
Volutes sur l'eau de la rivière des Outaouais, vues du pont Alexandra, mai 2007.
Aujourd’hui, 22 mars, c’est la Journée internationale de l’eau, qui se tient depuis 1993. Cette année, le thème porte sur une question chère aux Canadiens: les eaux transfrontalières, ce qui se pose avec beaucoup d’acuité dans l’est du pays, où notre pays partage le bassin versant du Saint-Laurent et des Grands Lacs avec notre voisin du sud. Dans l’Ouest canadien, où le climat semi-désertique dépend de manière critique de l’approvisionnement en eau des Rocheuses (eau glaciaire et de fonte printanière), la question de la gestion des ressources hydriques est depuis longtemps l’objet d’attention et de règlementation destinée à assurer aux villes et aux agriculteurs un approvisionement suffisant. Tout grand projet de développement, particulièrement dans le sud de l’Alberta et de la Saskatchewan, inclut un élément de gestion de l’eau consommée et l’attribution d’une certaine quantité aux municipalités ou promoteurs concevant des développements domiciliaires, de nouvelles industries et des projets commerciaux de grande envergure.
Si, aujourd’hui, la gestion et l’accès à l’eau dans un climat de pénurie possible est la question dominante (préparant probablement, je le crains, à une privatisation croissante de la gestion de l’eau), durant les années 1980, c’était plutôt la question de la pollution de l’eau qui tenait le haut du pavé. Fort heureusement, un peu partout en Occident, on a vu des projets majeurs d’assainissement de l’eau qui ont entre autres amené une amélioration considérable de la qualité de l’eau que l’on trouve dans certains grands fleuves et rivières et un renouveau de la vie aquatique. Cela m’a curieusement rappelé (alors que j’avais le nez dans le fond de la baignoire, occupé à faire le ménage) un texte que j’avais écrit en 1987 dans le cadre du «Neuvième concours international des jeunes des Caisses populaires Desjardins», qui se tenait chaque année dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Il s’agissait d’une petite composition ayant pour thème l’eau (car c’était là le sujet imposé du concours de cette année-là). Le style était également imposé: il fallait écrire un conte. Mon petit texte bien innocent avait remporté le prix régional pour la 3e secondaire: un sympathique Walkman sport de Sony (étanche!), lequel n’est plus en ma possession, mais fonctionne toujours. Je vous le partage tel quel, en toute humilité… souvenez-vous que je n’avais que 15 ans… et je me rends compte que je prenais parfois quelques libertés avec la ponctuation et les règles d’agrément des temps de verbes.
Comment Hach Deuso sauvera le monde
Nous sommes au Ciel, sur un nuage nommé Strato Cumulus et sur lequel un petit être transparent, à la tête en forme de goutte, réfléchit. Il est sale et nauséabond. Il réfléchit à un moyen efficace de se laver, de punir les hommes pour la saleté qu’ils avaient provoquée et de nettoyer la terre de ses impuretés logées dans l’Air et dans l’Eau. Ce petit être, c’est Hach Deuso.
– «À quoi penses-tu?» lui demanda Strato.
– «Je pense qu’il serait temps de nettoyer la terre des impuretés laissées par les hommes.»
– «Va voir mon ami Cumulo Nimbus, il pourra t’aider bien plus que moi, il est le président du Conseil des Nuages.» lui proposa Strato.
– «D’accord, j’y accours sur-le-champ!»
Hach arrive chez Cumulo Nimbus très tard dans la soirée et frappe discrètement à la porte d’une immense et splendide demeure. Cumulo ayant un caractère plutôt orageux, répond brutalement à l’intrus en lui disant qu’il est très tard pour déranger les honnêtes gens, mais lorsque Hach lui dit qu’il vient tout droit de chez Strato Cumulus, le caractère de Cumulo s’adoucit soudainement. Hach entre et, après avoir expliqué la situation, il demande à Cumulo:
– «M. Nimbus, croyez-vous qu’il soit possible de punir les hommes de leur méchanceté envers ma cousine l’Eau?»
– «Bien sûr, mais pour cela, il nous faudrait l’aide du Soleil. Nous nous réunirons demain, à l’aube, mais, auparavant, viens passer la nuit dans l’une des nombreuses chambres de ma maison.»
– «Merci de votre hospitalité que j’accepte avec joie» acquiesca Hach. «Il se fait tard et j’aurais bien besoin de sommeil.»
Le lendemain matin, nos deux amis vont voir le Soleil, en cachant celui-ci aux hommes et provoquant alors un orage du tonnerre! Les présentations faites, nos trois comparses discutent ferme du moyen le plus efficace pour faire réfléchir les hommes sur leur méchanceté et leur malpropreté et sur la façon de les corriger pour leur plus grand bonheur.
– «Nous devrions assécher toute la terre; ainsi, lorsque les humains auraient de l’eau, ils la conserveraient propre.» proposa le Soleil.
– «Nous devrions plutôt faire ressusciter Noé et ainsi, nous pourrions provoquer un deuxième déluge.» relança Cumulo.
– «Il y a un peu de vrai dans vos deux propositions, mais…» C’était Hach qui intervenait. Et des pourparlers intenses débutèrent.
À la fin de la journée, ils avaient enfin terminé leurs discussions et l’impressionnant orage qu’ils avaient provoqué avait fait sortir de leur lit, plusieurs cours d’eau.
Quelques jours plus tard, Cumulo Nimbus et Strato Cumulus avaient réuni tous les nuages pour couvrir le ciel entier de leur masse opaque. Le Soleil disparut et, alors une pluie diluvienne se mit à déferler sur la terre avec force éclairs et bruit. Il plut ainsi pendant huit jours. Les hommes, terrifiés par les graves inondations occasionnées par ces pluies incessantes se demandaient comment faire pour endiguer ce surplus d’eau. Les prêtres imploraient Dieu et les fidèles priaient jour et nuit. Dieu, à force de se faire pousser dans le dos, se décida à aller demander au Soleil de chasser les nuages. Le Soleil acquiesca à sa demande.
Le lendemain matin, il ne pleuvait plus, mais il faisait une chaleur torride. Le Soleil resplendissait dans le ciel et les hommes commencèrent à festoyer. Mais, le soir venu, le Soleil ne se coucha pas comme d’habitude; il demeura là, dans le ciel, à chauffer la terre et cela pendant six jours consécutifs. Tous se réjouissaient de cela, mais les météorologues s’inquiétaient beaucoup.
À la fin de ces six jours, toute l’eau s’était évaporée et l’on pouvait se penser au Sahara alors qu’on était au Pôle Nord. Tous, maintenant, se cachaient du Soleil du mieux qu’ils pouvaient et certains, prévoyants, avaient fait de petites réserves d’eau. Mais celles-ci diminuaient rapidement et les prêtres imploraient Dieu de leur rendre, à eux et aux fidèles, un peu d’eau. Dieu, exaspéré, vint trouver Hach Deuso qu’il accusa de cruauté et de sans-gène. Hach lui répondit en ces termes:
– «Voilà quelques millénaires, tu avais décidé de punir les hommes en les inondant d’eau. Mais moi, je les punis en les privant de cette eau.»
– «Pourquoi les punir, ils n’ont rien fait de mal?»
– «Tu penses qu’ils n’ont rien fait de mal?» rétorqua Hach. «Avec leurs produits chimiques et leurs égouts qu’ils déversent dans les cours d’eau, ils sont en train de s’auto-détruire!»
– «Tu as raison, Hach, il est temps que ça finisse. Combien de temps cela durera-t-il?»
– «Quarante jours et il n’y aura pas de nuits.» lui répondit Hach.
Sur ces mots peu encourageants, Dieu quitta notre héros et transmit le message aux prêtres.
Durant ces quarante jours, les hommes moururent par milliers, surtout en Afrique, où l’alimentation était déjà déficiente.
Au bout de ces quarante jours, Dieu revint voir Hach et le pria de revenir sur terre avec sa cousine, l’Eau. Hach fit comme il avait promis; il descendit sur terre avec Dieu pour annoncer aux hommes qu’ils auraient de nouveau des nuits et de l’eau, mais il faudrait promettre de ne plus souiller cette eau avec quelque produit que ce soit. Les hommes obtempérèrent immédiatement.
Cette nuit-là fut une des plus joyeuses qu’il n’y eut jamais. La pluie, amenée par Cumulo Nimbus et le Conseil des Nuages, se mit à déferler périodiquement et la vie revint partout sur terre, même au Sahara!
Les hommes, heureux d’avoir retrouvé l’Eau pure, remercièrent Dieu, Hach Deuso et le Conseil des Nuages et ils tinrent leur promesse de ne plus polluer à jamais.
Évidemment, la vie n’est jamais aussi simple…
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