Rétrospective II: Le défi du logement

L’Alberta, chacun le sait, jouit d’un développement économique sans précédent causé par la prospérité de son industrie pétrolière. En fait, dans cette province dont l’économie repose essentiellement sur l’exploitation des ressources naturelles (agricoles, énergétiques ou minérales) les cycles de croissance et de contraction économique sont monnaie courante et leurs conséquences sont parfois dramatiques.

L’un des problèmes de cette croissance (qui se ralentit un peu) dans la province présentement est une crise majeure du logement. Et comme il n’y a pas de règlementation gouvernementale des loyers, les propriétaires peuvent essentiellement demander ce qu’ils veulent pour leurs logements. Impossible, dans cette ville de 85 000 habitants, de trouver un logement décent en-deçà de 900$ par mois. Et moi qui croyais que les loyers d’Ottawa étaient chers.

Je n’ignorais pas ce problème quand j’ai posé ma candidature pour le poste. C’est un des éléments qui me faisaient hésiter. Néanmoins, j’ai toujours pensé que, une fois en route vers un but qui s’insère dans une trajectoire de vie positive (d’autres parleraient de destinée ou de providence), tout finit bien par se mettre en place pour réaliser ce but. Et le logement est un moyen, pas une fin. Néanmoins, ce fut ma préoccupation majeure du mois de juin, pendant que je continuais à enseigner à temps presque plein aux universités d’Ottawa et Carleton.

J’avais demandé à diverses personnes au collège de me tenir au courant s’ils entendaient parler de logements disponibles. Je faisais des recherches régulières par internet, entre autres sur le site du journal local. J’étais un peu désespéré, parce que presque toutes les annonces indiquaient que les animaux n’étaient pas les bienvenus et il n’était pas question que j’abandonne Monsieur C., ma boule de poils préférée…

On m’a donc signalé deux personnes qui voulaient louer leur maison. Dans un cas, il s’agissait d’une location d’un an pendant que les propriétaires partaient en année sabbatique. Bien que l’idée de devoir déménager après un an ne m’enchantait pas, j’ai contacté les propriétaires qui, sympathiques, m’ont offert de visiter l’endroit lorsque je passerais pour chercher un logement, pendant la fin de semaine de la Fête du Canada.

Puis un autre enseignant qui venait de s’acheter une maison mettait son ancienne en location. J’ai aussi pris contact avec lui (et il est originaire du Québec, ce qui, je suppose, facilitait un peu les choses). Comme prévu, j’ai repris l’avion fin juin (pendant que je bénéficiais de quelques jours de congé) pour partir à la chasse aux logements. Entre-temps, les proprios de la première maison m’ont informé qu’ils avaient déjà loué à un couple d’amis. Ah, bon.

Arrivé le jeudi 28 juin, je suis allé visiter la maison de mon collègue. Coup de foudre? Non. L’endroit était sympathique (une maison comme bien d’autres, construite en 1951 dans le style propre aux Prairies) et bien situé, mais je ne peux pas dire que j’ai été transporté d’enthousiasme au premier coup d’oeil. Toutefois, c’était charmant et surtout j’aurais toute la maison à moi, avec son terrain clôturé, ainsi qu’un garage et une remise. En fait, ce qui me faisait hésiter n’était pas tant la maison que le prix (plus de trois fois mon loyer de Gatineau et rien n’était inclus). En discutant avec le proprio, nous nous sommes toutefois entendus. Je me disais aussi que, pour le même prix, la plupart des autres options étaient des logements de deux chambres à coucher (des 4½ pour les Québécois) avec des voisins et sans terrain ni garage… Après un peu plus d’une heure, une entente était conclue. J’aurais pu rentrer à Ottawa…

Le défi du logement n’en fut finalement pas un… ou du moins il s’est résolu sans grande douleur autre que financière. J’en ai donc profité pour découvrir Red Deer, dont le centre-ville compte une collection de «fantômes» qui racontent son passé. Le plus spectaculaire représente une équipe de pompiers volontaires sur leur départ, alors qu’une pièce de harnais vient de se briser… La scène est dramatique à souhait.

Comme j’avais trouvé un toit, je voulais repartir le plus tôt possible. Toutefois, on ne change pas des billets d’avion (ou des réservations d’hôtel réglées via le site d’Air Canada, caveat emptor) comme ça! Pour obtenir un tarif décent pour le retour, il me fallait attendre au dimanche 1er juillet pour rentrer. De plus, même si la question du logement était réglée, je voulais profiter de mon passage pour ouvrir un compte de banque (il n’y a pas de Caisses Populaires ici) et régler des détails administratifs au collège. Encore une fois, le samedi, j’avais du temps libre que j’ai pris pour me rendre à Drumheller, où se trouve un fascinant musée de paléontologie.

Parti tôt, je me suis arrêté en route à Dry Island Buffalo Jump. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec l’histoire des Prairies, les chasseurs de bisons se regroupaient parfois pour pousser des troupeaux (en les effrayant) vers ces falaises abruptes où les bêtes se fracassaient 200 mètres plus bas. L’endroit est spectaculaire et annoncé par une discrète plaque le long de la route 21 qui mène de Red Deer à Drumheller. J’étais bien heureux d’avoir obéi à mon impulsion d’aller voir la chose, même s’il s’agissait d’un détour de 20 km par des routes poussiéreuses (mais toujours aussi rigoureusement droites). En fait, la petite Accent que l’on m’avait loué cette fois (beaucoup plus maniable et économique) était entièrement couverte d’une boue fangeuse sous la carosserie; je crois que c’est l’antirouille local: passer sur une route que l’on vient de recouvrir d’huile pour abattre la poussière. J’ai eu bien du mal à décrotter la chose au lave-auto le soir.

En route vers Drumheller, j’ai passé la vallée de la rivière Red Deer. Spectaculaire. J’aurais voulu m’arrêter pour photographier le tout. Les photos prises ici l’ont été par MC lors du voyage de déménagement qui a suivi.

Puis j’ai passé le reste de l’après-midi à négocier le musée Tyrell qui était plein d’enfants. Il fallait s’y attendre, en cette fin de semaine de la fête de la Confédération. Je me suis juré que je reviendrais un lundi de novembre (j’ai plus tard appris que le musée est fermé le lundi hors de la saison estivale, mais bon, on voit l’idée). Malgré tout, c’était beau, même pour moi qui ne suis plus un maniaque de dinosaures (je n’ai même pas visité le musée Redpath pendant toutes ces années passées à McGill).

Le musée est situé au coeur des «Badlands», riches en houille et en fossiles… Si les collections représentent des objets très anciens, l’édifice, pour sa part, est moderne.


À l’entrée, un albertosaure nous accueille d’un air vaguement sympathique (je suppose)!

Et puis, on passe à l’histoire de la paléontologie, avec quelques spécimens fascinants, dont le premier fossile de tyrannosaure canadien identifié par Joseph Tyrell.

Et ici, je ne peux que me féliciter d’avoir acheté un appareil photo numérique en avril… Ce cliché aurait été impossible en argentique, puisqu’il m’a fallu régler la sensibilité de la caméra à 1600 ISO afin de ne pas utiliser le flash (il y aurait eu un immense reflet dans la vitre et il serait impossible de voir le fossile). Pour ceux qui se demanderaient ce que c’est, il s’agit du mandibule inférieur d’un tyrannosaure.

Et il y avait du monde… On voit ici (de dos) un squelette de mammouth et, à droite, une tête du même animal.


Bon… Je ne vous ferai pas voir toute la collection, mais j’ai bien aimé cette visite. On y voit bien entendu le processus d’évolution, ce qui a donné lieu, quelque part dans cette province, à un musée «créationniste» qui défend la thèse du «design intelligent». Le Tyrell gagne probablement pour le côté spectaculaire de ses salles remplies de spécimens reconstitués, dont les gigantesques tyrannosaures qui ne manquent pas d’impressionner petits et grands. Je vais laisser le mot de la fin concernant la visite du musée à un ancêtre de Monsieur C.:


Je me suis aussi permis d’explorer la nature qui entoure le musée; un sentier pédestre d’environ un kilomètre nous permet d’explorer certaines des facettes de la géologie comme de la flore locale. On trouve entre autres des cactus qui arrivent à survivre aux hivers rigoureux (et selon un de mes étudiants qui vit à Drumheller, ceux-ci semblent proliférer). On a beau savoir qu’il y a des microclimats, ça reste impressionnant; n’oublions pas que nous sommes bien au nord de l’Abitibi, ici…

Le paysage qui entoure le musée est à couper le souffle…

Il y avait aussi de ces curieuses formations rocheuses que l’on nomme hoodoos; une roche dense qui par son poids forme des cheminées de fée (ça, c’est le nom français du phénomène). Pour en voir des gigantesques, il faut par contre se rendre au Dinosaur Provincial Park, qui était trop loin pour que j’y aille faire du tourisme; on m’attendait le soir même à Red Deer pour souper à 19 heures.

Le dimanche 1er juillet, avant de repartir en après-midi vers Calgary pour prendre l’avion en direction d’Ottawa, je me suis rendu à l’église Saint-Mary’s, qui est probablement l’une des oeuvres architecturales les plus remarquables de Red Deer.

L’église a originalement été conçue dans les années 1960 par Douglas Cardinal, qui à l’époque était l’architecte officiel de la ville et qui depuis s’est fait connaître en réalisant le Musée canadien des civilisations, à Gatineau. Cependant, il y a quelques années, l’édifice a été agrandi pour y adjoindre une salle communautaire, suscitant une controverse qui se poursuit devant les tribunaux, puisque Cardinal n’a pas été embauché pour compléter son oeuvre. C’était au début de l’après-midi; il n’y avait plus de fidèles, mais quelques bénévoles se trouvaient encore sur place qui ont pu me parler de l’endroit et surtout m’y laisser entrer.

Ça invite à la contemplation. Les puits de lumière au-dessus de l’autel et de la réserve eucharistique (tous les deux en pierre calcaire de Tyndall, Manitoba) mettent l’accent sur l’essentiel. Pour votre information, je n’y suis toujours pas allé pour participer à une célébration, donc j’ignore comment les lieux sont «habités» liturgiquement. Ce que je sais, c’est que tout le monde m’a recommandé d’aller à l’autre paroisse catholique de Red Deer, qui porte le vocable du Sacré-Coeur; il semblerait que ce soit l’endroit avant-gardiste. Sans parler ici de ma vie de foi, disons que je n’ai pas beaucoup fréquenté les églises depuis mon départ d’Ottawa.

Le retour vers Calgary a été marqué par un incident cocasse. Comme il arrive trop souvent, l’unique autoroute liant la capitale (Edmonton) et la métropole (Calgary), subissait en cet après-midi du 1er juillet un embouteillage à environ une cinquantaine kilomètres au nord de Calgary. Ça avançait à environ 10 km/h… pendant un gros 20 minutes (rien à voir avec les embouteillages quotidiens du pont Champlain). Tout-à-coup, un impatient qui venait de quelque part derrière moi s’est précipité avec son pick-up 4X4 dans le fossé en direction d’une ouverture dans la clôture longeant l’autoroute, puis vers une route secondaire qui se trouvait de l’autre côté. Il fallait le voir avec sa remorque qui rebondissait dans l’herbe haute derrière lui. Il a passé sans problème… imité ensuite par une dame en Pathfinder qui s’est avancée plus précautionneusement… et qui s’est bien entendu trouvée enlisée dans le fossé où se trouvait, oh surprise, de l’eau cachée par les herbes susmentionnées et une bonne couche de cette boue grasse qui caractérise les terres des Prairies. Il y avait quelque chose de cocasse à voir cette blonde plantureuse à l’air de cow-girl sortir enragée de son véhicule pour évaluer la situation. Je ne connais pas la suite… la circulation a repris son cours et j’ai atteint l’aéroport bien en avance pour mon vol de retour.

Ce vol sans histoire m’a amené dans la Capitale après la fin des célébrations officielles de la Fête du Canada, mais la ville était bien sûr envahie par les fêtards. J’ai décidé de me rendre chez moi en autobus, car, contrairement à mon premier voyage, ma voiture était restée à la maison et des amis m’avaient amené à l’aéroport. Ils étaient cependant hors de la ville à mon retour hâtif… Je pensais bien faire en prenant les transports en commun (gratuits ce jour-là). Ce que je ne savais pas, c’est que les autobus de la Société de transport de l’Outaouais avaient arrêté de circuler à l’heure où je suis arrivé à Hull à bord d’un autobus de OC Transpo (la compagnie d’Ottawa). Bon… Et aucun taxi disponible, bien entendu: ils devaient tous être du côté ontarien, car il n’y en avait même plus au «stand» du centre-ville de Hull. Je me suis donc tapé, havresac au dos, une quarantaine de minutes de marche pour me rendre chez moi. Mais j’étais bien heureux de ce que j’avais accompli au cours de ce voyage. J’étais rassuré: j’aurais un endroit où vivre pour les deux prochaines années au moins. Bien sûr, il restait tout un paquet de détails à régler pour m’assurer que j’aurais aussi un service téléphonique, un approvisionnement en gaz et en électricité, des assurances, et bien d’autres choses encore… mais le pire était fait.

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3 commentaires sur « Rétrospective II: Le défi du logement »

  1. bon courage pour la suite et j’attend de lire de tes news ,c’est joliment écrit un peu long mais attachant. Ps ton chat vient avec toi enfin de compte ou pas ?:)) yékéké

  2. Si tu es reparti le premier juillet, tu as manque le Calgary Stampede… Dommage. J’imagine que tu vas venir en juillet 2008? Tu ne peux pas manquer cela !

  3. Six… oui, le chat (appelé Monsieur C par la suite) m’a éventuellement suivi. Le reste de l’histoire viendra bientôt!

    Stéphan, j’ai effectivement manqué (en toute connaissance de cause) le Stampede… travail oblige. Les plans de l’été 2008 ne sont pas encore finalisés, mais comme je n’ai plus à payer les tarifs d’hôtel exorbitants de la fin de semaine du Stampede, c’est certainement à considérer!

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