Explorations à saveur historique à Lacombe

Bienvenue à Lacombe, coquette ville située à 25 km environ au nord de Red Deer et que je me promettais d’explorer un peu plus profondément depuis mon premier passage par là l’an dernier en me rendant à Edmonton. De la route 2A, en effet, on obtient un aperçu bien sommaire d’un centre-ville historique qui ne donne que le goût de s’y rendre. Je n’avais jamais vraiment pris le temps d’y aller jusqu’ici, mais j’y fus de passage plusieurs fois depuis mon arrivée en Alberta. J’ai aussi quelques connaissances et amis qui vivent à Lacombe.

La ville tire son nom du père Albert Lacombe, oblat de Marie-Immaculée, qui a joué un rôle important dans les négociations entourant la construction du chemin de fer entre Calgary et Edmonton durant les années 1880. Sur une note personnelle, j’ai l’honneur de partager avec le père Lacombe le fait d’avoir étudié au Collège de l’Assomption: lui dans le 8e cours et moi dans le 152e… (144 ans nous séparent). Au moment de ses études, les Prairies étaient un territoire de chasse et de trappe; la ville actuelle n’était même pas encore un rêve! Il s’y est trouvé comme missionnaire chargé de «civiliser» les Amérindiens, mais il avait pour eux une sincère sympathie et eux avaient mis en lui une grande confiance lorsque venait le temps de régler des différends.

Lacombe, c’est une petite ville discrète offrant des services à une région à vocation principalement agricole. Elle jouit d’une prospérité certaine et bénéficie de la croissance de Red Deer; les développements domiciliaires y ont abondé ces dernières années… et ce à prix fort! Quelques vieilles maisons agrémentent la route principale qui y mène, ainsi celle-ci, devenue une clinique chiropratique:

Lacombe, c’est aussi une ville coquette et fière de son histoire, qu’elle affiche sur les lampadaires qui longent les grandes artères:

Ces mêmes lampadaires s’ornent, au temps de Noël, de décorations illuminées et enguirlandées absolument identiques à celles utilisées dans ma ville d’origine… J’avoue que quand j’ai aperçu ces décorations l’hiver dernier, ce fut toute une surprise! Mais venons-en au fait: vendredi, après un peu de magasinage à Red Deer, j’ai décidé de pousser une pointe vers Lacombe pour profiter du beau temps en passant quelques heures à parcourir son centre-ville. Ce n’est qu’après avoir longé la plupart des bâtiments d’intérêt historique que j’ai trouvé, à la maison Michener, un plan du centre-ville proposant une «promenade historique»:

Dans la description suivante, je ferai référence aux numéros tels qu’ils apparaissent sur ce plan. Ma promenade m’a d’abord fait parcourir la 50e Avenue (Barnett) d’ouest en est jusqu’à la route 2A, pour ensuite revenir sur mes pas jusqu’à la 50e Rue (Nanton), que j’ai remontée jusqu’à la 51e Avenue.

Toute visite de Lacombe qui se respecte commence à l’édifice où se trouve le musée local et qui, lors de sa construction en 1903 abritait la Merchants’ Bank. Construit dans un style Beaux-Arts populaire à l’époque, l’édifice a imposé son style à la ville après un désastreux incendie qui a rasé la plupart des édifices de bois du centre-ville en 1906. Imposant autant par son style que par son site (au coin des avenues Barnett et Allan) il domine le centre-ville entier de ses trois étages et demie.

La porte, située sur la pointe, donne son dynamisme à l’édifice. Je me promettais d’en franchir le seuil après avoir exploré la ville (j’aime me promener par moi-même avant d’aller voir ce que l’on suggère de visiter, ce qui me permettrait éventuellement de compléter ma visite), mais lorsque j’y suis repassé, 17 heures avaient sonné et les portes étaient closes. On reviendra pour voir le musée, lequel a failli fermer pour de bon en avril après que le gouvernement provincial, moins préoccupé d’histoire et de patrimoine que de développement économique débridé, a décidé de lui couper les fonds. Il survit grâce à une subvention du gouvernement municipal et au dynamisme de la société locale d’histoire.

Comme à Ponoka et Fort MacLeod que je vous ai déjà présentés, le centre-ville de Lacombe a bénéficié du projet «Main Street Alberta» pour la revitalisation de son centre historique. Les plaques explicatives sont nombreuses et l’information qu’elles renferment abondante. On ne se contente pas de donner des renseignements architecturaux, mais on présente la vie passée de ces bâtiments et des humains qui les ont animés. Ces plaques complètent donc le petit guide Historic Lacombe Downtown Walking Tour que j’ai acheté (pour 2$) et où l’information concerne surtout la vie des bâtiments eux-mêmes. Cela reflète probablement les deux «publics» que ces médias rejoignent: l’«homme de la rue» et le féru d’histoire.

Le côté nord de l’avenue Barnett recèle plusieurs exemples intéressants d’architecture commerciale du début du siècle dernier. Ici, les édifices Denike (2a) et McLear (4) ont gardé tout le cachet de leurs origines. L’édifice Denike hébergeait à l’origine une bijouterie au rez-de-chaussée et le bureau du registraire municipal à l’étage, si bien que les jeunes mariés y trouvaient plusieurs des services nécessaires! La petite annexe McLear (3) entre les deux apparaît avoir été construite presque par erreur (en 1912). On ne sait pas trop pourquoi elle a été érigée séparément de l’édifice qui se trouve à droite et qui appartenait au même propriétaire. Cependant, l’endroit était idéal pour y établir un bureau de ventes de terres.

À côté de l’édifice McLear se trouve l’édifice de la Banque CIBC, qui hébergeait à l’origine une succursale de la Banque Royale du Canada (5). Ces quatre édifices occupent un pâté de maisons où se dressait, avant l’incendie qui le rasa en 1911, l’hôtel Victoria (2b) qui avait survécu au feu susmentionné de 1906 grâce à son revêtement de briques. Au Jour de l’An 1911, un incendie s’est déclaré à l’intérieur de l’hôtel et a détruit une bonne partie des bâtiments qui l’entouraient.

Toujours sur le côté nord de l’Avenue Barnett, à l’est de la 50e Rue (Nanton), on trouve trois autres édifices aussi intéressants que différents. À gauche, l’édifice à deux étages de l’ancienne quincaillerie Morrison & Johnston (15). Malgré sa façade double, donnant l’impression qu’il s’agit de deux bâtiments, l’espace commercial a toujours été occupé par un seul commerce. Comme les quincailleries vendaient l’équipement de ferme, c’est aussi là que les premiers véhicules automobiles du village ont été vendus (d’où le logo Ford que l’on peut voir sous l’affiche peinte) et en 1915, on y trouvait aussi les premières pompes à essence.

Arrivé au bout de l’avenue Barnett, on peut apercevoir la gare de Lacombe de l’autre côté de la route 2A. Cela rappelle les beaux jours du transport ferroviaire, où ces bâtiments se devaient d’être vastes et où les villes des prairies vivaient au rythme de l’arrivée des trains. Le transport routier a largement remplacé le trafic ferroviaire aujourd’hui.

De retour sur Barnett, le bloc sud, de forme triangulaire (entre la route 2A et les avenues Allen et Barnett) dont la pointe est est moins spectaculaire que la Merchants’ Bank qui en coiffe l’extrémité ouest. Il s’agit d’une architecture plus simple mais néanmoins typique du style commercial nord-américain. Au bout de la pointe est que l’on voit derrière la voiture rouge se dressait autrefois une tourelle à colombages (voir le dessin sur la plaque illustrée plus haut) dans ce qui s’appelait le Corner Business Block (19) érigé en 1928 sur le site de bâtiments en bois originalement construits en 1903, détruits en 1906, puis reconstruits. Un peu plus à droite, on aperçoit l’édifice Urquhart (24), de brique plus pâle, dont voici une vue en façade:

Comme l’indique l’annonce peinte sur sa corniche, il s’y trouvait un «magasin à rayons» qui a ouvert ses portes à cet endroit en 1907. Tirant parti du site triangulaire, Andrew Urquhart a fait construire deux façades identiques, une sur l’avenue Barnett et l’autre sur ce qui est devenue la route 2A, donnant ainsi une visibilité à son commerce sur deux des routes les plus passantes de l’endroit. La construction en brique-ciment pâle fait également ressortir l’édifice de ses voisins de brique rouge typique de l’endroit.

En marchant sur l’avenue Barnett, j’ai aperçu cet édifice en forme de L (que l’on voit en contour sur le plan au coin de la 51e Avenue et de la 49e Rue). Il n’est pas en soit historique, mais le style «gare» de sa construction le rend néanmoins intéressant.

Passons maintenant à la rue Nanton (la 50e Rue), qui croise l’avenue Barnett presqu’en face de la Merchants’ Bank. Le côté est de la rue aligne encore une fois des édifices à l’architecture typique, même si tous ne sont pas originaux. Le grand édifice en brique rouge imite le style de ses voisins mais est de toute évidence de construction plus récente. À gauche, toutefois, on voit le bâtiment gris-beige de l’ancienne salle de billard (13) dont une partie de la façade est cachée par un pick-up noir. Cet édifice jouxtait autrefois un théâtre (à droite) dont la démolition a failli emporter la vénérable salle de billard construite en 1913, car les deux édifices partageaient un mur porteur. L’édifice de droite est une reconstruction imitant les lignes de l’ancien théâtre.

En fait, le premier commerce à occuper le rez-de-chaussée était un marchand d’équipement de harnais à chevaux, mais le déclin de ce mode de transport suite à la motorisation entraîna sa disparition en 1919 et c’est alors que la salle de billard s’installa au rez-de-chaussée. Au deuxième étage, on trouvait une salle qui servait à des danses ou encore à des réunions de divers clubs sociaux (lire des beuveries). L’endroit servait également de tripot un tantinet louche, ce qui était typique de plusieurs salles de billard à travers le pays.

Du côté ouest de la rue, on voit en marchant sur le trottoir ces étranges enseignes: «Messieurs» et «Dames» au-dessus des deux entrées de l’édifice «Puffer/Chung» (7), qui hébergeait autrefois une boucherie et une blanchisserie. Rare exemple de collaboration interethnique, l’édifice a été construit suite à sa destruction en 1911 dans l’incendie qui s’était déclaré à l’hôtel Victoria. Le boucher William Puffer unit ses efforts et ses ressources à Hop Chung pour reconstruire un édifice abritant leurs deux commerces. À un époque où le racisme dominait le paysage de l’Ouest canadien, un tel projet entre celui qui allait devenir le premier député provincial de Lacombe et un immigrant chinois était intéressant. En 1908, William Puffer a même payé la taxe d’immigration de 500$ imposée à l’époque aux ressortissants chinois afin de permettre à sa femme de venir le rejoindre. Madame Chung fut une des premières Chinoises à vivre en Alberta. Aujourd’hui, l’édifice abrite un bar:

Je n’ai pas trop compris la raison des enseignes des deux entrées qui suggèrent le remplacement d’une discrimination ethnique par une discrimination sexuelle… Je n’ai pas pu en trouver l’origine, mais peut-être est-ce lié au fait que la porte «Messieurs» donne sur le bar alors que la porte «Dames» donne sur un salon de bronzage… Cela est un brin ironique, quand on sait que William Puffer ne pouvait pas tolérer la discrimination et, en plus d’aider les Hop, employait des Amérindiens dans ses commerces de boucherie, à l’encontre des préjugés à leur égard. Soit dit en passant, les membres des Premières Nations demeurent ceux chez qui le chômage est le plus élevé au pays.

Un peu plus au nord, on trouve une salle de quilles construite par George Hotson (10) en 1902 pour héberger deux commerces. Rénové en 1990, l’édifice reprend certains éléments décoratifs de l’édifice original, notamment sa façade d’étain peint au deuxième étage, qui donne l’impression d’un édifice unique alors qu’il s’agit de deux édifices séparés. L’édifice a toutefois perdu sa splendide corniche d’origine.

Sur la même rue et toujours sur le côté ouest, on trouve un peu plus au sud une ancienne pharmacie (6) qui héberge aujourd’hui une boutique de vêtements féminins. L’édifice construit en 1920 a presque entièrement conservé ses décorations originales.

Juste au nord de la salle de quilles, dont on aperçoit ici les murs beiges, on trouve un édifice dont la simplicité des lignes cache l’importance culturelle. Il s’agit des bureaux du Lacombe Globe, troisième journal à avoir été fondé dans la ville mais seul survivant, dont la publication a commencé en 1900. L’édifice actuel a été reconstitué d’après des photos d’archives en 1988, car une voiture en avait accidentellement démoli la façade en 1957, a une époque où le patrimoine comptait pour du beurre.

Toujours en poursuivant vers le nord, on rencontre Kavaccino’s un des meilleurs cafés du coin. En fait, j’ai connu l’établissement grâce à un collègue de travail qui m’y a emmené à quelques reprises au cours de l’année. Le café y est délicieux et la nourriture simple et reconstituante. Ça fait un peu «café bohémien», une rareté en Alberta. Ça me rappelle mes années d’étudiant…

(Cliquez pour agrandir en format lisible)

Enfin, au coin de la rue Alberta et de la 51e Avenue on trouve cette petite maison, autrefois presbytère méthodiste et lieu de naissance de Roland Michener (1900-1991), qui fut gouverneur général du Canada de 1967 à 1974. Le père de Michener, pasteur méthodiste, déménagea ensuite et Michener vécut un temps à Red Deer, ce qui explique qu’un quartier de la ville (celui où j’habite, en fait) porte son nom. Pour voir la maison dans son entier, allez voir l’album de photos que j’ai créé pour ne pas indûment alourdir ce message déjà long.

(Cliquez pour agrandir et apprécier les détails)

De retour sur la rue Nanton, on peut apercevoir cette longue murale peinte sur le côté nord de l’édifice où on voit le numéro 11 inscrit au plan ci-haut. Cela représente une vue «d’époque» de la rue Nanton du nord au sud. Aujourd’hui, la même vue donne ceci:

Les murales sont très nombreuses à Lacombe. Dans l’espace entre les édifices construits sur le côté ouest de la rue Nanton et sur le côté est de la 49e Rue, on trouve un ensemble impressionnant de murales qui donnent vie à ces arrières d’édifices autrement peu inspirants et qui cherchent à recréer une atmosphère «villageoise» d’autrefois.

On trouve ainsi cette représentation de l’hôtel Victoria qui a brulé en 1911 peinte à l’arrière d’un édifice dont la façade donne sur la rue Alberta (près du chiffre 2a sur le plan).

De l’autre côté de l’espace entre les édifices, on a peint des affiches commerciales à l’ancienne à l’arrière des édifices dont la façade donne sur la rue Nanton. On a même recréé une façade de «magasin général» juste à droite du «bureau de poste». On a ainsi récupéré des espaces au look naturellement délabré pour leur donner un caractère historicisant. Ça change des arrière-cours habituelles comme celle-ci, croquée à Red Deer:

Et comment ai-je pu, dans la première version de ce message, oublier cette photo:

Quand je vivais à Longueuil, j’ai vu une Volkswagen New Beetle aux couleurs de la Sureté du Québec… mais c’est bien la première fois que je vois une voiture de police aux allures sportives de celles qui ce font généralement arrêter. J’avoue que ça m’intriguait, mais pas assez pour aller demander…

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Un commentaire sur « Explorations à saveur historique à Lacombe »

  1. Hello – I’m working on the Wikipedia article about William Puffer, and I’m wondering where you got your information about he and Hop Chung; I’d like to include it if it can be reliably sourced.

    (I hope you’ll pardon me for writing this comment in English; I can read French well enough, but my written French is pretty laboured.)

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