Bonum vinum lætificat cor hominum

Dimanche dernier, après trois jours enfermé principalement à cause d’un article/conférence à préparer et de la température inclémente, votre pas si humble serviteur, n’écoutant que son grand cœur (et le besoin d’aller à l’épicerie) est parti en safari photo à travers Red Deer. La bête à traquer avait pour nom magasin d’alcools… Ce n’est pas que j’avais envie de faire une virée, mais plutôt que mon article sur les épiceries s’avère particulièrement populaire auprès des visiteurs occasionnels qui sont dirigés vers ce blogue par les moteurs de recherche. J’y mentionne brièvement la question des magasins d’alcools, mais étant donné la différence du système albertain par rapport à ce qui est connu en Ontario et au Québec, je pense que le sujet mérite une attention toute spéciale. De plus, pour ceux qui déménagent en Alberta, il faudra bien sûr fêter ça après être arrivé… d’où l’urgence de trouver les endroits idoines.

Suivez-moi donc à travers Red Deer pour explorer diverses options qui vous sont offertes. Il est utile de préciser que depuis 1993 l’Alberta n’a pas de réseau gouvernemental de magasins d’alcools comme la SAQ québécoise ou la LCBO ontarienne. Il existe bel et bien un organisme provincial de contrôle des alcools et loteries qui édicte les alcools qui peuvent être distribués dans la province, mais la distribution, l’entreposage et la vente au détail des alcools de toutes sortes est entièrement privatisé. Le résultat? Il existe une foule de magasins de divers types qui vendent des alcools. Je les ai classés ici par ordre croissant d’intérêt pour mes propres besoins, (je bois peu et je préfère avant tout le vin de qualité à tout autre type d’alcool) mais tout dépend de ce que l’on recherche.

Ainsi, lorsque l’on vient de déménager et qu’il faut la «caisse de 24» pour accompagner la pizza rituelle, il vaut mieux se présenter à un établissement du genre:

Celui-ci est situé — est-ce hasard? — tout près du Collège… Je n’y suis jamais entré, pour la pure et simple raison que je n’aime pas la bière et que c’est à peu près tout ce qu’on semble y trouver d’après l’annonce. J’ai l’impression qu’ils doivent aussi tenir des spiritueux pour ceux qui veulent l’effet plus rapidement.

Pour ceux qui voudraient un éventail plus large de possibilités, les villes albertaines regorgent de magasins du genre:

Vous aurez remarqué que la subtilité n’est pas exactement la marque première de l’affichage de ces magasins: on sait exactement ce qui s’y trouve. Ici, on trouve une variété de bières, du vin de table ou de cuisson (à peu près ce qu’on peut retrouver dans les dépanneurs et les épiceries au Québec avec quelques exceptions comme du Chianti Ruffino) et, bien entendu, des alcools forts. D’ailleurs, le mot anglais liquor a un double sens. Il désigne les alcools en général, mais aussi les spiritueux.

Un peu plus haut sur l’échelle de la qualité de l’inventaire — mais pas tellement — on retrouve la chaîne suivante:

Et dans cette succursale en particulier, allez savoir pourquoi, le personnel du collège, sur présentation de la carte d’identité, bénéficie d’un rabais de 10% sur les achats. On y trouve une variété plus étendue de vins, surtout de la production de Colombie Britannique. J’ai beau avoir l’esprit ouvert, je n’ai pas encore été convaincu de leur intérêt par les quelques échantillons que j’ai pu consommer. Comme je l’ai déjà entendu dire, ils ont trop souvent «un petit goût… pharmaceutique». Donc, ici, pas de grands crus, mais une sélection décente pour un souper entre amis qui s’arrose avec quelque chose de correct.

À un échelon légèrement supérieur, on trouve la chaîne Western Cellars, qui appartient à la chaîne d’épiceries Sobey’s. Le choix est assez étendu, mais comme pour l’épicerie, les prix sont souvent trop élevés pour rien.

À ce jour, selon mes recherches, le meilleur rapport qualité-prix se trouve ici:

Ces magasins appartiennent, comme leur nom le suggère à la chaîne Loblaw’s, qui possèdent également le Real Canadian Superstore. D’ailleurs, comme pour Western Cellars, le Real Canadian Liquorstore se trouve dans le parc de stationnement de l’épicerie (je suppose qu’il doit y avoir une loi contre la présence d’alcools dans le même bâtiment que l’épicerie elle-même). Pratique. De plus, on trouve cette chaîne à la grandeur de la province, donc il ne s’agit pas que d’un phénomène local. Ici, on trouve une bonne variété de vins, bières et spiritueux. Pour les vins, on trouve autant des vins de tables bien ordinaires (et même la plus affreuse piquette) que des vins d’appellation contrôlée. Dans plusieurs cas, l’achat de multiples de six bouteilles d’un même vin confère un rabais d’environ 10% en plus du fait que de tous les magasins d’alcools de la ville, c’est déjà là que l’on trouve les bouteilles au meilleur prix.

Enfin, pour ces occasions spéciales où une très bonne bouteille va servir à agrémenter le repas, on peut se tourner vers The Liquor Hutch, qui se trouve dans Gasoline Alley, une série de commerces qui longe l’autoroute au sud de la ville. Comme son nom l’indique, cette zone commerciale comprend surtout des stations-service et plusieurs concessionnaires automobiles, mais il y a également quelques magasins à grande surface, une librairie biblique et cet excellent vendeur d’alcools:

Malheureusement, Gasoline Alley est aussi tout ce que bien des gens de Calgary ou d’Edmonton voient de Red Deer lorsqu’ils font le voyage de la métropole à la capitale ou vice-versa et qu’ils s’arrêtent pour l’obligatoire pause-pipi. Ça ne donne pas une image représentative de la ville, au cas où vous vous poseriez la question. Mais revenons à ce distributeur d’alcools. Il s’agit, malgré les apparences extérieures, du meilleur marchand de vins de la région. La sélection est vaste et il s’y trouve de très grands crus. Une zone de dégustation a même été aménagée à l’arrière du magasin et il s’y tient des activités régulières d’éducation au vin. Cependant, pour la même bouteille, on peut s’attendre à payer au moins deux dollars de plus qu’au Liquorstore, si tant est qu’elle est disponible là-bas. Il faut donc magasiner judicieusement.

Red Deer n’a toutefois pas d’établissement où l’on peut trouver des alcools spécialisés en grand nombre ou de très grands crus. Pour cela, il vaut mieux aller à Calgary (entre autres au Kensington Wine Market) ou à Edmonton (où je n’ai pas encore localisé de fournisseur intéressant).

Deux petits conseils. Premièrement, si vous venez du Québec ou de l’Ontario, procurez-vous un sac à vins réutilisable avant de partir. Ils sont très difficiles à trouver ici et chaque fois que je me présente avec mon sac de la LCBO, les caissiers ou caissières me regardent comme s’il venait de me pousser une troisième tête. Les Albertains sont très sensibilisés à la question des sacs réutilisables pour les épiceries, mais pas tant pour les bouteilles.

Deuxièmement, n’oubliez pas que chaque contenant de boissons, quelles qu’elles soient (même les boîtes de conserve du jus de tomate) est consigné dans cette province (à ce sujet, voir aussi mon article précédent). Cependant, pour ravoir son dépôt (payé au moment de l’achat), il faut se présenter non pas à l’endroit où le breuvage a été acheté ou à n’importe quel dépanneur, mais plutôt à des centres spécialisés appelés Bottle Depot. Là, on reprendra vos contenants et on vous fournira un petit montant d’espèces sonnantes et trébuchantes correspondant au montant du dépôt payé. Les «frais de recyclage» que l’on charge également en sus du dépôt ne sont pas récupérables et servent à l’administration du système. Il faut que les contenants aient été achetés en Alberta (le code-barre en faisant foi) et qu’ils soient intègres (pas écrasés), avec leurs étiquettes, mais sans bouchons ou capsules. Compliqué et emmerdant, mais on s’y fait.

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9 commentaires sur « Bonum vinum lætificat cor hominum »

  1. Cool, ce billet: clair, pratique, pointu, exigeant, déterminé, net, franc et… poétique.

    Pourquoi poétique ?

    Hum… j’ai éprouvé une émotion poétique en le lisant, mais je ne saurais trop dire pourquoi .

    Peut-être à cause du côté portrait socio-urbanistique, mais il faut dire aussi que j’aime bien les inventaire.

    Garde le cap.

    M

  2. Le bon vin m’endort et l’amour me réveille encore, dit une chanson bien populaire dans ma famille au jour de l’an… Moi je dirais que le bon vin et les bons fromages, accompagnés de quelques bonnes charcuteries de derrière les fagots le tout sur une bonne baguette, me réveillent les sens plus qu’ils ne me les endorment…

  3. @ Momo: Merci. Et quel sujet penses-tu que je devrais aborder dans la même veine la prochaine fois?

    @ BBBB: Pour paraphraser Astérix (en Hispanie) pour le vin, ils ont fait du progrès. Pour le fromage, on en trouve du bien bon en cherchant, comme je l’ai raconté plus tôt. Mais pour les charcuteries et la boulangerie, Red Deer n’est pas exactement bien grèyée.

  4. Pour ce qui est de la charcuterie, je ne sais trop quoi te dire. Pour ce qui est du pain, peut-être pourrais-tu apprendre à le faire???

  5. Tiens, c’est une idée… Cependant, le problème n’est pas tant de l’apprendre (ça, c’est plutôt simple), c’est de trouver le temps de le faire. Pour la charcuterie, j’ai vu un saucissier l’autre jour… peut-être que…

    Et tu as une nouvelle identité? Un blogueur en devenir?

  6. Doreus,

    J’aime quand tu est si rigoureux, sérieux et documenté sur un sujet singulier, inattendu et en en même temps faisant partie de ta vie quotidienne.

    J’ai l’impression que tu pourrais être à l’aise avec tous les sujet (les rebords d’autoroute, les bons restaurants, les « dandelions », les évênements festifs, les traitements de déchets, tes chats, la réparation de ton vélo, les travaux publics, les sujets de société, ton travail d’enseignant, la religion, les questions de genre, etc, etc,…), pour peu que tu les aborde méthodiquement, personnellement et poétiquement.

    Ce billet m’a plu parce-qu’il me rappelle, entre autres choses, certains travaux photographiques qui ont été produits notamment par l’école de Francfort (j’y reviendrai si tu veux).

    Mais aussi parce-qu’il ma fait découvrir, au delà de l’aspect pratique et informationnel, des structures industrielles que l’on voit peu par ici, une sorte de portrait de ta région à travers les façades de magasins de spiritueux (tout simplement).

    Je n’ai pas répondu à ta question, mais j’espère avoir relancé cette belle inspiration.

    M

  7. Merci pour cette appréciation. J’aurais de la difficulté à me défaire de ma rigueur (c’est une déformation professionnelle, mais aussi un résultat de mon éducation parentale) et je suis heureux qu’elle soit appréciée. Je tente de ne pas faire de la rigueur un ennui… j’écris trop de textes «sérieux» et le blogue est pour moi une façon de me changer les idées, entre autres.

    C’est drôle que tu mentionnes l’École de Francfort… J’en parlais justement avec un collègue hier (l’autre historien en toge de vendredi dernier). Comme quoi tout finit par se rejoindre!

    Je rigole un peu… car pour être véritablement méthodique sur ce sujet, je suppose qu’il aurait fallu que je tâte de quelques échantillons… et alors là, exit la rigueur!

    Farce à part, merci pour l’encouragement. D’autres chroniques du genre apparaîtront… Ça m’amuse justement que, dans un même pays, des choses aussi simples que la manière de se procurer de l’alcool diffère fortement d’une province à l’autre. Je suppose que c’est une toute autre histoire en Suisse!

  8. Oui, je ne peux m’empêcher de garder un certain humour même dans mes écrits «sérieux»… La poésie y est peut-être plus discrète; je laisse ça au jugement d’autrui.

    Merci encore!

  9. C’est paradoxal, peut-être, mais c’est ta rigueur qui est poétique. Personnellement, je garderai la même sérieux que tu as dans ton travail doctoral, mais en y injectant cette saveur particulière qui n’appartient qu’à toi.

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