Rétrospective I: Les premiers pas vers l’Alberta

Puisque ce blogue est destiné à informer ceux et celles avec qui je ne peux pas toujours correspondre régulièrement au sujet de mon périple albertain, je devrais probablement commencer par le commencement…

Vous savez tous que le tout débute en 2004 avec ma sortie de communauté (ça, c’est une autre histoire et ici n’est pas le lieu pour la raconter). Depuis, j’avais eu la chance de me faire octroyer régulièrement des charges de cours à l’Université d’Ottawa. Cependant, même si la paie pouvait être décente en accumulant suffisamment de cours dans une même session, la sécurité d’emploi était nulle (j’ai dû vivre d’autres contrats à certains moments et même m’endetter pour continuer à travailler) et le stress constant. Une chose était certaine: j’adorais ce que je faisais. Tout de même… il le fallait bien, pour voyager de Montréal à Ottawa de deux à trois fois par semaine.

Je cherchais donc à briser ce cycle et je posais ma candidature régulièrement aux postes pour lesquels j’étais qualifié et qui faisaient leur apparition. Je dois avoir envoyé, en trois ans, une trentaine de dossiers de candidature à des universités à la grandeur du pays (et il ne s’agit pas que d’un simple C.V. accompagné d’une lettre de présentation). C’est long et frustrant. Je dois avouer que les réponses négatives commençaient à me peser… J’ai bien eu deux entrevues, dont une qui semblait prometteuse, mais je continuais à travailler à Ottawa.

J’étais un peu résigné à continuer à travailler comme chargé de cours. Comme je commençais à avoir accumulé de l’ancienneté à Ottawa, j’avais une certaine sécurité à cause des règles de notre syndicat. J’avais déménagé dans la région de la capitale pour rendre la chose plus facile. J’ai même reçu une offre pour enseigner à l’Université Carleton à l’été, encore comme chargé de cours. Toutefois, je me donnais jusqu’en 2010 environ pour trouver un poste permanent, sinon j’ouvrirais un restaurant ou je deviendrais trucker, qui sait… Puis, en janvier dernier (2007), est apparue une annonce sur H-Net qui parlait d’un poste d’Instructor in History à Red Deer College. Intrigué, j’ai consulté le site du collège… et ça m’a amené à être de plus en plus intrigué et même intéressé.

Pour faire une histoire courte, j’ai contacté le collège pour recevoir de plus amples renseignements, puis j’ai envoyé un épais dossier de candidature accompagné d’une lettre de présentation audacieuse, où je terminais mon premier paragraphe par: «Look no further.» Autrement dit, ce qu’on m’avait raconté de l’emploi m’avait accroché. Je voulais cet emploi.

Pourquoi? Après tout, ça serait un déracinement d’un endroit que j’aimais et que je connaissais bien, où j’avais des amis et des racines… D’abord, parce que le collège met l’accent sur l’enseignement avant la recherche. Je commençais à en avoir bien marre de me faire dire par tout le monde à commencer par mon directeur de département que si je voulais un emploi dans une université, il fallait étoffer mon dossier de publication. Je venais de sortir un livre (tout en travaillant dans des conditions qui n’encourageaient certainement pas la recherche) et ce n’était pas assez. Je n’ai rien contre la publication, soyez-en sûrs… d’ailleurs, je continue à faire de la recherche et à publier, mais pour moi l’enseignement n’est pas un mal nécessaire pour subventionner mes activités de recherche, mais plutôt une fin en soi. J’adore enseigner. Toutefois, je ne peux pas dire que j’adorais enseigner à des groupes de 150-200 étudiants avec lesquels le contact personnalisé disparaît. Je trouvais aussi difficile de ne voir du travail des étudiants que leur examen final, le reste étant corrigé par des assistants. Difficile de soutenir une relation pédagogique (ou andragogique) significative dans ces conditions.

J’ai envoyé le lourd dossier après une longue réflexion qui s’est étendue du début février à la date de clôture des candidatures, mi-mars. Et je n’en ai pas trop parlé autour de moi, car je ne voulais pas entendre de commentaires négatifs à propos 1) de l’Alberta et 2) du fait de travailler dans une institution qui n’est pas une université.

Il faut croire que le dossier a fait son effet… J’ai reçu une invitation à une entrevue téléphonique au début avril. L’entrevue elle-même s’est déroulée fin avril, par un vendredi après-midi où je me sentais particulièrement nerveux. Au début, cela devait se faire par vidéoconférence, mais des problèmes logistiques ont transformé la chose en entrevue téléphonique. Je parlais à six personnes que je ne connaissais pas et surtout dont je ne voyais pas les réactions. Étrange. Cela semblait positif, mais c’était très difficile pour moi de savoir quoi penser de la chose… jusqu’à ce que le doyen me recontacte deux semaines plus tard pour échanger avec moi en une sorte d’entrevue informelle. Il était environ 20h30 et j’étais alors en voiture; j’allais chercher un habit pour un imminent mariage d’une amie… L’habit a dû attendre, car j’ai dû discuter une bonne heure avec le doyen, stationné sur une petite rue résidentielle. J’ai même dû repartir le moteur de la voiture pour charger le cellulaire… Cette conversation-là m’a à la fois encouragé (il ne restait plus que deux candidats) et donné une très bonne impression. Celle-ci fut confirmée quand on m’a convoqué en entrevue à Red Deer pour le matin du lundi 14 mai.

Le début du mois de mai fut particulièrement rocambolesque. Il y avait d’abord, le 3, une soutenance de thèse d’une amie à Montréal, puis, le 5, un mariage (à Ottawa) pour lequel j’avais quelques responsabilités. Ensuite, j’avais une conférence à prononcer à Trois-Rivières le jeudi 10 mai à 9 h. Entretemps, une réalisatrice m’avait contacté pour une entrevue télédifusée à enregistrer le soir du 9 mai à Montréal. Bon… comme c’était sur mon chemin, j’ai accepté, mais cela m’a considérablement retardé, si bien que je suis arrivé à Trois-Rivières après que le responsable des résidences se soit couché, si bien que j’ai dû rebrousser chemin jusqu’à Berthierville pour dormir (il était 1 h du matin et tous les hôtels de Trois-Rivières étaient pleins à cause du congrès de l’ACFAS). Je passe sur les épithètes que j’ai lancé en direction des organisateurs du congrès et des responsables des résidences. En fait, j’étais prêt à rentrer à Ottawa et je réservais ma décision finale pour le lendemain à mon réveil. Le jeudi matin, j’ai finalement décidé de retourner à Trois-Rivières, donner ma conférence, dire le fond de ma pensée au responsable de l’hébergement, puis retourner à Ottawa, car mon avion partait pour Calgary le lendemain (vendredi) matin. Fou. Même si mon entrevue était prévue pour le lundi matin, je voulais arriver avec un peu d’avance, d’abord parce que les tarifs aériens étaient meilleurs, mais aussi parce que je voulais prendre le temps d’explorer un peu. Qui sait, ce serait peut-être ma seule chance de voir l’Alberta.

L’atterrissage à Calgary fut une révélation. Au volant de la Ford Focus familiale qu’on m’avait loué, je me trouvais bien petit dans la mer de camions (pick-ups) qui se pressait sur l’autoroute menant à Red Deer. Bon… il faut dire que les années de conduite à Montréal m’avaient habitué à pire côté densité de circulation. On m’avait averti au sujet des pick-ups… et les rumeurs étaient vraies. Depuis, je me suis habitué, mais ça surprend au début. Et ces routes interminablement droites…

Mais enfin, je me suis rendu à Red Deer et j’ai passé l’après-midi de ce vendredi 11 mai à explorer le collège. J’aurais bien voulu le faire incognito, mais il n’y avait pas foule, puisque les cours étaient terminés depuis un mois. J’ai donc décidé d’aller rencontrer quelques-unes des personnes liées au processus d’embauche. Cela a abouti en un rendez-vous dans un bar du coin pour rencontrer l’autre historien de la place. Là, j’en ai beaucoup appris sur l’endroit, sur l’institution et sur l’Alberta en général. Et je suppose qu’ils en ont beaucoup appris sur moi aussi. C’était presque une pré-entrevue…

Le samedi, j’ai pris la direction des spectaculaires Rocheuses, dont je n’ai pu voir que les premiers contreforts, mais c’est majestueux… (ci-contre, une photo prise à Saskatchewan River Crossing, où j’ai décidé de rebrousser chemin). Ce furent six heures de très belle route. Elle longe pendant un certain temps le lac Abraham, d’un turquoise caractéristique des lacs de glaciers. J’ai aussi vu des bouquetins, mais il aurait été périlleux de les prendre en photo.

Le dimanche, je suis allé rencontrer une amie à Edmonton. Nous avons parcouru le centre-ville, où j’ai pu découvrir une librairie de livres usagés (comme j’avais pris très peu de bagages, il n’était pas question de rapporter des livres, mais j’ai pris bonne note!). Nous avons aussi visité la Législature provinciale, question de renouer avec mes racines de guide parlementaire. Fort intéressant. Puis ce fut l’entrevue proprement dite le lundi matin. Comme ceux qui me connaissent le savent, mon cerveau ne se réveille généralement que vers 11 h le matin, peu importe l’heure à laquelle je me lève. Drôle d’idée que d’avoir à subir une entrevue à 8 h 15. Malgré quelques petits problèmes technologiques, la chose s’est très bien déroulée. J’avais réussi, la veille, à préparer une conférence de 15 minutes sur le thème des «deux solitudes», ce qui m’a fait relire Hugh McLennan… Par la suite, j’ai été invité à assister au cours d’un collègue, qui faisait brillamment discuter ses étudiant(e)s sur l’empereur Auguste en établissant des parallèles avec la situation politique actuelle. Fascinant. Je serais resté pour le cours au complet n’eût été de la nécessité de me réenvoler vers Ottawa cet après-midi là.

J’ai dû faire bonne impression, car on m’a offert l’emploi deux semaines plus tard, par un appel du doyen, encore une fois sur mon cellulaire (et ironiquement, je marchais vers le nettoyeur pour aller récupérer le même habit porté au mariage du début mai).

J’ai accepté l’emploi non pas parce que je suis tombé en amour avec Red Deer, mais parce que ce qu’offrait le collège comme atmosphère de travail, comme défis à relever et comme possibilité de contact avec les étudiants m’énergisait et m’enthousiasmait. Et depuis six mois, cette première impression ne s’est pas démentie. L’endroit a l’air d’une polyvalente, mais c’est ce qui s’y déroule qui compte. Sans dire qu’il s’agit d’une grande famille, disons qu’on se sent soutenu et valorisé dans son travail.

La suite bientôt…

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6 commentaires sur « Rétrospective I: Les premiers pas vers l’Alberta »

  1. Maître Doréus,
    Nous voilà bien gâtés par tous ces mots! MeRcI !
    Pour ma part, je serai en attente de savoir quels sont les moments forts de votre vie amoureuse (à part les chats), mdr!

    A bientôt…

  2. Ravel…

    Merci de te préoccuper de ma vie amoureuse… qui n’occupe pas le haut du pavé dans mes priorités présentement…

  3. Je ne savais pas où adresser ce commentaire, donc j’ai choisi le premier article… j’aime ton blog, il y a vraiment toute sorte de sujet, intéressant, colorful, intelligent, amusant… Je reviens régulièrement !

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