Théâtre francophone en Alberta

Grâce aux efforts d’Inouk Touzin, «passeur théâtral» du RaFa, il y a une certaine renaissance du théâtre francophone à Calgary. Cette année, trois pièces sont au programme. J’ai loupé la première, «Les contes qui déménagent» par ignorance. Cependant, vendredi soir, j’étais à Calgary pour la représentation de «Bashir Lazhar», une délicieuse pièce à un personnage écrite par Evelyne de la Chenelière. L’histoire est à la fois simple et complexe: un «réfugié politique» algérien autoproclamé, fraîchement débarqué à Montréal, décroche un poste de remplaçant en enseignement en sixième année. Un peu ingénu, il utilise des méthodes bien traditionnelles à l’heure des «projets d’équipes» et des «compétences transversales». On le voit lutter à la fois pour trouver sa place dans l’école et pour arriver à se faire reconnaître le statut de réfugié, tout en vivant avec le deuil de sa femme adorée et de ses enfants, décédés en Algérie en tentant de venir le rejoindre au Canada. Il finit par se mettre la directrice de l’école à dos et à se trouver confronter à ses propres mensonges et insécurités.

À travers ce personnage, ce sont des questions sociales puissantes qui sont évoquées: l’intégration des immigrants, bien sûr, mais aussi le rapport aux femmes, la transmission intergénérationnelle des valeurs, le rôle de l’enseignement et la place des enfants en société (Bashir dira à une enfant que son rôle dans la vie est d’animer la cour d’école de ses rires)… La trame que tisse l’auteure est riche et l’interprète, Denis Gravereaux, est brillant. La mise en scène joue habilement sur le traditionalisme de Bashir en utilisant, en contre-point, des techniques telles que la projection. De plus, à l’heure où il semble trop souvent qu’il faille malmener la langue pour passer un message, cette pièce est plutôt un poème d’une richesse de langage qui en rend l’écoute succulente. Je veux me procurer le texte!

Nous n’étions qu’une vingtaine. Mais le nombre n’est pas aussi important que la qualité du théâtre produit dans une ville où la vie culturelle (tant en anglais qu’en français) est apparemment plus difficile à soutenir qu’à Edmonton. Grâce à ce contexte intimiste, tous les gens de du petit auditoire se sont trouvés pendant quelques minutes dans une situation profondément brechtienne… se demandant s’il fallait jouer le rôle des petits élèves! Brillant! Puis nous avons eu droit à un modeste vin et fromage en compagnie du comédien et des quelques bénévoles, ce qui m’a enfin permis de rencontrer d’autres jeunes francophones (et aussi de faire la conversation à l’interprète).

Soyez sûrs que, à moins d’empêchements majeurs, je serai à la prochaine représentation, la pièce «L’invisible», de Marie Brassard, le 19 février prochain!

Source de la photographie: Centre National des Arts (Ottawa)

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3 commentaires sur « Théâtre francophone en Alberta »

  1. Fort belle sortie! Et est-ce que l’interprète est un « local » ou bien un importé de l’est du beau grand Kanada?

  2. Je sens que cette pièce va manquer à ma culture.

    De même, j’avais lu, il y a déjà un moment deux romans écrits par Arlette Cousture, décrivant la vie de sa famille au Québec
    Emilie, prénom de la mère, et Blanche, prénom de l’une des filles devenue infirmière. Je sais qu’il y en a eu un troisième que je n’ai pas lu faute de l’avoir trouvé.

    En cherchant ce livre sur internet, j’ai eu la surprise de voir qu’il y avait eu un feuilleton qui avait eu un grand succès au Canada et je me demande bien pourquoi on n’en a pas parlé en France vu le battage qu’on fait pour certains films qui sont vraiment quelconques.

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