Excursion glaciaire

Le glacier (ou champ de glace) Columbia… en avez-vous déjà entendu parler? En voici une petite, bien petite partie, qui déborde entre les monts Andromède et Snow Dome et qui porte le nom de glacier Athabaska. Il s’agit du glacier le plus accessible de la «route des glaciers» (la route 93, qui serpente dans les Rocheuses entre Jasper et Banff) et nous y sommes allés dimanche dernier. On peut y accéder directement grâce à des autobus spécialement conçus. L’expérience est indicible. (Pour davantage de renseignements sur les visites, cliquez ici.)

On peut faire l’expérience du glacier Athabaska en prenant un autocar de Banff, de Jasper ou même de Calgary, mais à partir de Red Deer, la voie la plus courte est de s’y rendre directement, ce qui a pour avantage pour moi de revoir les superbes paysages qui longent la route 11 (David Thompson Highway) et de repasser par Saskatchewan River Crossing, dont les montagnes sont devenues pour moi un symbole de mon nouveau lieu d’enracinement. À noter pour ceux que l’aventure tenterait: les haltes routières avec services sont très rares; il est bon d’apporter de la nourriture et d’utiliser les toilettes lorsqu’on en trouve!

Lac Abraham (Photo: L.B.)

Nous avons également joui d’une vue sans pareille sur les eaux incroyablement turquoises du lac Abraham. Cette journée nous réservait un ensoleillement parfait et juste assez de petits nuages pour donner vie au ciel. Deux appareils photo s’en sont donnés à cœur-joie!

J’avais lu que la section de la route 93 sise entre Saskatchewan River Crossing et le chalet du glacier Athabaska est celle qui est le plus spectaculaire. On n’avait pas menti! Les gorges deviennent de plus en plus escarpées à mesure que l’on se dirige vers la frontière nord du parc national de Banff et, juste avant de passer dans celui de Jasper, on doit gravir une spectaculaire côte qui offre sur le panorama environnant une vue indescriptible. Le billet d’hier vous en donnait un aperçu.

Et que dire de l’expérience de la promenade sur le glacier? Après paiement de 38 dollars, on vous fait monter dans un autocar qui gravit une route de gravier taillée à même la moraine latérale du glacier. Le parcours de huit minutes est animé par le chauffeur et le nôtre avait un sens de l’humour imparable. On nous explique la géomorphologie des montagnes ainsi que la formation et le mouvement des glaciers. La vallée dans laquelle se coule le glacier Athabaska laisse voir divers monticules de moraine laissés par des glaciers précédents, à mesure du recul de la glace. Chaque année, celui-ci s’allonge durant l’hiver pour reculer l’été venu et son mouvement indique clairement le réchauffement des dernières décennies. Rendu en haut, on nous transfère dans un autobus spécial, le «snocoach», qui nous permettra de poursuivre notre route sur le glacier lui-même. Il y en avait un dans le stationnement et Bernadette n’a pu résister à la tentation de s’y comparer:

Le snocoach est un véhicule développé spécialement pour cette activité touristique et résulte d’une évolution graduelle des véhicules. Les premiers étaient simplement des autoneiges Bombardier, puis on a utilisé des autobus auxquelles on avait adapté des chenilles. Comme ces véhicules n’avaient pas de suspension et que leurs fenêtres ne pouvaient s’ouvrir, on les surnommait «shake and bake». Un véhicule a été laissé en exposition à la station de transfert en rappel de cette époque «héroïque».

J’imagine que l’excursion ne devait pas être très agréable, mais surtout, les chenilles endommageaient le fragile équilibre écologique de la surface de glace. C’est ainsi qu’ont été développés des véhicules extrêmement puissants et dotés de pneus à basse pression qui permettent de visiter le glacier sans en endommager la surface outre mesure. Les pneus sont lavés avant d’accéder à la glace en passant tout simplement dans une mare située au bas de la pente de moraine le long de laquelle on doit descendre avec le snocoach. Une pente de 18 degrés… qui a donné des frissons aux passagers lorsqu’il est devenu évident que c’était par là que nous allions accéder à la glace!

J’avoue que l’on a beau savoir que c’est sécuritaire… on se sent bien petit au moment d’amorcer la descente, laquelle est accompagnée des commentaires de notre chauffeuse… qui s’amusait à faire peur aux passagers en racontant qu’il s’agissait là de sa première descente. Elle nous fournissait également une mine de renseignements sur la dynamique des glaciers et sur l’environnement bien particulier qui l’entoure. Une fois sur le glacier, une vue majestueuse s’offrait à nous:

On pouvait voir, outre les sommets environnants et leur majesté, cet escalier de trois paliers de glace qui descend si lentement qu’on la croit immobile. La région reçoit annuellement sept mètres de neige, d’où la formation d’un glacier en haut de la côte (le champ de glace Columbia) et son lent débordement entre les sommets. La poussière grisâtre que l’on voit sur la glace n’est pas tant de la pollution que le résultat de la fonte de la neige, laissant derrière elle les impuretés nécessaires à sa formation (un flocon de glace requiert un substrat pour provoquer sa formation).

L’eau de ruissellement est d’une pureté indescriptible, mais elle est aussi F-F-F-FR-FROIDE! C’est cette eau, qui se charge de sédiments à mesure qu’elle ruisselle sous le glacier dans son parcours, qui donne sa couleur turquoise aux lacs glaciaires des Rocheuses. Elle se glisse parfois par des tunnels qu’elle creuse à l’aide de gravats et qui prennent le nom de «moulins». Ceux-ci traversent toute l’épaisseur de la couche de glace (ici environ 200 mètres) pour rejoindre le roc sous-jacent. Il importe de ne pas y tomber, sinon s’est l’hypothermie et la mort garanties.

Nous avions droit à une vingtaine de minutes sur le glacier avant de reprendre la route en chemin inverse pour revenir au chalet. On nous explique en route que l’un des sommets environnants (le Snow Dome) constitue le point de rencontre de trois bassins hydrographiques: celui de l’océan Atlantique, celui du Pacifique et enfin celui de l’Arctique. On se sent bien petit devant tant de grandeur… et de beauté!

Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés près du barrage Bighorn, qui retient les eaux du lac Abraham. Il s’y trouve un terrain de camping peu fréquenté… qui donne le goût d’y passer du temps, si ce n’était des véhicules tout-terrain qui s’y ébattent bruyamment. On peut en effet imaginer pire endroit pour camper. Non seulement la vue sur le lac et les montagnes est superbe, mais celle sur la vallée de la rivière Saskatchewan Nord n’est pas à dédaigner non plus.

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4 commentaires sur « Excursion glaciaire »

  1. Cher Doréus, juste un mot pour te dire qu’il est bien agréable de te lire raconter ce périple, notre périple en fait (j’ai osé le dire, est-ce ok?). Tu sais rendre les émotions si intenses du moment, les immortaliser quoi! C’était tellement beau!! C’est bon de revivre tout cela par tes mots et ta vision. Expérience fascinante… Encore! (Comme un bon vin et un macaroni bien chaud? On ne s’en lasse pas … 🙂 ) Cheers!

  2. Merci Lune!

    Je suis heureux que tu y ajoutes ton grain de sel… car je ne peux pas prétendre parler pour nous deux!

    Pour les non-initiés, nous avons soupé dans un resto italien à Calgary où étaient affichés des proverbes italiens. Deux nous ont frappé, dont voici la traduction:
    «L’amitié et le macaroni sont meilleurs chauds»
    «L’amitié et le vin se bonifient en vieillissant».

    Qui eût cru, à la lumière de ces proverbes, que l’amitié peut aussi s’approfondir sur un glacier?

  3. Stupéfiant… LE mot que j’avais oublié et qui décrit parfaitement ce qu’on ressent face à ces paysages et à cette expérience.

    Merci de ta visite. Ce n’est que le début du récit des explorations de la semaine dernière!

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