Poisson d’avril?

Si vous avez vécu quelque part dans la vallée du Saint-Laurent entre 1970 et maintenant, vous avez certainement déjà entendu parler d’un projet — toujours remis aux calendes grecques — de train à grande vitesse (TGV) dans le corridor Québec-Windsor, qui forme la colonne vertébrale de l’économie du Canada central. Un tel train relierait les villes de Windsor, Toronto, Kingston, (peut-être Ottawa selon certains projets), Montréal et Québec. Malgré les avantages économiques indéniables que représenterait un tel investissement en ce qui a trait au développement économique de l’axe Saint-Laurent – Grands Lacs, il est perpétuellement remis sur les tablettes, puis ravivé momentanément le temps d’une étude de faisabilité qui va à son tour amasser la poussière quelque part dans les archives. Le train n’a décidément pas la cote dans ce pays qui a pourtant été formé par le chemin de fer.

En Alberta, le corridor formé par l’autoroute 2 (ou autoroute Queen-Elizabeth II depuis le fiat de King Ralph en 2005 lors de la visite royale à l’occasion du centenaire de fondation de la province) fait aussi l’objet de projets de développement. L’autoroute 2 parcourt un axe nord-sud à partir de la frontière étasunienne (où elle rejoint la route 89 au Montana) et se termine dans le nord de la province, à Peace River, puis Grande Prairie. Au milieu de sa course, elle traverse Calgary, Red Deer, puis Edmonton. Cette section d’autoroute (à voies séparées) est très occupée à cause du transit constant entre la capitale (Edmonton) et la métropole (Calgary), distantes d’environ 300 km l’une de l’autre. Red Deer est en plein milieu. Il est possible de parcourir cette route en trois heures, ou de prendre l’avion (ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses) pour se rendre de l’une à l’autre. Le trajet routier prend environ 3 heures de conduite attentive: la circulation peut être dense et il y a ce que l’on appelle des «passages à niveau», c’est-à-dire que des routes secondaires croisent l’autoroute. Bonne chance aux chauffeurs qui essaient de traverser! En voici un exemple, tiré du site de Julian Macdonald, qui vous permet de virtuellement parcourir l’ensemble de la route 2:
Ces passages à niveau sont devenus de plus en plus périlleux à cause de l’augmentation phénoménale de la circulation entraînée par la prospérité de la province; cependant, il y en a plus d’une cinquantaine, si je ne m’abuse, et certains sont nécessaires à l’économie rurale. On projette présentement d’élargir l’autoroute à six voies entre Calgary et Edmonton (présentement, c’est le cas d’Edmonton à Leduc et de Calgary à Airdrie). On veut également construire des échangeurs ou des viaducs à toutes les intersections présentes… à un coût prohibitif. On a beau être la province la plus riche du pays, on est aussi très, mais très, grippe-sou, populisme et conservatisme fiscal obligent. Et comme, ici, l’assurance automobile est entièrement privatisée, l’État n’a pas à s’en faire pour l’augmentation des primes dues aux accidents trop nombreux le long de ce corridor vital.

Cependant, j’entends les écologistes de partout crier haro sur ce projet! Évidemment, il n’est pas nécessairement prouvé que le seul moyen d’améliorer la circulation sur ce trajet soit l’élargissement de l’autoroute. Il faut proposer une alternative viable au trajet routier… ce qu’une compagnie privée qui s’affaire depuis 1990 à vendre un projet de TGV reliant Calgary et Edmonton vient de raviver dans notre petit journal local. Red Deer aurait évidemment beaucoup à gagner d’un tel projet, étant donné qu’elle serait probablement la seule ville-étape entre les deux et que la gare de la ville pourrait être située à l’aéroport régional qui vivote. Le projet aurait donc des retombées considérables sur l’économie centre-albertaine.

Pour votre gouverne, voici la carte du projet, telle que proposée sur le site de son promoteur:

Trajet TGV Alberta
Mais comme on dit, je ne retiens pas mon souffle… Ce n’est certainement pas la dernière fois que le projet émerge pour redisparaître; dans ce pays qui a oublié de se souvenir, on bazarde davantage les chemins de fer qu’on en construit. Pourtant, le trajet serait plus rapide, économique et probablement écologique! Pour moi, le trajet serait un peu plus cher, mais pour la plupart des conducteurs, avec leurs hénaurmes véhicules qui font glou-glou à la pompe, cela pourrait être plus économique… oh, mais j’oubliais… ils s’en foutent et certains s’en font même une fierté! Je souhaite tout de même bonne chance à ce projet!

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