Perspectives étudiantes I

Voilà! C’est lancé! Les étudiants du département de sciences humaines du collège prennent pied sur la scène! Ce soir avait lieu l’ouverture de la 4e conférence annuelle «Student Perspectives», qui permet à des jeunes de diverses disciplines de nous faire partager leurs travaux. L’atmosphère est conviviale et sympathique et l’événement a été lancé en grand ce soir.

Nous avons eu droit à quatre présentations, dont deux (une sur les écrits de Samuel Johnson à propos du poète John Gay et une autre sur la création d’un art «national» étasunien au dix-neuvième siècle) étaient dignes d’étudiants aux cycles supérieurs. Il y a quelques étoiles montantes dans cet humble collège.

Nous avons aussi pu assister à la projection d’un film réalisé par des talents locaux (dont certains ont étudié au collège): «E for Everyone: the Mouse and the Elephant». Il s’agit d’un pseudo-documentaire racontant l’aventure de Joel, un étudiant en psychologie qui, insatisfait de l’explication de la hiérarchie des besoins humains offerte par la pyramide de Maslow, part en voyage au Kenya, en Inde, en Thaïlande et à divers autres endroits dans le but d’élaborer sa théorie pour sa thèse de maîtrise. Son ami Steve l’accompagne, caméra à l’épaule. On les accompagne à travers leurs moments d’émerveillement, d’étonnement, de frustration et de colère face à la vie humaine. Des contrastes — un peu faciles — avec des gens vivant dans le monde industrialisé qui expriment leurs propres besoins font ressortir la tragique ironie de ceux-ci. À travers tout cela, la dimension spirituelle de la quête humaine prend une grande place et sert de fil conducteur, car elle est présente partout, peu importe le niveau de vie.

Le film est honnête et touchant par moments, mais un brin trop prêchi-prêcha (lire: chrétien évangélique). Essentiellement, le protagoniste principal en arrive à découvrir que la dimension transcendante que Maslow associe à sa pyramide comme une «troisième dimension» est en fait le fondement de l’être. Il aurait pu lire Paul Tillich et ce qu’il a à dire sur the ground of being et il aurait constaté que la chose avait déjà été dite… mais enfin. Un brin d’études culturelles aurait également aidé: la quête spirituelle est continuellement associée seulement au christianisme. Ils réussissent par exemple à toucher à l’hindouisme en n’abordant que l’iniquité du système de castes, sans parler de son ancrage dans une vision religieuse du monde. J’ai donc tiqué par endroits. À travers tout cela, cependant, l’aspect humanitaire du développement est abordé avec les clichés habituels concernant la population privilégiée (c’est nous, en passant) qui bénéficie de la pauvreté de 80% de la population humaine.

Une image m’a pourtant frappé. Une scène représente Joel et Steve en train de manger en Inde et Joel se rappelle un texte qu’il a lu concernant une stratégie pour développer une meilleure hygiène dentaire chez des patients. Essentiellement, il disait que les images de graves affections avaient moins d’effet pour changer le comportement que des photos de gingivite bénigne. Autrement dit, lorsque le problème paraît tellement grave qu’il n’y a plus rien à faire, l’humain tend à baisser les bras. Le message essentiel du film repose autour de cette image: on peut tous faire quelque chose en choisissant de vivre selon des valeurs humaines (qu’ils associent ici au christianisme).

La scène finale me rappelait ce que j’ai vécu lors de mon retour d’un mois passé en Haïti en 2003. À vivre au milieu de la misère quand on est très conscient que cette misère sert surtout à nous permettre de nous payer des biens dont nous n’avons pas nécessairement besoin, on ne peut qu’être frappé, remué, bouleversé. Je me souviens, de retour à Montréal, d’avoir vécu un profond choc culturel et un désir de changer les choses. Bien entendu, le temps a passé et les vieilles habitudes et le confort sont revenus. Toutefois, je pourrais dire que ce séjour a renforcé chez moi le désir de vivre en m’encombrant le moins possible (à part les livres…) et en faisant des choix le plus responsables possibles. Non, je ne peux pas individuellement renverser la vapeur, mais en privilégiant un mode de vie le moins nuisible possible, en évitant les grandes multinationales que je ne nommerai pas ici et en acceptant de payer plus cher parfois, j’essaie de faire ma part. Si ce film peut contribuer à répandre un peu d’humanité sur la planète, c’est tant mieux.

Les acteurs et trois membres de l’équipe de production étaient là. De toute évidence, ils croient à la mission sociale de leur film. Ils nous offraient même, en collaboration avec «Dix Mille Villages», des récipients de terre cuite dans lesquels les intouchables indiens doivent boire et qu’ils doivent ensuite fracasser afin qu’un Hindou n’y boive pas à son tour par accident. Ils nous ont partagé quelques-unes de leurs expériences par la suite.

Cette conférence est donc très bien lancée. Demain, nous aurons surtout droit à des présentations traditionnelles dans le style respectif des diverses disciplines: des présentations d’affiches, des conférences, de la poésie… Pour ma part, je prends un plaisir immense à être là avec les étudiants, à les encourager et à pouvoir les mieux connaître. C’est quelque chose que je n’ai jamais pu faire dans un contexte universitaire auparavant. Il y a de l’humour aussi: demain, j’y vais «déguisé» en prof; vous savez, le blouson sport en laine d’Écosse, les pantalons classiques, les souliers Richelieu… J’anime deux sessions, dont une sur «la vie secrète des hommes». À suivre

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