Cats Know Best

Les chats sur le litOn dit des chats qu’ils trouvent toujours l’endroit le plus confortable dans une maison. Il semblerait que notre nouveau matelas (une acquisition de la semaine dernière que nous attendions depuis longtemps) fait l’unanimité non seulement des habitants félins de la maison, mais aussi de notre invité Khan, en visite pour la semaine.

Je crois bien que c’est la première fois que nous les trouvons tous les cinq non seulement dans une même pièce, mais sur le même morceau de mobilier!

Mais là, il va falloir faire de la place, parce que c’est au tour d’Oyaté et moi d’occuper le lit… du moins jusqu’à ce que les félins viennent se joindre à nous au cours de la nuit.

À classer sous: Traduction bête et méchante

Raide mortNous étions chez de charmantes amies pour souper hier soir. En allant aux sanitaires (oui, ça arrive!), j’aperçois cette bombe aérosol qui était placée avec son côté français visible sur une tablette. Rassurez-vous, je ne fouillais pas sous le lavabo; la bombe aérosol était placée directement devant mes yeux sur une tablette à côté de la toilette. Voilà qu’on a de l’insecticide pour insectes (on s’en doute!), mais nous avons aussi des insectes domestiques! Par opposition à quoi? À des insectes «sauvages»? Et qui s’amuse à domestiquer des insectes (mis à part les laboratoires)?

Décidément… «Insecticide pour usage domestique», c’était trop difficile.

Je me demande aussi pourquoi, en anglais on a préféré «insect killer» à «insecticide»; est-ce que le niveau d’éducation générale est devenu tellement bas qu’on ne comprend plus ce mot? Ou bien est-ce une de ces concessions à la culture de la violence qui nous a envahis depuis 2001? Ça surprend un peu, surtout que la marque de commerce à elle seule est quasiment synonyme d’insecticide en Amérique du Nord.

Le souper, quant à lui, fut délicieux. La soirée, hilarante. Et la partie de cartes, épique. La photo de gauche est d’ailleurs un peu floue à cause de l’éclairage de la salle de bains, mais aussi parce qu’elle a été prise à trois heures du matin, alors que nous nous apprêtions à repartir.

Vieillissement prématuré?

Billet 2014-4-11 Nous sommes allés voir le Capitaine hier soir. Comme nous le faisons souvent, nous nous sommes rendus au petit cinéma de la ville voisine, parce que le multiplex local me tape franchement sur les nerfs. Il y avait très peu de cinéphiles pour un vendredi soir, contrairement à la semaine dernière, lorsque le film a été présenté en première. Au guichet, l’un de mes étudiants qui, avant même que je l’aie vraiment vu, m’a salué en me disant «Bonsoir, Dr. P.!». Je lui rends sa salutation, lui demande deux billets pour le film (présenté uniquement en 3-D, ce qui est un gaspillage en ce qui me concerne, puisque je ne vois pas la troisième dimension), me demande 22 dollars, et c’était réglé. Puis je regarde le billet. J’ignore si c’était pour me faire une faveur qu’il nous a vendu des billets «Senior» (un rabais de 2,50$ par billet sur le prix régulier) ou par distraction (j’ose espérer qu’il ne pense pas que j’ai plus de 65 ans)…

Il faut préciser qu’il n’y a pas de vérificateur de billet à l’entrée de la salle, donc il pouvait sans risque nous vendre des billets à prix réduit.

Et le film? Une bonne détente de fin d’année scolaire.

Il semblerait que le printemps est arrivé

Cour arrière 2014-4-10Ceci est la cour arrière en cet après-midi de ma première journée sans cours. Oui, il fait même assez chaud pour étendre. La neige disparaît plutôt rapidement. Pour fins de comparaison, il y a cinq jours, le foyer extérieur commençait à peine à s’extirper de sa gangue neigeuse.

Cour arrière 5 avril 2014Disons que tout le monde est de meilleure humeur ces derniers jours… même si cette fonte très rapide entraîne une recrudescence des migraines et allergies, sans compter que la province dans son ensemble est scrutée intensément par peur du risque d’inondations. Jusqu’ici, tout se déroule assez bien.

Et je retourne à mes corrections.

Un tag du passé

Villa Manrèse, Port-au-Prince, Haïti. Photo de Sylvie Bédard tirée de SlideShare. Cliquez sur l'image pour la voir sur le site original.

Villa Manrèse, Port-au-Prince, Haïti. Photo de Sylvie Bédard tirée de SlideShare. Cliquez sur l’image pour la voir sur le site original.

Il y avait longtemps qu’un tag ne m’avait effleuré. Et voilà que ça frappe à nouveau. Une de mes collègues du secondaire, amie via Fesse-de-Bouc, avait sur son mur une série de descriptions d’elle à l’âge de 22 ans. Ça m’a plu comme idée et elle m’a à mon tour demandé ce qu’était ma vie à 30 ans.

Holà! Elle ne pouvait pas le savoir (nous n’étions pas en contact il y a 12 ans) mais elle est tombée sur le jackpot! Parce que, à 30 ans, il s’en passait des choses. D’abord, les quatre questions de base:

  • L’âge qu’on m’a assigné: 30 ans
  • L’endroit où je vivais: c’est là que ça se complique. Selon la période de l’année, je vivais soit au presbytère de l’église Saint-Viateur d’Outremont-ma-chère, soit à Port-au-Prince, soit à Rigaud, soit, à la Maison Provinciale des Clercs de Saint-Viateur à Outremont, soit, presque, à Amos en Abitibi. On le devine, ce fut une année rocambolesque.
  • Le véhicule que je conduisais: C’est plus simple, car je n’avais pas encore mon permis de conduire (l’histoire derrière cela est assez longue).
  • Ce que je faisais: J’étais novice, puis profès de vœux temporaire chez les Clercs de Saint-Viateur, ce qui explique en partie mes nombreux changements de lieu de résidence. J’y reviens dans un instant. J’étais également étudiant en fin de rédaction de thèse de doctorat.
  • À qui mon cœur était voué: En théorie, Jésus. En pratique, à personne en particulier, donc à l’humanité entière et tout particulièrement aux jeunes blessés par la vie que mon travail pastoral m’amenait à côtoyer.
  • Mon âge actuel: 42 ans et quelques poussières
  • L’endroit où je vis: Red Deer en Alberta.
  • Le véhicule que je conduis: Tous les lecteurs réguliers de ce blogue savent qu’il s’agit de Clio, notre fidèle Volkswagen Golf 2011 TDI.
  • Ce que je fais: J’enseigne l’histoire au Collège de Red Deer. Je suis aussi responsable du comité de développement professionnel du collège. Et je représente ma région au sein du conseil d’administration de l’Association canadienne-française de l’Alberta. L’enseignement me passionne. L’histoire aussi. La francophonie itou. Et mes étudiants me dynamisent. Mais les cours se terminent mercredi prochain et j’ai fichtrement hâte parce que j’ai besoin de repos.
  • À qui mon cœur appartient: À Oyaté, bien sûr! Cinq ans bientôt que nous faisons vie commune. Et je l’aime toujours autant. Oh! Et il partage — un peu — mon affection avec quatre félins adorables.

Bon… En faisant ce petit exercice, toutefois, mon ancienne compagne de classe a fait remonter tout un flot de souvenirs, d’où cet article. Je ne pouvais simplement pas me contenter de la réponse brève.

En août 2001, après deux ans de cheminement comme postulant dans la communauté des Clercs de Saint-Viateur, je faisais mon entrée au noviciat, la première étape du processus formel de formation à la vie religieuse. Il y a peu de temps, je parlais de ma sortie de communauté (il y a dix ans cette année), mais ce billet me ramène à ses débuts. Le postulat s’était plutôt bien passé. J’avais vécu ces deux années de «fréquentations» avec la communauté avec sérénité. La première année s’était passée à la Maison Provinciale d’Outremont, lieu pratique qui me permettait de me rendre facilement à McGill, où j’étais toujours étudiant et où j’allais chaque jour passer plusieurs heures dans un cubicule plutôt isolé pour y rédiger ma thèse. L’endroit n’était pas particulièrement dynamique (la maison servant surtout de lieu de repos pour les religieux à la retraite ou en semi-retraite), mais cela m’exposait justement à une réalité fondamentale de la vie religieuse au Québec: sa sénescence.

Ma deuxième année, après un été passé à la Grande Maison de Sainte-Luce-sur-Mer, s’était vécue dans une des maisons de jeunes que la communauté tenait. Je vivais avec cinq jeunes universitaires et deux religieux dans un triplex du quartier Villeray à Montréal, aménagé en résidence de jeunes. Là, j’ai surtout réappris la vie en commun dans un milieu dynamique mais qui posait aussi ses défis. Je continuais à rédiger au bureau, surtout parce que mon lieu de vie privé, installé dans ce qui avait été la cuisine et la salle à manger de l’un des petits logements de l’étage, était plutôt… coincé et chargé. J’avais complété un premier brouillon complet de thèse lorsque j’ai tout mis dans des boîtes en août 2001 pour entrer au noviciat. Ironiquement, au presbytère Saint-Viateur d’Outremont, j’avais une suite (chambre et bureau) immense… et pratiquement vide, puisque l’essentiel de mes possessions était en rangement.

L’année de noviciat se veut un retrait partiel volontaire du monde ou, comme le disait mon maître de formation, il fallait que je crée un «exclos» autour de moi de façon à laisser de la place à la nouveauté et à l’Esprit. Ce n’était pas facile et j’ai eu du mal à la fois à m’adapter au milieu quelque peu prétentieux d’Outremont-ma-Chère et à un Père-Maître que je ne savais pas trop par quel bout prendre au début. Nous étions quatre dans le presbytère: deux religieux (mon maître de formation et son socius, un religieux âgé à l’aspect bourru mais pour qui j’ai développé une grande affection: il est devenu le grand-père que je n’avais pu avoir, mes deux grands-pères étant décédés lorsque j’étais trop jeune. Avec nous trois vivait un associé de la communauté qui tentait de son mieux de faire sa place dans notre petit groupe. Il participait activement à notre vie de prière, mais il ne suivait pas le programme de formation qui était le mien et on pouvait sentir que cela lui déplaisait par moments.

La vie de novice est faite de prière, de réflexion, mais aussi d’études. J’ai dû mettre mes études doctorales en suspens, mais j’ai suivi des ateliers de formation et même des cours dans divers instituts de formation théologique et spirituelle durant l’année. Je faisais aussi partie d’un groupe de novices de diverses communautés qui se rencontrait périodiquement à la fois pour se soutenir mutuellement et pour recevoir de la formation: l’internoviciat. J’ai d’ailleurs gardé contact avec certaines religieuses qui ont été formées dans la même cohorte.

La vie de novice était également faite de tâches quotidiennes… comme de faire la cuisine pour toute la maisonnée. En effet, pendant mon année à Saint-Viateur, notre cuisinière (excellente par ailleurs) a dû partir en congé de maladie pendant plusieurs mois. À défaut d’arriver à lui trouver une remplaçante compétente et après avoir passé quatre ou cinq personnes en cuisine, j’ai pris le relais, en compagnie des autres membres de la maisonnée. Disons que ça m’a appris beaucoup, surtout lorsque nous recevions et qu’il fallait cuisiner pour vingt. Et comme c’était à Outremont, un certain raffinement s’imposait.

Cette année a trouvé son paroxysme en mars 2002, alors que nous sommes allés, mon maître de formation et moi, passer un mois en Haïti. On m’y emmenait en partie pour tester ma capacité à m’acclimater à d’autres environnements sociaux et religieux — surtout à la pauvreté de moyens qu’on y trouve — mais aussi pour y poursuivre ma formation spirituelle. Ce mois passé dans le pays le plus pauvre des Amériques m’a ouvert les yeux, mais aussi transformé. Et cela n’a pas attendu. Sitôt descendu de l’avion (ayant passé des -20° qu’il faisait à Montréal au décollage pour descendre sur un tarmac surchauffé à probablement 45°), nous partions en direction d’une maison de formation des Sœurs de la Sagesse, où se déroulait une session de l’«internoviciat» haïtien. J’étais la minorité visible au milieu de plus d’une centaine de jeunes religieuses et religieux haïtiens. Mon intégration au groupe était rendue d’autant plus difficile par le fait que la plupart parlaient créole, mais aussi parce que ma couleur de peau créait immédiatement une distance associée aux relations de pouvoir inscrites dans la société haïtienne. Je n’oublierai jamais cette expérience profonde. J’ai dû mettre les bouchées doubles, par exemple en lavant quotidiennement la vaisselle, pour montrer que je n’étais pas là en poussah colonialiste.

Et que dire de la puissance de ces chants entonnés dans une chapelle à l’éclairage fluorescent (disons que l’esthétique laissait à désirer). Ces voix qui se mettaient naturellement en harmonie et qui donnaient un rythme exquis à des chants qui, au Québec, portaient l’accent de la routine et de l’ennui. Quelle énergie! On se ferme les yeux, on oublie les néons et on se laisse porter!

Toujours à trente ans, le retour d’Haïti ne fut pas facile. Une décision était tombée du supérieur provincial qui expédiait le novice et son maître de formation à Rigaud, effet d’un changement de l’affectation principale dudit maître, qui était définitivement et brutalement relevé de ses fonctions pastorales de curé à Saint-Viateur pour prendre en charge le sanctuaire Notre-Dame-de-Lourdes de Rigaud en tant que recteur. C’était une décision surprise qui allait transformer le novice de cuisinier en coordonnateur de déménagement pendant presque un mois. Ce n’était pas une sinécure que de vider un presbytère qui contenait de nombreuses œuvres d’art (le maître de formation étant aussi un artiste)… tout en vivant les contrecoups d’une décision qui avait été imposée d’autorité et non discutée au préalable avec le principal intéressé. Disons que le noviciat s’est terminé non seulement dans un milieu presque inhospitalier (la résidence Charlebois de Rigaud, une autre maison de religieux retraités pour l’essentiel et ironiquement ancien noviciat communautaire à l’époque des vocations nombreuses), mais dans un climat qui mettait clairement en relief les jeux politiques et les relations de pouvoir dans une congrégation religieuse. Lorsque j’ai prononcé mes vœux temporaires en août 2002, personne ne se posait la question traditionnelle à savoir si le novice «avait été suffisamment éprouvé». Son père-maître aussi.

À trente ans, j’ai donc vécu en milieu paroissial, puis en mission, pour ensuite vivre la mission pastorale d’un sanctuaire de campagne. Il me restait, à l’automne 2002, à terminer la révision de ma thèse et à la soumettre avant de me rendre dans mon premier lieu d’engagement en tant que religieux: l’Abitibi. J’allais y vivre une adaptation difficile au départ du fait que je n’avais pas de permis de conduire et que la résidence où j’habitais était au beau milieu de la campagne (j’ai finalement reçu la formation nécessaire et reçu mon permis de conduire en novembre 2003). Cela m’a permis de mieux m’engager auprès des jeunes… mais il était trop tard et celui qui avait décidé du déplacement brutal du noviciat allait aussi être responsable de mon départ de la communauté. Toutefois, ce qui avait au départ été une relation difficile entre mon maître de formation et moi-même devait devenir une forte amitié dans cette phase d’épreuve du noviciat, une amitié qui dure, témoin sa visite en Alberta l’été dernier. Il faudrait d’ailleurs que j’en parle… un de ces quatre.