Rétrospective IX: Le retour vers Ottawa (6-7 août 2007)

Comme je vous le racontais dans la précédente livraison, le dimanche soir, nous avions vidé le contenu du camion dans la maison, puis, le lundi, nous avions assemblé quelques meubles essentiels et MC et P avaient à peu près vidé le contenu des boîtes de matériel de cuisine pour le transférer dans les armoires. Ils ont d’ailleurs fait un excellent travail: j’ai eu très peu de réarrangement à faire par la suite! Ce sont des saints!

Le lundi après-midi, il fallait rentrer à Saskatoon (un autre six heures de route) pour aller au chevet de Balthazar et savoir ce qu’il adviendrait du reste de ce voyage. À l’origine, nous devions revenir au volant du camion pour le rapporter à Montréal… Ce n’est pas que nous avions un désir ardent de nous re-taper la traversée du pays, mais c’était l’idée de départ. L’incident mécanique allait changer les choses. Pour ceux qui n’auraient pas lu les premiers messages concernant ce déménagement, permettez-moi un petit rappel: il me restait une semaine d’enseignement à Ottawa et mon Monsieur C se trouvait toujours à Montréal, confié aux bons soins de Mademoiselle G. Il me fallait terminer mes contrats de travail, récupérer Minet, rassembler la «gang» une dernière fois, puis reprendre l’avion vers l’ouest (avec Monsieur C dans la soute) pour le départ définitif le 14 août.

Il était aux alentours de 16 h quand nous avons finalement quitté Red Deer ce lundi 6 août, pour reprendre à l’envers le parcours de la veille. Je vous épargne les nombreuses photos que nous avons prises, sauf quelques-unes. À l’en-tête de ce message, vous avez pu voir une prospère ferme des environs de Red Deer avec son éolienne traditionnelle. On n’en voit plus beaucoup!

Vers 18 heures, nous avons dû faire halte à Hanna pour souper dans un de ces arrêts typiquement destinés aux camionneurs. Resto familial, bouffe honnête et une serveuse d’un certain âge à qui on permettrait volontiers de nous tutoyer tout en lui répondant par des «vous» gros comme le bras. Évidemment, en anglais la question ne se pose pas, mais vous voyez le genre. Comme l’endroit se trouve dans un coin un peu désertique, ils ont mis un gros «cactus» de métal à côté de l’affiche. Ça fait partie de ces divers objets géants qui parsèment le cours de la Transcanadienne. Je reviendrai sur le sujet un de ces jours. Il paraît que le phénomène remplace en quelque sorte la plantation de croix au haut des montagnes que l’on voit au Québec… une manière de se distinguer aux yeux du monde.

En entrant à nouveau en Saskatchewan, on nous accueillait par l’exaltation d’une nature qu’on ne retrouve plus beaucoup dans ce pays de plaines entièrement transformées par la main humaine.
Comme on voit, à notre traversée de la frontière, le soleil était bien bas. Nous avons quand même pu voir la nature nous donner un dernier spectacle: un orage au loin, que nous n’avons heureusement pas eu à essuyer, seulement à admirer:
Puis, ce fut la plongée dans la grande noirceur après un long crépuscule. Pas de lampadaire sur cette route importante mais isolée. On espère seulement que les animaux évitent la route, ce qu’ils ont heureusement fait. Le plus difficile était parfois le dépassement d’un fardier dans l’obscurité, alors qu’il devient à peu près impossible de jauger correctement la distance.

En traversant la frontière, j’ai pris soin de téléphoner à notre hôtel de Saskatoon (en quittant, la veille, nous avions réservé) afin de les prévenir de notre retard. La réponse à l’autre bout du fil m’a semblé hésitante… je compris plus tard. Nous sommes arrivés à Saskatoon un poil avant minuit, ce qui nous laissait juste eu le temps de faire le plein des véhicules (cri plaintif de la carte de crédit) et de retourner Isidore à l’agence de location avant de prendre la direction de l’hôtel. Nous avons gardé la minifourgonnette jusqu’au lendemain. Lorsque nous sommes arrivés, on nous a annoncés que l’hôtel avait été overbooked (pratique que je déteste). Après des excuses et courbettes, on nous a envoyés à un autre hôtel à proximité, aux frais du premier hôtel. Au moins, financièrement, cette erreur serait un tant soit peu profitable… mais à minuit, on se passerait de ce genre de désagrément. Décidément, pas de chance avec les hôtels durant ce déménagement!

Dodo. Encore une fois trop court.

Mardi 7 août 2007: Lever à 6 heures pour moi, car il me fallait aller chez le concessionnaire International pour recevoir le verdict des mécaniciens de l’endroit. Mon père et l’un de mes oncles sont mécaniciens. J’ai un peu grandi dans les garages et le cambouis, même si je n’ai personnellement développé aucun intérêt particulier pour la mécanique. C’est donc avec une certaine nostalgie que j’ai approché le responsable de l’équipe des mécaniciens (il ressemblait d’ailleurs à mon père par le physique et l’attitude!) et que je lui ai exposé le problème. Il a donc fait entrer Balthazar aux soins intensifs, et il fut branché sur une batterie d’appareils pour tenter de trouver le bobo. Comme l’ami Balthazar était d’un modèle nouveau et pas très connu dans les Prairies, il a fallu chercher un peu, mais le verdict fut sans appel: rien à faire pour l’instant. Il faudrait commander des pièces. Nous devrions donc rentrer à Ottawa par un autre moyen.

Ceci dit en passant, à un moment où nos fesses faisaient particulièrement mal au milieu des plaines, j’ai presque souhaité un quelconque incident qui nous permettrait d’éviter de refaire le voyage en sens inverse à bord de Balthazar… Heureusement que je ne suis pas superstitieux.

Je suis rentré à l’hôtel, et pendant que nous déjeunions, je me suis mis en contact avec Via Route à Montréal pour exposer la situation dans ses derniers dénouements. Ils étaient déjà au courant, car je leur avais téléphoné la veille (qui n’était pas un congé au Québec) et l’on m’avait garanti un arrangement financier au cas où il faudrait rentrer sans le camion. Après confirmation du diagnostic, on me proposait de louer une voiture pour revenir… Pas question! Nous avions déjà assez perdu de temps (P a dû prendre des jours de congé et je n’allais pas le forcer à étirer son séjour). On m’a donc proposé une somme globale pour compenser les dépenses et une réduction sur le prix original de location. Entendu. Retour à l’hôtel. On sort l’ordinateur et on cherche le prochain vol vers Ottawa. Cellulaire. Internet. Ces deux outils se sont avérés bien utiles tout au long de ce voyage.

Il y avait quelques vols possibles le jour-même. J’ai choisi un vol à 14 h et commencé la réservation en ligne. Tout allait bien jusqu’à l’avant-dernier écran de réservation. On me demande alors de confirmer mes choix en exposant le prix des billets: 1500$ pour trois personnes. Pour un vol de dernière minute, ce n’était pas si mal. J’appuie donc sur la touche de confirmation. L’écran suivant m’annonce que l’on a soutiré 3000$ de ma carte de crédit. Dekessé? Kwa? Non, mais ça va pas la tête? (Vous pouvez ajouter des explétifs de votre cru)

C’est ainsi que c’est amorcée une saga qui n’a trouvé son dénouement qu’à la fin d’octobre! Air Crapada n’affiche aucun numéro de téléphone pour le service à la clientèle; il faut leur écrire, télécopier, etc., mais pas moyen de parler à une personne. On ne consent même pas à vous rappeler! Il y a un numéro pour l’aide en ligne. Je téléphone. L’opératrice au bout du fil, fort perplexe, me propose d’annuler le billet et de refaire la procédure, mais cette opération était impossible: le remboursement de ma carte de crédit allait prendre deux jours… et il ne me restait plus assez de crédit! Le mieux qu’elle a donc pu faire était de m’offrir un remboursement de 150$ par billet, que j’ai accepté, en précisant toutefois (espérant que cet appel était de ceux qui sont «enregistrés pour assurer la qualité») qu’ils allaient entendre parler de moi…

En rétrospective, comme me l’a suggéré quelqu’un au travail, j’aurais dû appeler ma compagnie de carte de crédit immédiatement (après avoir fait imprimer les billets) pour faire annuler la transaction, mais dans le feu de l’action, aucun de nous n’a pensé à cette solution. De cette manière, Air Canada aurait dû me courir après et je n’aurais pas dû payer l’intérêt sur le 1500$ supplémentaire pendant quelques mois.

Nous avions nos billets. Si chers aient-ils été. Maintenant, nous avions quelques heures devant nous, que nous avons utilisées pour aller découvrir un peu le centre-ville de cette agglomération que l’on appelle le «Paris de l’Ouest». Ici, l’hôtel Lord Bessborough, au centre-ville. Oui, vous avez bien vu: c’est un hôtel du Canadien Pacifique avec l’architecture «châteauesque» typique du début du siècle dernier. En arrivant au centre-ville, il y avait pas mal de congestion et il fut un peu difficile de trouver un stationnement. Étrange. Des rues fermées… Nous avons bientôt découvert pourquoi: nous étions tombés sur l’ouverture de l’exposition agricole et il y avait un défilé au centre-ville. Ça, c’est du hasard! Nous avons donc eu droit à un défilé haut en couleur dont je vous offre deux extraits, l’un traditionnel et l’autre plus actuel. Plusieurs chars allégoriques témoignaient du sens de l’humour local, dont un intitulé «The Very Bad Garage Band», qui n’était pas du tout photogénique, mais tellement drôle d’auto-dérision!
Nous avons aussi brièvement parcouru le parc qui longe la rivière et où il aurait fait bon se reposer si nous avions eu le temps et moins de préoccupations.

La Saskatchewan est la première province canadienne à avoir donné le droit de vote aux femmes au niveau provincial (en février 1916) et aussi la première à avoir mis sur pied un programme d’assurance hospitalisation, sous le gouvernement de Tommy Douglas en 1947. Celui-ci est une sorte de héros local qui représente la tradition saskatchewanaise de préoccupation sociale. On le voit ici peint sur le côté d’une boîte de contrôle électrique en plein centre-ville. L’automne dernier, l’élection du Saskatchewan Party, laisse penser que la province semble opérer elle aussi un virage vers la droite. Curieuse province méconnue que la Saskatchewan, la seule juridiction canadienne qui refuse encore de passer à l’heure avancée, tradition agricole oblige (l’été, elle est à la même heure que l’Alberta et l’hiver, elle vit au rythme du Manitoba).

Notre visite du centre-ville fut beaucoup trop brève pour nous permettre de vraiment découvrir l’endroit. Nous avons quand même pu contempler la cathédrale catholique, qui se trouve presque en face de l’hôtel Bessborough. Lorsqu’on vit un bout de temps dans les Prairies, on en vient à apprécier cette architecture historicisante. En effet, à Red Deer, par exemple, il est assez ardu de sentir l’histoire dans les bâtiments. Par exemple, le centre-ville a été reconstruit plusieurs fois, rasant au passage ce qui existait auparavant. Et les années 1960-80 n’ont pas été tendres pour l’architecture… Les Albertains commencent à peine à découvrir le sens du mot «patrimoine». O.K., les Européens qui lisez ceci, je vous entends rire d’ici; je sais bien que par comparaison, tout, de ce côté-ci de l’Atlantique, est bien jeune…

Il nous fallait revenir vers l’aéroport pour sauter dans le très cher avion qui allait nous ramener à Ottawa avec un transfert à Toronto.
Nous sommes finalement arrivés à Ottawa vers minuit, après deux vols sans histoire. J’ai d’ailleurs pu terminer la correction des travaux de mes étudiants de l’Université d’Ottawa dans l’avion. Un taxi nous a ramenés chez MC et P, où j’allais passer ma dernière semaine à Ottawa. Jeudi matin, nous sommes partis vers Montréal pour y récupérer un félin gris qui n’avait pas été malheureux sous les bons soins de Mademoiselle G. Il allait cependant souffrir de l’attitude de Lady S, la chatte de MC, qui aime bien les humains, mais pas les autres raminagrobis. Bien que Monsieur C et Lady S ont le même âge, elle ne l’aime pas. Il a fallu dresser une barrière et isoler Monsieur C à l’étage.

Ces derniers jours ont passé beaucoup trop vite. Il y a eu quelques jours d’enseignement, le règlement de derniers détails administratifs, la remise des clefs aux universités, du magasinage de dernière minute et la préparation d’un banquet d’au-revoir. Je tiens à remercier tous ceux qui se sont pointés. Je garde de cette soirée de mon dernier samedi à Ottawa un chaleureux souvenir.

Lundi 13 août, j’enseignais mon dernier cours à l’Université Carleton (de 18 h à 21 h). Je partais donc chargé des travaux de mes étudiants qu’il me faudrait arriver à corriger dans le brouhaha de l’installation à Red Deer. Mardi 14 août, vers 7 h si ma mémoire est bonne, nous sommes arrivés à l’aéroport d’Ottawa avec Monsieur C, très nerveux dans sa cage, pour le grand départ.

Vol agréable, mais je me serais bien passé de l’attitude trop familière des employés de WestJet. Le jeune agent de bord, s’il avait eu la moindre notion de langue française, se serait fait dire de me vouvoyer. «Hey there!» (ou quelque chose d’approchant) n’est pas une manière de s’adresser à un client, aussi «Westjetter» soit-il. J’allais me tromper de siège et, avant que je puisse m’en rendre compte par moi-même, il m’avait interpellé pour m’indiquer mon siège d’une manière particulièrement cavalière. Je suis passé à deux doigts de lui répondre «It’s DOCTOR to you» (les anglophones sont étrangement sensibles aux titres). Je me suis retenu. Rien ne sert de passer pour un prétentieux. Pendant le vol, j’avais à mes côtés une charmante dame dans la soixantaine qui se dirigeait vers Vancouver et qui m’a fait la conversation pendant une partie du voyage, me parlant entre autres de sa vie passée à Edmonton. Fascinant.

À l’atterrissage, j’ai récupéré un Monsieur C terrorisé, mais qui s’est assez rapidement calmé. J’étais attendu à l’aérogare par une vendeuse de Northlands Volkswagen, qui m’a conduit au concessionnaire en question pour y prendre possession de celle qui allait devenir Bernadette.
En route, nous avons même fait un bref arrêt dans un supermarché pour acheter un contenant jetable de litière au cas où Monsieur C en aurait besoin, après cinq heures de vol (ce qui ne fut pas nécessaire en fin de compte). La prise de possession du véhicule s’est faite assez rapidement. La plupart des papiers avaient été réglés à Gatineau: il ne restait qu’à signer l’acte officiel de vente et à faire apposer la plaque d’immatriculation, ce qui s’est fait en un tournemain (et pour beaucoup moins cher qu’au Québec, parce qu’ici l’immatriculation n’inclut pas d’assurance). Monsieur C (dans sa cage) a pris place sur le siège du passager, j’ai chargé mes bagages, puis filé vers Red Deer à bord de ma nouvelle acquisition et quelque peu nerveux. Une maison en désordre et près de deux cents caisses de livres m’attendaient, mais ce déménagement touchait à sa fin. Et cette dernière journée qui aurait pu réserver bien des mauvaises surprises s’est déroulée sans anicroches.

Pendant les trois mois suivants, j’ai dû me débattre presque quotidiennement avec Air Canada et Via Route pour obtenir les remboursements nécessaires. Je n’ai pas le goût de raconter cela dans les détails. La chose n’a pas été facile, et je pense que la réceptionniste chez Via Route filtrait mes appels après quelques jours… Chez Air Canada, il m’a fallu passer par la filière du courriel, mais j’ai réussi à parler à une personne bien vivante lorsqu’ils ont transféré mon dossier à leur service de remboursement, situé à Winnipeg, et qui est doté d’un numéro direct! J’ai finalement obtenu mon dû des deux endroits. Un seul conseil si vous êtes un jour confronté à une situation semblable: persévérez! The squeaky wheel gets the grease!

Voilà donc la fin de cette longue histoire. Je peux maintenant passer à autre chose et vous raconter mes aventures palpitantes dans cette province qui a oublié de changer de gouvernement lundi dernier…

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