié de la demeure au gré des ans. Il y avait même une photo, prise en 2005, d’un ancien élève du conservatoire qui montrait un trou dans le linoléum d’une pièce où il jouait du violoncelle; le trou lui servait pour placer le pied de son instrument. Le trou en question est toujours présent.
Il était trop tard quand je suis sorti de Craigdarroch pour aller visiter le parlement provincial ou le musée. De plus, j’avais mal aux pattes. Je suis donc descendu pas trop loin de Craigdarroch pour aller visiter le jardin de Government House, dont on voit ici la grille.
La résidence du Lieutenant-Gouverneur de la Colombie-Britannique est modeste, somme toute… Elle a été reconstruite dans un style discutable à la fin des années 1950 autour du seul élément qui survivait de la résidence précédente, soit sa porte-cochère victorienne. Le résultat est ininspirant mais imposant. Cependant, depuis les années 1990, les lieutenants-gouverneurs ont rendu les vastes jardins de la résidence (qui donnent une idée de ce que pouvait avoir eu l’air la propriété entourant Craigdarroch à l’origine) accessibles au public. Il suffit de passer la grille… on peut même stationner devant la maison! (ayant l’habitude des restrictions liées aux véhicules à Ottawa, je ne le savais pas et Bernadette attendait sagement hors des grilles).
Il y a plusieurs bénévoles qui s’occupent des jardins et j’en ai rencontré deux qui amusaient des chats résidant sur le terrain… deux sympathiques matous de neuf mois (deux frères) fort enjoués. Décidément, Messieurs C et R me manquent terriblement.
Les jardins n’étaient pas aussi spectaculaires que Butchart, mais cet iris n’avait rien à demander à personne. De plus, la vue du haut du promontoire sur lequel est juchée la résidence vice-royale était particulièrement spectaculaire. On voyait au loin poindre les montagnes de l’autre côté du détroit Juan-de-Fuca, qui émergeaient au dessus d’une bande de nuages.
Environnement qui impressionne et qui nous rappelle à quel point nous ne sommes que de passage sur cette terre…
Le présent Lieutenant-Gouverneur est d’origine amérindienne (de la nation Sto’lo). Ce n’est probablement pas à cause de lui que ce cadran solaire décorait un des jardins (la plaque était illisible, donc je n’ai pas pu le savoir), mais c’était tout de même intéressant à voir. Et comme tous les cadrans solaires, il ne donne pas l’heure juste en été, car il donne l’heure normale; il faut donc y ajouter une heure.
Voilà pour une journée somme toute bien remplie, qui s’est terminée dans un restaurant grec en banlieue que j’avais repéré en me rendant aux jardins ce matin. Délicieux, cet agneau. J’ai aussi mangé des escargots enfin présentés autrement que dans une assiette ronde à cuvettes… et surtout cuits à point, c’est-à-dire pas trop.
Décidément, j’aime cette ville.
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