Quand l’insignifiance crasse menace la santé…

Les campagnes de vaccination font rarement l’unanimité. Déjà, au dix-neuvième siècle, alors que l’humanité disposait de bien peu de vaccins efficaces (celui contre la variole, tiré des sécrétions de la vache, donc appelé «vaccine» fut le premier, découvert par Edward Jenner au dix-huitième siècle), les quelques campagnes d’éradication de maladies contagieuses soulevaient des tollés. À Montréal, en 1885, une épidémie de variole a décimé la population… principalement dans les franges pauvres (et francophones) de l’est de la ville. Le vaccin, qui n’était pas toujours pur ni administré à l’aide de lancettes (petit couteau de poche que transportaient les médecins) stériles, était vu par bien des francophones comme une campagne d’éradication ethnique de la part des médecins anglophones qui en faisaient la promotion. Dans le climat politique surchauffé qui entourait le procès et l’exécution de Louis Riel, la ville a connu quelques émeutes liées à la vaccination.

Ce détour m’amène à aborder un problème bien contemporain. Le gouvernement albertain a récemment décidé de lancer une campagne de vaccination auprès des jeunes filles de 5e année du primaire afin de les protéger contre le virus du papillome humain, principal responsable du cancer du col de l’utérus chez les femmes. Le vaccin est controversé, puisque efficace à seulement 70% et certaines mesures de dépistage peuvent effectivement aider dans le cadre d’un programme d’hygiène publique bien mené. Néanmoins, voilà une occasion de prévenir même l’apparition de certains des symptômes. Il semblerait de plus que l’âge auquel les jeunes filles sont susceptibles de développer la meilleure résistance au virus est avant leurs premières relations sexuelles.

Dans cette province à la morale sexuelle souvent (hypocritement comme partout) conservatrice, deux conseils scolaires catholiques ont décidé de marquer leur dissidence et de ne pas procéder à la vaccination des jeunes élèves, alléguant là-dessus la morale sexuelle catholique. Comme d’habitude, ils répètent le refrain usé de l’abstinence comme meilleure protection. Je tombe de ma chaise. Ces responsables de l’éducation des jeunes enfants (et c’est ici que j’ai peur!), associent automatiquement le vaccin à une activité sexuelle précoce et veulent priver ces jeunes filles d’une protection qu’elles pourraient obtenir facilement à l’école… Par le fait même, ils forcent les parents qui désirent protéger leur enfant à se rendre à une clinique (car le gouvernement provincial a décidé d’assurer la gratuité du vaccin aux enfants privés de la possibilité de le faire à l’école).

Rien, dans l’enseignement moral catholique, n’interdit la vaccination. Et ce n’est pas parce qu’on vaccine une enfant contre une infection sexuellement transmissible avant l’âge des relations sexuelles qu’elle va soudainement se lancer à corps perdu dans une sexualité débridée parce qu’elle se croira protégée! Sur quelle planète vivent ces idiots? Et des parents leur confient leurs enfants… Je suis profondément inquiet. Et choqué. Pour fins d’information, le conseil scolaire catholique de Calgary, la plus importante commission scolaire catholique de la province, dessert près de 44 000 élèves dans 102 écoles. Celui de Saint-Thomas-d’Aquin, dont le territoire s’étend du sud d’Edmonton à Ponoka, est beaucoup plus petit. Le site du premier ne mentionne même pas la décision quant à la vaccination; le communiqué du second, fort laconique, s’appuie sur l’opinion des évêques albertains…

En 1967, Pierre-Elliott Trudeau, qui était alors ministre de la Justice (et qui allait peu après devenir premier ministre du Canada), avait déclaré que l’État n’avait pas sa place dans les chambres à coucher de la nation.» Cette déclaration avait eu lieu dans le cadre d’une profonde refonte du système juridique canadien qui avait amené, entre autres, la légalisation de l’avortement (sous certaines conditions) et de l’homosexualité. Il me semble qu’il serait temps que les conseils scolaires en fassent autant. Et surtout qu’ils cessent de culpabiliser, au nom d’une morale stérile, des parents soucieux de la santé de leurs enfants.

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7 commentaires sur « Quand l’insignifiance crasse menace la santé… »

  1. Je pense qu’il serait temps que l’on sorte les Églises des écoles une bonne fois pour toute. Si une seule des jeunes filles à qui on a refusé cette protection venait à mourir des suite d’un cancer du col de l’utérus prévenable, que les responsables de cette déplorable décision soient poursuivis pour négligence criminelle!

  2. Malheureusement, dans ce cas, la responsabilité de la négligence retomberait sur le dos des parents… qui avaient l’option de faire vacciner leur fille hors de l’école. Mais c’est dans des circonstances comme celles-là qu’on veut absolument sortir les églises des écoles, effectivement.

  3. À propos des parents, tu as aussi raison là dessus. Comme je le dis souvent, les bien-pensants de ce monde mettent parfois le péché là où il n’est pas, et refuse de le voir là où il est…

  4. Le pouvoir du péché (ce qui nous éloigne de Dieu, selon la définition du théologien Paul Tillich) est justement là… celui de s’insinuer là où on ne l’attend pas (et surtout pas là où les moralistes de ce monde pensent qu’il se trouve en général). Et comme le disait un de mes collègues, le gouvernement albertain paraît remarquablement progressiste dans ce débat!

  5. La santé devrait avoir préséance, sur tout..même la religion..Cela me fait penser aux téoins de Jéhova et leur interdiction de donner ou de recevoir du sang…

  6. J’y avais pensé aussi. J’avoue ne pas comprendre. Et pourtant, le corps est considéré dans la théologie catholique comme le temple de l’Esprit Saint…

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