Suite au jugement Caron

Société Radio-Canada)
Gilles Caron (Image: Société Radio-Canada)

En juin dernier, le juge L.J. Wenden de la Cour provinciale de l’Alberta statuait en faveur de Gilles Caron dans l’affaire qui l’opposait au gouvernement provincial, suite au refus de celui-ci de payer une contravention de stationnement pour virage interdit parce que celle-ci, ainsi que les lois qui la supportent, ne sont rédigées qu’en anglais, brimant son droit à des services dans sa langue. J’ai à cette occasion écrit un petit article.

Voilà que la semaine dernière, le journal Le Franco rapportait une nouvelle qui n’a surpris personne: le gouvernement provincial ira en appel. En fait, tout le monde impliqué dans cette histoire s’attend à ce que cette cause fasse son petit bonhomme de chemin jusqu’à la Cour Suprême. Ce n’est évidemment pas à cause d’une contravention de 53$… mais pour le principe. Et ce principe, c’est celui du droit aux francophones de l’Alberta et de la Saskatchewan à obtenir des services gouvernementaux provinciaux en français, droit qui leur avait été garanti lors de l’annexion des Territoires du Nord-Ouest (dont ces provinces sont une subdivision créée en 1905) par le Canada en 1870 mais qu’ils ont perdu avec le temps, à mesure que les gouvernements de ces provinces ont voté des lois faisant de l’anglais la seule langue d’usage. Que va-t-il advenir de tout ça? C’est à suivre, car la cause ne sera vraisemblablement entendue qu’en novembre à la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta. Selon la décision de celle-ci, elle pourrait ensuite être portée à la Cour d’Appel de l’Alberta avant d’aboutir à la Cour Suprême du Canada… Cela risque de polariser les opinions à chaque étape du processus.

8 commentaires sur “Suite au jugement Caron

  1. Crois-tu qu’il ait des chances de gagner?

    Mais peu importe la décision, il semble que cette histoire fera couler beaucoup d’encre et animer bien des passions… C’est à suivre.

  2. En fait, je l’ignore. Et même s’il gagnait, j’ai l’impression que ça ne changerait pas grand-chose en pratique. Je vois mal les gouvernements albertains et saskatchewanais traduisant toute leur législation depuis 1905. Cependant, je suis tout-à-fait d’accord avec le principe d’augmenter les services aux francophones.

    Au mois d’avril, j’ai vu un documentaire concernant l’histoire de l’éducation en français dans la province. Une longue, très longue bataille… car l’enseignement dans cette langue était officiellement interdit jusque dans les années 1960. Il y en aurait long à conter…

  3. Lors de mes quatre années en Alberta, j’ai été apostrophé à quelques reprises pour le fait français. Je me rappelle un incident à Edmonton où un anglophone a traversé la rue pour nous dire de nous taire, on devait parler l’anglais en Alberta. L’ancien premier ministre de l’Alberta traitait les québécois de déchets de la société et souhaitait qu’on retourne au Québec car on créait des remous ou on incitait au désordre public. Certains franco-albertains demandaient des services en français. Certains autres franco-albertains m’ont même dit que je ne devrais pas parler français en public car cà amenait le trouble. Pourtant d’autres anglophones m’encourageaient à m’exprimer en public.

    Lorsque j’étais là-bas, les francos pouvaient avoir un interprète accompagnateur lors d’examens pour les permis de conduire. Je ne sais pas si c’est encore le cas.

    J’espérais que la situation change en Alberta mais il semble que cà accroche encore.

  4. La situation ne semble pas avoir tellement changé. L’Alberta, à cause de sa prospérité économique, attire beaucoup de monde d’un peu partout, ce qui force une diversification de la population et l’offre de services doit s’y adapter jusqu’à un certain point. Cependant, cette même immigration forte amène des résurgence d’un nativisme ignorant parmi les personnes qui voient cet influx de population «étrangère» comme une source de dangers.

    Il faut dire que certaines prises de position politiques du Québec n’aident en rien au dialogue.

    Dans mon travail, j’ai eu quelques remarques de la part d’étudiant(e)s qui étaient troublés par le fait qu’un francophone leur enseigne… ce que j’ai mentionné dans mon évaluation de fin d’année. On verra mardi (lors de la revue de mon évaluation) ce qu’en pense mon doyen!

  5. Auraient-t-ils (les mioches à qui tu enseignes) osé se plaindre de ton anglais, qui a fort peu de choses près est le « Queen’s English »!

  6. Ce n’est pas contre mon anglais qu’ils en ont… c’est contre le fait que je sois francophone. Allez comprendre!

  7. Dit donc, ça bouillonne sec par là bas !!!

    Je ne pensais pas que la situation était si tendue concernant la question des minorités linguistiques.

    Ici en Europe, c’est en Belgique que ça brasse sec, entre flamands et Wallons, sinon l’exemple à suivre ça reste la Suisse : quatre langues nationales très différentes sans tensions apparentes (bon faut pas s’en cacher, des tensions, il y en a, mais le plus souvent résolues de manière consensuelles).

    Moi je parle, outre le castillan, deux langues nationales : l’italien et le français, deux langues durement acquises, ce sera l’objet de mon prochain post.

  8. Oui, Momo, il y a beaucoup de tensions mal résolues entre les groupes linguistiques au Canada. Dans la vie courante, ces tensions sont assez généralement réglées, mais au niveau politique, c’est autre chose. Il y a surtout beaucoup d’ignorance mutuelle qu’une longue histoire encourage. Mais c’est à suivre!

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