Le musée Royal Tyrell à Drumheller

L’an dernier, puisqu’il me fallait attendre une journée avant de rentrer à Ottawa après avoir trouvé mon logis, j’avais décidé de me rendre à Drumheller (par le chemin direct) pour visiter le musée Royal Tyrell, que l’on m’avait largement vanté. C’était la fin de semaine de la Fête du Canada… et l’endroit regorgeait d’enfants… Ma visite d’alors fut donc davantage une excursion photographique qui m’a permis d’expérimenter divers réglages de ma caméra numérique qu’une réelle aventure dans le merveilleux monde de la paléontologie. Je m’étais promis d’y retourner un mardi de novembre, alors que j’aurais l’endroit à moi tout seul, mais l’occasion ne s’est pas présentée avant ce mardi 22 juillet avec mon amie en visite. Nous avons pu découvrir que nous sommes deux passionnés… qui veulent tout voir, tout lire et tout écouter. Muni d’audioguides, nous nous sommes lancés à l’aventure.

L’endroit m’était dorénavant familier, bien que les premières salles avaient changé. Exit la passionnante exposition sur les mammouths qui occupait la première salle; elle a été remplacée par une exposition un rien ennuyeuse sur le travail des chercheurs du musée (ça fait un peu catalogue universitaire). Cependant, à l’entrée, les visiteurs sont toujours accueillis par la sympathique famille d’albertosaures traversant le lit asséché d’une rivière pour rejoindre son troupeau. Voici l’un des jeunots:

Par la suite, on peut admirer le travail de conservation qui s’effectue au musée. On constate dès lors qu’il ne s’agit pas simplement de repérer des vieux os et de les assembler comme s’il s’agissait d’un jeu de Lego ou de Tinker Toy; le travail d’identification et de préparation des os fossilisés est long, délicat et requiert de l’équipement spécialisé que l’on peut admirer dans une portion des laboratoires rendus visibles de la salle d’exposition. Une employée du musée était d’ailleurs présente au kiosque d’information et travaillait à extirper un morceau de crâne de sa gangue rocheuse tout en répondant aux questions des visiteurs.

Cette introduction au travail réalisé au musée se complète d’une salle où trône un squelette reconstitué de tyrannosaure rex au milieu de spécimens qui, tout en n’étant pas aussi spectaculaires, n’en sont pas moins importants pour l’histoire de la paléontologie au Canada. On y voit entre autres «Black Beauty», un crâne de tyrannosaure trouvé dans la vallée de la rivière du Nid-de-Corbeau et l’un des mieux conservés jamais découvert:

On y voyait aussi deux spécimens exhibant la «pose de la mort» de ces grands sauriens. La contraction des ligaments dorsaux en séchant après la mort serait la raison pour laquelle plusieurs de ces animaux, si le lieu de leur dernier repos n’était pas dérangé avant sa fossilisation, sont retrouvés dans cette position contorsionnée d’une étonnante beauté:

En poursuivant la visite, on passe par une salle consacrée aux dernières découvertes réalisées par le personnel du musée. Ici, les exhibits sont moins spectaculaires; certains requérant presque une loupe pour en admirer toute la grâce et la beauté. Il y avait entre autres un superbe spécimen de trilobite aux pointes saillantes d’une délicatesse émouvante. Dans un autre casier, une concrétion d’ammonites, ces mollusques céphalopodes dont les fossiles sont très communs dans les roches de l’ère secondaire, était tout aussi belle. (Cliquez sur les images pour agrandir)

Trilobite
Ammonites

Dans cette salle, on aurait aimé que les fossiles visés par les audioguides soient mieux indiqués. Il nous a fallu écouter les descriptions de deux spécimens pour ensuite tenter de les retrouver dans la masse des exhibits.

Nous entrons ensuite dans le paléozoïque, début de la vie sur terre… ou plutôt dans les mers, ce qui nous permet d’admirer d’étonnantes reconstructions d’animaux de petite taille et de voir leurs traces fossiles. Une vidéo examinait les dynamiques évolutives sous un regard critique, apportant des nuances à l’évolutionnisme classique basé sur la simple «survie du plus apte». Cette période de l’histoire de notre planète est la plus longue, mais elle n’est pas celle qui retient le plus longtemps l’attention des visiteurs et c’est dommage. Ce sont plutôt les grands dinosaures du mésozoïque qui attirent le plus les regards. On s’y rend après une brève mais visible exposition sur… l’origine de la richesse de l’Alberta: le pétrole.

La division du temps biologique (cliquez pour agrandir)
La division du temps biologique (cliquez pour agrandir)

En passant par le dévonien, on redescend au niveau du sol pour explorer la fin du paléozoïque et entrer dans le mésozoïque. Une serre permet même de voir ce à quoi pouvaient ressembler certaines des plantes de cette époque, dont des variétés ont survécu jusqu’à nos jours. Cette halte constitue un influx bienfaisant de vie dans une exposition résolument… morte!

La grande salle des dinosaures constitue pour la plupart des visiteurs le clou d’un passage au musée Tyrell et avec raison. On y retrouve, sur des dioramas représentant les spécimens tels qu’ils devaient paraître vivants, les grands squelettes des sauriens dans des poses réalistes.

Une section considérable est consacrée aux cératopsiens (tricératops et chasmosaures) et à leurs variétés. Au milieu de tout ce beau monde se dresse, qui d’autre? Un imposant tyrannosaure rex.

Le passage à la période cénozoïque amène le triomphe des mammifères. Le décor change résolument et l’éclairage passe à une teinte bleutée, peut-être pour marquer le refroidissement considérable des températures dans lequel ce nouvel ordre biologique s’établit. Des squelettes, on passe progressivement aux animaux naturalisés et même vivants, comme cette sympathique tortue «à carapace molle».

Une visite au musée Tyrell s’impose pour tout touriste en Alberta, mais aussi pour toute personne intéressée par l’histoire de la vie sur terre. Il y a là bien plus que des dinosaures, surtout si on s’arrête aux explications qui entourent les exhibits.

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5 commentaires sur “Le musée Royal Tyrell à Drumheller

  1. Cher Doréus, je me permets de rajouter mon grain de sel ici… Pour ma part, ce que je retiens le plus de cette visite, outre les connaissance acquises et la vue des spectaculaires fossiles, c’est l’humilité que l’Homme doit conserver devant son monde. Nous nous sentons bien intelligents et bien évolués, mais le sommes-nous tant que ça? Je me suis sentie bien minuscule devant ce petit bloc de roc de moins d’un mètre carré, sur lequel l’étudiante en sarrau blanc travaillait devant notre nez, en sachant que le fossile contenu datait, seulement, de 74 MILLIONS d’années!!! Sommes-nous en mesure de concevoir ce que cela implique? De voir plus clairement, avec une plus grande relativité, notre arrivée et notre place dans ce monde? Pour ma part, ça m’a donné à réfléchir. (P.S. : je crois que le mot « passionnés des musées » est faible, en considérant que l’on avait prévu 2h pour la visite, et que nous en avons pris 5h30! Avis aux intéressés!)

  2. Je seconde. Même pour l’historien que je suis, 74 millions d’années, c’est presque inconcevable. Visiter le Tyrell, c’est une expérience — on me pardonnera le néologisme — humblifiante. Ce n’est pas humiliant, non, car on peut prendre conscience de l’ingéniosité et du savoir qui sont nécessaires pour donner sens à ces vestiges fossilisés (et la paléontologie est une science née il y a à peine plus d’un siècle), mais ça nous rend humbles face à la véritable place de l’humain dans la grande histoire de l’Univers.

  3. Je ne m’explique pas pourquoi j’ai raté ce billet.

    J’ai eu le même problème avec les audioguides today at the British museum, les audioguides eux mêmes étaient très bien conçus, mais j’aurais aimé que les oeuvres visées par les audioguides soient mieux indiquées. Au total, j’en ai écouté qu’une dixaine, lors même qu’il y avait au moins une cinquantaine de commentaires, et le plus beau c’est que j’y suis resté tout l’après midi, de 11 du matin à 18 du soir. Superbe musée au demeurant.

  4. allo
    en faisant des recherches sur le musée tyrell je suis tombé sur ton site…
    tu es à Red Deer?
    je viens juste de déménager de la à Okotoks, au sud de Calgary
    J’aimerai en savoir plus..
    sylvain

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