Le parc de Fort Edmonton II: Edmonton à travers les âges

L.B.)
Une des calèches qui offrent aux visiteurs un panorama complet sur le site du parc. (Photo: L.B.)

La visite du fort n’est que la première partie de l’expérience qu’offre le parc de Fort Edmonton. En fait, c’est probablement la plus petite partie… et nous n’avions plus beaucoup de temps ni d’énergie pour le reste en sortant du fort (du moins, c’était mon cas). Il faudra donc y retourner… plusieurs fois, pour goûter le tout. Le fort nous fait arriver sur le site d’Edmonton en 1848. De là, on emprunte une rue qui serpente sur le site pour nous ramener vers la gare du départ. Mais il ne s’agit pas là que d’un simple trajet… oh que non! Tout au long de cette route, qui prend d’abord les couleurs de 1885, puis de 1905 et enfin de 1920, on trouve de nombreux bâtiments et chacun est à visiter et plusieurs sont animés!

La rue de 1885, avec ses trottoirs de bois, sa surface de terre battue avec des fossés et son architecture typiquement <i>boomtown</i>.
La rue de 1885, avec ses trottoirs de bois, sa surface de terre battue avec des fossés et son architecture typiquement boomtown.

La première section du parc nous fait revivre Edmonton aux alentours de 1885. Pourquoi cette date? Eh bien, le peuplement de l’Ouest canadien a pris longtemps à se réaliser. Avant 1869, le territoire appartenait depuis sa concession 1670 par la Couronne britannique à la Compagnie de la Baie d’Hudson et à ce titre n’était pas ouvert au peuplement; il constituait une réserve de fourrures. L’achat de la Terre de Rupert par le gouvernement canadien en 1869 dans le but de le développer pour le peuplement allait amener le passage d’une loi en 1872 qui vise à organiser le territoire selon le modèle cantonal utilisé aux États-Unis, avec une différence fondamentale: le peuplement sera organisé et règlementé par le gouvernement fédéral afin d’éviter la spéculation. Les terres de 160 acres (¼ de section d’un mille carré) seront offertes gratuitement à tout colon potentiel, pourvu qu’il ait 21 ans accomplis, qu’il paie un droit d’enregistrement de 10$ et qu’il construise une maison permanente dans un délai de trois ans. Cependant, les immigrants prennent du temps à venir jusqu’à 1885, alors qu’est complété le chemin de fer transcontinental, qui permet de se rendre plus facilement au cœur des prairies. Le grand boum migratoire ne s’est cependant pas produit avant la période 1896-1914, alors que la situation économique se dégrade en Europe de l’Est et que des masses d’immigrants, soumis à une propagande fort bien orchestrée, choisissent de s’établir dans l’Ouest canadien.

Les immigrants arrivaient généralement dans des campements semblables, établis près des points d’arrêt du chemin de fer, le temps de se procurer le nécessaire et de se diriger vers ce qui allait être leur terre en propre. En soit, la propriété terrienne constituait la réalisation d’un rêve pour plusieurs familles de paysans immigrants, qui n’avaient connu que l’exploitation de l’affermage. Il leur fallait partir de ces campements et trouver, dans l’immensité des prairies, l’indicateur qui portait le numéro de leur propriété:

Là, au beau milieu de la prairie, il leur fallait établir une «résidence permanente», qui commençait souvent par ce qu’on appelle ici une maison sodbuster, en terre battue, car le bois se faisait souvent rare. On peut imaginer que la vie de ces colons ne fut pas toujours rose et qu’ils ont dû combattre le découragement, l’isolement et les difficultés agricoles et climatiques de toutes sortes (on leur avait vanté la richesse du sol et la chaleur des étés, mais peu d’agents recruteurs osaient parler de l’hiver; la publicité était plutôt silencieuse à ce sujet également!)

La plupart des premiers pionniers qui sont arrivés autour de 1885 ne venaient pas d’Europe, mais d’autres régions du Canada ou des États-Unis. C’était le cas de cette gentille dame, arrivée avec son chariot de Winnipeg avec son mari et venu chercher à Edmonton ce qu’ils n’avaient pas là-bas: la possibilité d’une vie meilleure. Si ma mémoire est bonne, la traversée des prairies leur avait pris un bon quatre mois et cette charrette constituait leur résidence temporaire, le temps de s’établir sur leur terre. La guide était vraiment très sympathique et possédait très bien son personnage, répondant adroitement aux questions de l’historien qui ne se fait tout de même pas un plaisir de prendre les guides au piège!

À côté de son chariot, on pouvait trouver cette ferme un peu mieux établie et ses deux porcs. Oui, il s’agit bien de porcs vivants, car le site du parc est vraiment très habité, et pas seulement par des employés qui font du «9 à 5». Il y a des écuries et d’autres bâtiments de ferme qui fonctionnent!

La rue de 1885 est la seule que nous avons pu explorer un peu en détail, puisque l’heure de la fermeture des bâtiments approchait et notre niveau d’énergie commençait à diminuer.  On y trouve un peu de tout ce qui faisait vivre Edmonton en 1885: une boulangerie, un bureau de médecin, un poste de police, un maréchal-ferrant, une pension pour chevaux… et chacun de ces bâtiments a sa vie propre. Ma compagne de voyage a poussé un cri de surprise en entrant dans le saloon:

Oui, c’est «comme au Far-West»… c’est que nous y sommes, en fait! La seule différence: comme il fait froid à Edmonton en hiver, on ne trouve pas la porte à deux battants qu’on voit si souvent dans les films. Ça fait un peu drôle, car c’est une réalité face à laquelle les Canadiens se dissocient généralement, l’associant surtout aux États-Unis. Quelques centaines de milliers d’immigrants qui ont formé la population de l’Ouest canadien à ses débuts venait des terres des États-Unis, qui se remplissaient; ils importaient avec eux certains traits culturels.

Chez le sellier, on pouvait trouver tout un assortiment de harnais et selles, dont cette superbe selle pour dames, permettant de monter les chevaux en amazone. Comme quoi l’Ouest n’était pas seulement une histoire d’hommes. Ma compagne, qui se passionne pour l’équitation qu’elle a commencé à pratiquer récemment, était aux anges. Il ne manquait plus qu’un peu d’animation dans ce coin, mais nous étions peut-être un peu tard dans la journée.

Toujours sur la rue de 1885, on trouvait, parmi les reconstructions modernes, cette authentique cabane de billots construite aux environs de 1879 par le métis Peter Erasmus. L’intérieur donne une idée de la vie rude des colons, encore que celui-ci avait la chance d’avoir une maison de bois:

Enfin, dernier détail de 1885, on remarque l’importance accordée au poste de la Police à cheval du Nord-Ouest dans cette reconstitution. Le développement de l’ouest des États-Unis ayant donné lieu à une certaine violence, le gouvernement canadien cherchait à développer ses propres territoires dans l’ordre et le calme, d’où le déploiement des forces de l’ordre en même temps que s’étendait le peuplement. La prison avait toutefois l’air presque bucolique comparativement à celle d’Ottawa à la même époque, que j’ai visitée l’an dernier lors de l’événement portes-ouvertes.

Reconstitution de la prison de 1885. Ce n'était pas exactement un pénitentier à sécurité maximale.

Près de la prison, nous avons rencontré des habitants de la rue 1885 tout en fourrure et en «cutitude». Ils étaient plutôt sauvages, mais ils se laissaient tout de même approcher. Le personnel encourage leur reproduction pour contrôler celle des souris… Ce fut d’ailleurs tout un spectacle de les voir manger lorsqu’une employée est venue les nourrir et nous parler en même temps de la confection des costumes, puisqu’elle était leur dessinatrice!

De 1885, on saute ensuite vingt ans pour arriver à l’année de fondation de la province: 1905. Le paysage change radicalement: on ne se trouve plus dans une ville de pionniers (bien que c’était encore largement le cas) mais dans un petit centre urbain avec des réverbères et un tramway. La rue n’est toutefois toujours pas pavée.

Déjà, la ville s’est dotée de services, mais c’est au coin de cette rue et de celle de 1885 que l’on trouve le campement de tentes montré plus haut, ce qui indique que le processus migratoire se poursuit au début du siècle dernier, alors que la ville devient la capitale d’une nouvelle province détachée en même temps que la Saskatchewan des Territoires du Nord-Ouest. La création de ces deux nouvelles juridictions résultait d’une demande de la population rapidement croissante et de son désir d’obtenir un gouvernement autonome et responsable.

L’hôtel Selkirk, qui allait ce soir-là être le site de l’une des fêtes données sur le site (des groupes peuvent y réserver des salles à tout moment de l’année) marque le passage de l’année 1905 à 1920. Pourquoi 1920? Je ne suis pas certain… et notre passage sur ce tronçon de la rue fut trop bref pour que je puisse vraiment m’en rendre compte. Ce sera pour la prochaine visite. Cependant, on y voit déjà plusieurs transformations: un mini-golf (oui, oui!) et un fleuriste font leur apparition, ainsi qu’une station-service et un hangar pour avions. Au bout de cette rue, on trouve un parc d’attractions typique de l’époque et fonctionnel! Nous ne l’avons pas essayé… et comme il se trouve devant la gare, nous avons bouclé la boucle et cela complète notre périple d’aujourd’hui.

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4 commentaires sur « Le parc de Fort Edmonton II: Edmonton à travers les âges »

  1. No sé ahora, pero hace unos años, los pájaros de Hyde Park y las ardillas del Kew Garden se acercaban a tí sin temor: nadie los había atacado nunca.
    Supongo que estos preciosos gatos, sin dueño preciso, pero no salvajes, están acostumbrados al buen trato. Un auténtico lujo.
    Puedes escribirme en francés. Lo entiendo muy bien, aunque no lo escriba por odio a las faltas ortográficas.

  2. J’ai visité le fort Edmonton, il y a plus de vingt ans et je dois avouer que je suis agréablement surprise de l’ampleur que cà a pris. Si je me rappelle bien, la visite fut très agréable et éducative…enfin beaucoup plus que le West Edmonton Mall.

  3. Doréus, je rends hommage à la mémoire phénoménale que tu as… Il est que le docteur en histoire que tu es possède d’innombrables connaissances en ce domaine que je n’ai pas… mais tout de même! Je m’incline, cher Monsieur! Et qu’il est agréable de revivre par tes mots notre belle journée là-bas! Je suis très contente que tu n’aies pas oublié les habitants permanents à fourrure qui résident sur le site, je m’apprêtais à te le rappeler lorsque j’ai vu la photo! 🙂

    Pour ceux que ça intéresserait de réserver une salle là-bas pour souligner un événement spécial (Noël ou autre), il est agréable de savoir que le transport entre la gare et la salle réservée se fait en calèche durant l’hiver, les chevaux ornés de clochettes retentissantes, comme dans « l’ancien temps ». Ce doit être une expérience féérique des plus magiques… (eh oui, mon amour des chevaux qui ne se dément pas!)

  4. @Dante: Me agradece escribirte en castellano… aunque probablemente lo hago con errores… Necesito la práctica… Sí que estaban preciosos estos gatitos; mi amiga hubiera tomado uno a casa si estuviera possible…

    @Ginette: Il semblerait que l’endroit développe chaque année davantage ses programmes éducatifs. J’aiiiiime! Peut-être qu’une implication future de ma part se matérialisera un jour…

    @Lune: Est-ce que ça veut dire que je t’attends pour les Fêtes? Merci des compliments!

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