Le parc de Fort Edmonton I: Le fort

Le «manoir» de Fort Edmonton (résidence du gouverneur). Bâtiment d'un luxe opulent en comparaison aux baraquements qui l'entourent.
Le «manoir» de Fort Edmonton (résidence du gouverneur). Bâtiment d'un luxe opulent comparativement aux baraquements qui l'entourent.

Le parc de Fort Edmonton est plus qu’un simple fort reconstitué, même si c’est aussi cela. C’est un espace fascinant où l’histoire de la ville, à quatre moments de son existence, revit grâce à des interprètes dynamiques qui évoluent dans un décor impressionnant. Nous avions mal «budgété» notre temps pour cette visite… qui a pris tout le temps qu’il nous restait dans l’après-midi, après avoir dîné au WEM. Je pense qu’il me faudra, dans le cadre du cours sur l’histoire de l’Ouest canadien que je vais donner au printemps prochain, que j’organise une journée au Fort; ça vaudrait vraiment la peine. De plus, l’historien qui écrit cet article prendra probablement un abonnement annuel… Je n’ai vu de cet endroit que ce qu’il fallait pour me donner la piqûre.

En arrivant sur le site, nous sommes accueillis dans une gare où nous payons un droit d’entrée dérisoire (13$ par adulte) avant de nous retrouver directement dans la boutique de souvenirs. On a cependant le choix d’entreprendre la visite du site et la manière logique de le faire est de prendre le train a vapeur qui nous conduit à l’autre extrémité spatio-temporelle, soit à la reconstitution du fort lui-même, selon son apparence de 1848. La balade en train n’est pas très longue et ça vaut la peine pour partir la visite frais et dispos, car il y a là plus que ce à quoi on pourrait s’attendre.

L.B.)
Train à vapeur du parc de Fort Edmonton près de son point d'arrivée (Photo: L.B.)

Sitôt descendus du train, il faut l’oublier. En effet, le Fort, fondé en 1795, est arrivé près d’un siècle avant le chemin de fer (en 1891). Nous y sommes conviés en 1848, durant les dernières années de gloire de la Compagnie de la Baie d’Hudson (aujourd’hui La Baie) dans le Nord-Ouest (qui s’appelle alors Terre de Rupert) et alors que le fort est pleinement développé, sous la direction de John Rowand. Celui qui nous accueillait prenait le visage d’un des «voyageurs» travaillant au fort, un de ces jeunes hommes qui trimaient dur dans ce qui était alors un coin perdu, pour le lucratif commerce des fourrures. Ce commerce avait alors largement décliné dans l’est du pays qui amorçait alors son industrialisation, mais il était encore prospère dans l’Ouest, même si ce n’était que pour quelques années encore.

L.B.)
York Boat (Photo: L.B.)

Avant d’entrer dans le fort proprement dit, notre guide nous a invités à descendre vers la rivière, où se trouve un abri sous lequel loge une Barge d’York, une des embarcations emblématiques de l’activité de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans l’Ouest. L’essentiel du commerce intracontinental de la Compagnie reposait sur ces barges, version modifiée des embarcations utilisées en Scandinavie et parfaitement adaptées à la navigation sur les rivières. Ces bateaux étaient généralement dotés d’un équipage d’une dizaine de personnes et faisaient, au printemps, la route du Fort à la Baie d’Hudson pour y apporter les peaux échangées durant l’hiver avec les trappeurs amérindiens et revenaient à l’automne chargés de biens manufacturés en Europe et d’articles de traite. Ainsi, les voyageurs passaient le plus clair de leur existence à naviguer et à portager ces lourdes embarcations et leur chargement, qui pouvait atteindre quatre tonnes.

Le comptoir de traite et notre premier guide-interprète
Le comptoir de traite et notre premier guide-interprète

En entrant dans le fort, on se dirige tout naturellement vers le comptoir de traite, dont la porte donne sur le sas d’entrée. C’est ici que les trappeurs apportaient leurs fourrures, lesquelles étaient évaluées par des employés de la Compagnie qui donnaient en retour, selon la valeur des peaux, des articles de troc. Il s’agissait d’une économie non monétaire à ce niveau (les fourrures étaient pour leur part vendues contre espèces sonnantes et trébuchantes en Europe). Le fait de se trouver dans cet endroit donne réellement vie à cette dynamique commerciale qui existait à l’époque et qui réglait les relations entre Euro-Canadiens et Premières Nations.

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Cour centrale du Fort Edmonton vue du manoir. À gauche, la cuisine et la salle à manger communautaire. Au fond, les logis des voyageurs célibataires et des familles. À droite, le poste de traite. (Photo: L.B.)

La grande cour du fort, vue du balcon du manoir, donne une idée de son étendue. Derrière le bâtiment du fond, il y a une autre cour à tout le moins aussi vaste, divisée entre, à gauche l’écurie et le pacage des chevaux et à droite les ateliers ainsi que la forge. Si le logis du gouverneur du fort ne manque pas de présence, les employés, eux, vivaient entassés dans des logis beaucoup plus modestes. On prend rapidement conscience de l’importance des classes sociales à l’époque.

L'une des salles à manger dans la maison du gouverneur. L'âtre, ici, ne sert qu'à chauffer, pas à faire la cuisine.
L'une des salles à manger dans la maison du gouverneur. L'âtre, ici, ne sert qu'à chauffer, pas à faire la cuisine.
un espace à tout faire.
L'intérieur de la chambre occupée par la famille d'un employé de la Compagnie: un espace à tout faire.
Logis des familles et des employés célibataires vus de l'extérieur. Les fenêtres sont en papier gras.
Logis des familles et des employés célibataires vus de l'extérieur. Les fenêtres sont en papier gras alors que celles du manoir sont en carreaux de verre.

Le fort pourrait n’être qu’une série de bâtiments intéressants mais sans âme. Ce n’est pas le cas. On y trouve des animateurs (pas tous de compétence égale) dont certains sont d’extraordinaires pédagogues. La photo qui suit a été croquée lors d’un grand moment d’animation, comme j’en ai rarement vus dans ma longue expérience de ces lieux (après tout, j’ai aussi été guide touristique, il y a quelques lustres):

Cela se passait dans le sous-sol de la maison du gouverneur. L’animateur (à droite), qui venait de préparer du pain qu’il offrait aux visiteurs, faisait une offre de mariage à la jeune fille dont on voit le bout de la casquette à gauche, comme si elle avait été amérindienne. Ce faisant, il arrivait à expliquer le mode de vie des femmes du fort (qui passaient une bonne partie de l’année presque seules alors que leurs maris étaient en bateau) et les avantages que sa famille pourrait tirer de la voir vivre au fort. C’était absolument brillant. J’aimerais pouvoir vivre des moments d’enseignement de cette envergure plus souvent dans ma propre pratique! Je suis certain qu’elle va se souvenir qu’elle n’avait rien à dire dans toute l’affaire… qui serait décidée par ses parents! L’animateur ne racontait plus l’histoire: il la faisait vivre. De l’histoire sociale au plus haut niveau!

Cette histoire qui vit, c’est l’esprit qui anime tout ce parc, d’ailleurs. On y cultive encore les techniques artisanales et il est même possible de prendre des cours de menuiserie ou d’artisanat. Dans un atelier du fort, une barge d’York est en construction et on y trouvait également une charrette de la rivière Rouge.

L.B.)
Charrette de la rivière Rouge, un autre moyen de transport bien typique de l'Ouest canadien. (Photo: L.B.)

L’endroit est malgré tout fort paisible et on peut y prendre l’histoire à son propre rythme. Aussi, il est difficile de retenir le doigt qui veut constamment frapper le déclencheur de l’obturateur…


Tout près du fort, on trouve un campement amérindien, où une vieille dame préparait des assemblages de billes de couleur (qu’elle vendait également!). Une autre faisait sécher des baies d’amélanchier (ici appelées saskatoon berries ou saskatoons et qui ressemblent à s’y méprendre à des bleuets) destinées à la fabrication de la bannik et à l’assaisonnement du pemmican. Elle m’a d’ailleurs gentiment expliqué le processus de fabrication et dit qu’elle en ferait sur place! On peut d’ailleurs voir le séchoir/fumoir à viande au premier plan de la photo ci-dessous. J’ai aussi pu obtenir d’elle quelques renseignements qui me s’avèreront fort utiles pour mon cours sur l’histoire des Premières Nations à l’automne.

C’est un peu étourdi que je suis ressorti du fort… avec cette drôle d’impression de m’extirper péniblement d’un rêve et de devoir m’adapter à nouveau à la vie… en 1885! Car c’est à cette époque que nous sommes transportés de l’autre côté de la rue, après avoir quitté le fort. Et ce sera l’objet du prochain article!

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9 commentaires sur « Le parc de Fort Edmonton I: Le fort »

  1. Wow, quel beau voyage à travers le temps!

    J’adore ce genre de visite où les guides réussissent à nous transmettre l’histoire comme l’a fait cet animateur et qu’ils réussissent à nous faire croire que nous sommes à une autre époque. C’est complètement magique!

    Je note cet endroit lorsque j’irai voir ma sœur à Edmonton pour la première fois ;D Mais je pense qu’elle va vouloir me faire visiter le WEM avant toute chose, hahaha! On ne se refait pas! ;D

  2. Tout le monde a droit d’avoir des intérêts variés! Mon aquarium à moi (je n’ai pas pu résister au mauvais jeu de mot, poisson rose), c’est l’histoire. D’autres préfère faire trempette dans le magasinage… comme ta sœur qui utilisait auparavant le pseudo de «shopaholic affirmée». Le tout, c’est d’être ouvert!

  3. Doréus: muchas veces sigo tus paseos tan ilustrativos y casi siempre me impresiona algo que parece lejano en países como el nuestro y casi permanente en los de habla inglesa o francesa: la perfección de los remates, el cuidado de cada detalle, la falta de desorden, suciedad, escombros. Pude comprobarlo en toda Virginia, USA, algo menos en Los Angeles, Francia y Gran Bretaña. Hasta en New York, macro ciudad, se conserva bastante bien ese espíritu de buen acabado, de primoroso orden. Parece casi una ilustración, un set de teatro o cine. Sin embargo no pude soportar las fotos de las pieles sobre el mostrador. Esas fourroures eran poco antes animales vivos, supongo que muchos de ellos de especies en peligro de extinción.
    Detesto la caza, el toreo, cualquier tipo de diversión que implique el maltrato animal. Está bien que lo muestres: existe, pero qué pena me da. Un abrazo

  4. Dante, tus observaciones sobre el orden que se ve en los lugares visitados se puede averiguar en muchas partes de Alberta… Le sugeriría que iba a Montréal si quiere ver, en Canadá, más desorden y suciedad… aunque ya está limpia esa ciudad cuando se compare a otras partes… A veces, en America del Norte, ese sentido de orden y de limpieza puede esterilizador… Sin duda, Fort Edmonton en el siglo diecinueve hubiese sido mucho más sucio, desordenado,… y vivo.

    Con respecto a los pieles animales, sí, pueden chocar nuestras sensibilidades, y por buena razón. A mí tampoco me gusta la caza (que me parece inútil en nuestra sociedad). No obstante, tenemos que recordar que la historia de Canadá no se explica sin referencia al comercio de pieles animales. Es la primera razón por la cual el país se ha extendido del Atlántico al Pacífico durante el siglo XIX y puestos lejanos como Fort Edmonton tenían un papel primordial en este desarollo… existiendo por razón del comercio de pieles para el mercado europeo. No pienso que esas pieles sean de animales en peligro de extinción… sin embargo, la caza de los siglos pasados explica que esas especies sean en este estado ahora.

    Gracias por su comentario lleno de sensibilidad. Eres siempre bienvenido.

  5. Euh? Oui, j’étais très au courant que personne n’est identique et par chance! Ce n’était pas un reproche, étant moi-même une shopaholic 😀 (on est sœurs après tout lol) Faut pas tout prendre à cœur comme ça! lol 😉

    PS. PoiSon Rose 😉 mais j’avoue qu’un poisson rose c’est adorable lol

  6. Bon shopping, les filles! Je suis sûr que vous allez apprécier le WEM beaucoup plus que moi, et c’est tant mieux ainsi!

  7. Doréus, bravo et merci d’avoir fait ressortir cette magie qui nous a happés instantanément dans ce fort… D,avoir su rendre hommage à la qualité d’interprétation de certains « acteurs » du fort… J’ai déjà hâte d’y retourner!

  8. Historique!!! Quel merveille Canadienne! J’espere bien y aller d’ici quelques années! Il faut dire que c’est plutot loin d’ou je vis; Montreal!
    Pour ceux qui y sont deja été, y a t’il des hotels a proxomiteé ou il faut ce rendre en ville et faire le chemin en Taxi ou autobus et quels sont les horaire d’ouverture( saison estivale??)?
    Il est aussi agreable de revoir en photo ce site de tournage de certain film Canadiens!!!

  9. L’endroit se situe en ville, donc il n’est pas difficile de se loger à relative proximité. Il y a même un service de navette pour ce parc et le zoo à partir d’une des lignes de LRT (le métro local). Pour les horaires, consulte le lien dans l’article. Au plaisir!

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