Que tournent les grandes pages du livre de la Vie

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Lundi dernier, après avoir partagé un sympathique souper le dimanche avec des amis rentrés l’an dernier d’un séjour de trois ans en Tunisie, j’ai pris la route vers Montréal. C’est un chemin que je connais par cœur pour l’avoir parcouru un nombre incalculable de fois, surtout au cours des deux années où je travaillais à Ottawa tout en demeurant à Longueuil. Cependant, j’avais l’intention de faire un détour inhabituel: on m’avait confié la mission de rapporter certaines denrées en Alberta, dont du fromage d’Oka. J’ai donc fait un détour en passant par Hawkesbury. De toutes façons, il me fallait arrêter chez Herb’s, un classique de la route Ottawa-Montréal (et normalement le dernier endroit où faire le plein à prix ontarien, soit environ 10 cents moins cher par litre qu’au Québec.).

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Ça donnait donc le trajet suivant: autoroute 417 jusque chez Herb’s, puis bifurcation par la route 34 jusqu’à Hawkesbury avant de prendre le chemin d’Oka de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

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Pour voir le tracé de manière plus détaillée chez Google Maps, cliquer ici. C’est à Hawkesbury, en passant sur le pont interprovincial, qu’on voit apparaître l’indication fort discrète que l’on voit sur la photo qui ouvre cet article (suivie d’un voyant panneau d’accueil à l’extrémité du pont). Nous voici donc au Québec. Je m’en allais allègrement vers Lachute lorsque j’ai aperçu une indication tout aussi discrète en bordure de la route 148 qui m’indiquait le chemin de Carillon. La route pour s’y rendre, une montée peu entretenue, étroite et cahoteuse, indiquait une limite de vitesse de 80 km/h… je me demandais bien pourquoi, car c’était presque un défi de rester sur la route à cette vitesse.

Je vous le disais hier, mon premier voyage vers Ottawa s’est effectué par chemin d’eau. De 1980 à 1985, mon père possédait une embarcation de plaisance (pour ceux que ça intéresse, elle ressemblait à ceci* en meilleur état). À l’été 1981, nous avions parcouru le lac Champlain avec de ses collègues de travail pareillement dotés de bateaux. Notre «groupe» avait repris une autre expédition à l’été 1982, cette fois en direction d’Ottawa. En route vers Ottawa (à partir de Berthierville), nous devions traverser quelques écluses, dont celle, spectaculaire, de Carillon. Il faut savoir que l’éclusage d’embarcations de plaisance sous le dardant soleil de juillet n’est pas exactement une partie de plaisir en général. L’écluse de Carillon nous offrait un répit apprécié: un seul bassin, dans lequel se trouvait un quai auquel il suffisait de s’amarrer pendant que l’eau montait. Une merveille. D’un coup, on monte d’une soixantaine de pieds (une vingtaine de mètres) sans effort, sans avoir à constamment tenir un cable en appuyant du pied sur une paroi de pierre ou de béton moite pour éviter qu’éclatent les défenses de caoutchouc qui protègent le côté de la coque pendant la montée. Du haut de mes dix ans, c’était toute une responsabilité. Évidemment, au mois de février, si le barrage produisait son électricité, l’écluse avec son immense porte guillotine était plutôt tranquille.

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Ce périple vers Oka allait donc être marqué au coin de la nostalgie. J’allais chercher bien plus que des denrées alimentaires à rapporter en Alberta. Je savais entre autres que le transfert de l’Abbaye était imminent… mais j’avais oublié à quel point c’était le cas. Cependant, mon premier objectif était de me procurer ceci:

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À noter: la lame de mon couteau mesure 10 pouces (25 cm). Par un calcul rapide, j'en ai déduit que la meule, de 2,5 kg, avait un diamètre de 9 pouces (22,5 cm). Bien sûr, j'aurais bien pu la mesurer... mais à quoi bon?

Pour les Européens, le fromage d’Oka n’a probablement pas une résonnance très forte. Au Québec, par contre, il constitue un des grands classiques de la production fromagère. Il s’agit d’un fromage à pâte semi-ferme de type port salut produit depuis le dix-neuvième siècle par les moines trappistes de l’Abbaye Notre-Dame-du-Lac d’Oka. La production de ce fromage a été transférée à la coopérative Agropur dans les années 1970; l’usine de fromage a été construite juste à côté de l’Abbaye et s’y trouve d’ailleurs toujours.

Pourquoi les Trappistes s’étaient-ils établis à Oka? En fait, les terres qu’occupe aujourd’hui l’Abbaye ont déjà fait partie d’une vaste propriété des prêtres sulpiciens qui, du temps de la Nouvelle-France, avaient établi là une mission auprès des Amérindiens. C’est pour cette raison qu’existe toujours à proximité la tristement célèbre réserve mokawk de Kanesatake, que j’ai d’ailleurs traversée en me rendant à l’abbaye. C’est sur une portion de cette ancienne seigneurie des sulpiciens que des moines arrivés de l’Abbaye de Bellefontaine s’installent en 1881. Dès 1893, ils essaiment à Mistassini, dans la région du Lac Saint-Jean. Ces moines du fond des bois se sont spécialisés dans la chocolaterie… ils produisent notamment en saison des bleuets trempés dans le chocolat qui sont à se rouler par terre.

Sitôt installés, les moines d’Oka commencent à développer les terres entourant l’Abbaye et entreprennent de fonder un institut agricole qui allait prendre une renommée considérable dans la province. Aujourd’hui, l’édifice de l’institut se dresse toujours sur le versant ouest d’un buton dont l’Abbaye elle-même occupe le côté est, mais il héberge dorénavant l’école secondaire d’Oka.

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Je suis trop jeune pour avoir connu l’institut agricole en opération, mais cette transformation annonçait quelque part le déclin éventuel de l’Abbaye elle-même. Elle avait déjà hébergé jusqu’à 300 moines. Ils ne sont plus qu’une trentaine… et Rome vient même de les décapiter en nommant leur abbé évêque de La Pocatière. Ça arrive malheureusement trop souvent en Église, bien que dans ce cas, c’est en fait un retour à ses racines qu’effectue Yvon Moreau, qui était natif de cette région du Bas-du-Fleuve.

Il y a quelques années, la communauté des moines a décidé de quitter ses locaux devenus trop vastes pour leurs besoins (et trop coûteux à entretenir). De plus, avec le temps, le chemin d’Oka, qui passe à un jet de pierre de l’Abbaye, est devenu une véritable route d’importance à tout le moins régionale et la circulation rend l’endroit beaucoup moins paisible pour des moines consacrés à une vie de silence. En 2004, après plusieurs consultations, un site approprié a été identifié et acheté à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière. La construction des bâtiments achève. Ils ont été érigés selon les plans de l’architecte Pierre Thibault, qui a choisi une facture résolument moderne et à mon humble avis respectueuse de la spiritualité cistercienne dans la recherche de matériaux authentiques et d’un ancrage dans la nature environnante. L’hôtellerie, qui avait l’air de ceci:

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Aura désormais cette apparence:

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Photo tirée du site de la nouvelle Abbaye de Val Notre-Dame.

Ce n’est pas que l’architecture qui change. Les retraitants auront désormais droit à un véritable lieu de solitude, plutôt que de ne pas avoir le choix de marcher le long d’une route achalandée pour ensuite se promener dans des quartiers résidentiels. Comme je le disais plus haut, je savais que le déménagement allait venir bientôt, mais je n’étais pas conscient que ce passage presque fortuit par Oka allait être ma dernière occasion de parcourir ces lieux destinés à devenir un centre agrotouristique. Mise à jour: Pour voir des photos de la nouvelle abbaye et du départ des moines d’Oka, voir ici. Re-mise à jour: l’édifice héberge maintenant le Collège Harrington, une école secondaire privée spécialisée dans la formation de joueurs de hockey d’élite. Je suis plutôt curieux de savoir ce qui est advenu de la chapelle dans ce contexte…

Mon premier objectif était cependant un petit édifice qui se trouve juste entre l’abbaye et la fromagerie:

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J’ai cependant remarqué tout de suite en entrant qu’il y avait eu du changement. La section consacré aux objets religieux était réduite à sa plus simple expression et l’employé ne portait pas la tunique habituelle des moines. Il s’agissait en fait d’un employé de la nouvelle Corporation de l’Abbaye d’Oka, qui a acheté le monastère et qui administre désormais le magasin. Il m’a cependant servi avec affabilité et m’a emballé ma meule de fromage sous vide. J’ai aussi fait provision de chocolats de Mistassini, de gâteau aux fruits (j’en suis fort friand, peu importe la saison) et d’autres fromages régionaux du Québec. Je suis sorti de là quelque peu appauvri… mais bon.

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Une fois mes achats déposés dans le coffre de la voiture, j’ai parcouru les 500 mètres environ qui séparent le magasin de l’abbaye. Je savais que l’hôtellerie était désormais fermée; cependant, ce modeste message collé à la porte de l’église abbatiale m’a fait un choc. Je voyais donc la majestueuse abbatiale où j’ai vécu plusieurs célébrations riches de sens pour la dernière fois. Qu’elle soit destinée à devenir une salle de concerts amènera, on l’espère, sa sauvegarde en tant que monument historique, mais l’église allait néanmoins bientôt perdre sa raison d’être. J’ai donc pris quelques minutes pour me recueillir dans l’immense silence de cette nef, sachant qu’on allait bientôt (et c’est désormais chose faite) y célébrer pour la dernière fois les Offices divins.

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C’est le cœur troublé que je me suis ensuite mis en route vers Montréal. Mon trouble ne s’est vraiment dissipé que lorsque j’ai retrouvé avec grand plaisir l’ami Boris. Je sais que l’abbaye va maintenant vivre une nouvelle vie et que ce déménagement ne peut être que pour le mieux, mais c’est quand même un immense pan de l’histoire du Québec qui disparaît avec le déménagement des moines. C’est aussi un lieu où j’ai vécu de profonds tournants dans ma vie spirituelle qui change de vocation. Il nous restera au moins le fromage, héritage d’un modeste moine qui avait besoin de trouver une solution aux problèmes financiers de l’abbaye et dont mes amis albertains vont bientôt bénéficier.

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*Source de l’image. C’est exactement le même modèle que le bateau de mon père, mais ce n’est pas le même bateau. Comme il s’agit d’une annonce classée, l’annonce originale est désormais disparue.

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20 commentaires sur « Que tournent les grandes pages du livre de la Vie »

  1. C’est vrai que c’est un peu triste de voir partir les moines d’Oka(même un moine n’a pu contenir ses émotion dimanche dernier, en entrevue à la télévision), mais au moins le bâtiment conservera une vocation publique et ne sera pas transformé en Condo de luxe.

    Et la nouvelle Abbaye me semble vraiment belle. Il nous faudra aller y faire un tour lors de ta prochaine visite. Je me demande bien ce que les moine y produiront? Peut-être feront-ils naitre un nouveau produit qui entrera à son tour dans l’Histoire!

  2. Je suis fort heureux moi aussi que la «condomisation» ait épargné (du moins jusqu’ici) l’ancienne abbaye. Et oui, il faudra se rendre à Matha lors de mon prochain séjour. Quant aux produits, j’ose espérer qu’ils continueront à produire du gâteau aux fruits! Mais qui sait ce qu’ils dénicheront comme trouvaille dans Lanaudière!

  3. Et surtout, il ne faut pas oublier que pendant longtemps, l’Oka était le seul fromage « fin » que les québécois ont connu!

  4. À considérer l’absence d’images et de bancs (dont ceux destinés à la genou flexion), puis je me hasarder à penser que cette abbaye n’est pas, au sens exact, catholique ?

  5. Ah! Momo, tu touches là à une des raisons pour lesquelles la spiritualité cistercienne exerce sur moi un attrait si fort. C’est tout ce qu’il y a de plus catholique, mais les Cisterciens (les Trappistes sont une branche de l’ordre cistercien, qui est elle-même un surgeon de l’ordre bénédictin) aiment le dépouillement. Dans le choeur des moines, il y a des stalles (qui sont équipées d’agenouilloirs). La partie réservée aux fidèles, où on trouve des chaises, faisait aussi autrefois partie du choeur monastique; c’est là qu’on trouvait les stalles des « frères convers », ceux qui travaillaient aux champs. Suites aux réformes de Vatican II, cette division a été abolie et, plutôt que d’installer des bancs, on a préféré installer ici des chaises pliantes. Quant à l’agenouillement, il est plus rare chez les moines, sauf pour l’oraison individuelle.

  6. Je suis très intéressé par la spiritualité cistercienne, et j’ai visité quelques cloîtres cisterciens, mais je suis bien obligé de reconnaître que je n’avais jamais fait d’association directe entre les cisterciens et les protestants. Il y a là, me semble-t-il, d’évidents cousinages !

  7. Une chose m’intrigue, toutefois, pourquoi n’ai-je jamais vu un temple protestant habité par la beauté et la grâce d’une église catholique ?

    On me rétorquera sans doute que c’est à cause du dépouillement, pourtant les cisterciens prouvent qu’il est possible de faire du beau avec du dépouillement – c’est peut-être même la conditions sine qua non.

    Or, je le martèle, je n’ai jamais vu une église protestante que l’on puisse sincèrement qualifier de belle, et ça me gène, ça m’embarrasse, ça me désole et, pour finir, je trouve ça suspect.

    Quelqu’un saurait-il me détromper ?

  8. Les cisterciens résultent d’un mouvement de réforme de l’ordre bénédictin au douzième siècle. Il s’agissait d’un mouvement de retour à une certaine pureté de la foi. Malgré le fait que les cisterciens ont plus tard eu leurs propres mouvements de réformes rendus nécessaires par des abus dans certaines abbayes devenues trop opulentes, leur spiritualité est restée marquée par cet esprit de profond dépouillement.

    En ce sens, on peut faire un certain rapprochement avec cet autre mouvement de réforme spirituelle qu’est le protestantisme. Cependant, dans la quête (souvent désincarnée) d’une pureté spirituelle, la beauté ne compte pas. En fait, dans plusieurs groupes protestants, la beauté, surtout si elle est l’oeuvre de mains humaines, se voit comme une ennemie de la spiritualité.

    Contrairement au radicalisme de la réforme protestante, le dépouillement cistercien est toujours resté ancré dans une spiritualité de la simplicité et de l’harmonie. Ceci s’est reflété dans l’architecture traditionnelle cistercienne, faite d’harmonie et de douceur, mais aussi d’une beauté qui vient souvent des justes proportions.

    En ce sens, je pense que la beauté des édifices cisterciens tient souvent à de très simples (mais délicats) éléments comme la justesse des proportions et le dosage de la lumière.

    J’ai déjà vu des temples protestants d’une certaine beauté architecturale, (par exemple, l’église Saint James à Montréal) mais ils sont effectivement plutôt rares. En ce sens, les Anglicans (qui ne sont ni protestants ni catholiques) trouvent souvent le juste milieu.

  9. Momo, Les protestants ne vont pas à l’église pour célébrer un rite. Il n’y a pas de « sacrifice » revécu comme chez les catholiques.
    On se réunit au temple pour passer un moment avec Dieu et c’est tout. la beauté du lieu n’est que celle du bâtiment, qui, je le crois, n’est pas consacré.
    Les catholiques ont le sens de « l’atmosphère » si je puis dire. Ils aménagent leurs églises comme des endroits sacrés où un miracle est censé se produire à chaque célébration.
    Cette différence d’affectation suffit à expliquer la différence entre les lieux.
    On ne ressent pas toujours les choses de la même façon selon son expérience de la religion. La première fois que je suis entrée dans une église orthodoxe, c’était à Belgrade. Elle était petite, plutôt une chapelle. J’ai été saisie par le lieu. Un endroit où des centaines de bougies plantées dans des bassines remplies de sable donnaient à l’intérieur de cette église, très sombre, une ambiance de prière et de recueillement à laquelle je n’ai pas pu résister, ça m’a donné envie de m’informer sur le culte orthodoxe dont je suis assez proche.
    Mais j’ai retrouvé cette même ambiance et cette atmosphère si particulière dans la cathédrale de Chartres, qui est pour moi l’absolu. je précise que j’ai ressenti ça lors du huit-centenaire de la construction de la cathédrale. Personne ne se baladait avec des caméras, l’heure était au recueillement.

  10. Merci, Doréus, de partager ta connaissance de la Réforme, dont, il faut bien le dire, je ne suis pas une spécialiste.

    J’ai tenté de voir des intérieurs de temples protestants, mais, visiblement, ils n’inspirent pas les photographes.

    L’abbatiale de l’abbaye Bénédictine Notre dame du Bec Héllouin, près de chez moi, en Normandie est d’une simplicité remarquable avec des lignes très pures.

  11. Merci pour ce luxe de détails, Doreus et krn.

    Remarquable cette église St James à Montreal et, à en juger par son aménagement intérieur, elle semble protestante d’origine, c’est à dire qu’elle n’a pas l’air d’une église catholique transformée en église protestante, comme c’est le cas à Genève et à Lausanne, c’est très rare, par ici, de voir des témoignages de temples protestants qui l’étaient d’entrée de jeu.

    En revanche, on voit beaucoup de temples modernes, qui ne brillent pas, il faut bien le dire, par la grâce.

    J’ai ressenti la même chose en entrant dans une église orthodoxe, krn, et je crois bien avoir eu l’immense privilège de visiter parmi les plus belles églises orthodoxes d’Egypte, et donc, peut-être du monde. Notamment l’église du monastère Sainte-Catherine du Sinaï et, dans le vieux quartier copte du Caire, l’église Saint Serge (dont l’une des cryptes, dit-on, aurait accueilli la sainte famille durant sa fuite en Egypte).

    Peut-être serez vous intéressés de savoir que les églises catholiques, quant à elles, tirent leurs modèles des basiliques polythéistes romaines.

  12. Je sais par expérience que les protestants ont une sorte d’admiration mêlée de condescendance devant les églises catholiques. Ils trouvent ça super beau, mais ça les fait un peu rigoler.

  13. L’Abbaye du Bec-Héllouin… je connais par les livres. Un jour, j’irai en visite!

    Saint James est effectivement une église construite comme temple protestant (une église méthodiste). Le Canada étant jeune, les cas de transformations d’églises catholiques en protestantes est plus rare ici qu’en Europe.

    J’ai cependant souvenir d’avoir compris quelque chose du protestantisme en visitant la Nieuwe Kerk d’Amsterdam en 1989, où toute la décoration est sur l’abat-voix de la chaire et les panneaux peints de l’orgue: parole et musique. Pas d’autel ni d’imagerie religieuse.

    Le modèle traditionnel basilical est effectivement tiré des édifices romains (qui étaient en fait davantage des tribunaux qu’autre chose). La contrainte de matériaux a amené la construction des longs vaisseaux: on ne connaissait pas à l’époque de méthode efficace de construction de toits de grande surface dépassant la longueur de troncs d’arbres.

    Quant aux églises orthodoxes, elles me rejoignent moins… toutes ces icônes me font une impression de débordement qui me distrait plus qu’autre chose. Mais là, c’est une question de préférence personnelle.

  14. KRN, je ne sais pas si tu connais cette citation de Charles Péguy, à propos de Notre-Dame-de-Chartres: « Voici la beauté, tout le reste n,est que souillure » (Citation de mémoire, je crois que c’est dans « Présentation de la Beauce à Notre-Dame » ou quelque chose comme çà)

  15. Oui, Boris, je connais Charles Péguy et son superbe poême à Notre Dame de Chartres, dont voici le texte intégral.

    Je partage l’opinion, que dis-je la passion de cet auteur sur ce magnifique monument qui, sous le vocable de Notre Dame est surtout dédié à Sainte Anne, officiellement mère de la Vierge Marie, mais aussi pour les populations médiévales encore très attachées aux croyances celtiques Ana, mère de tous les Dieux et de toutes les Déesses. Cathédrale de vie, car sans une seule représentation du Christ en croix et sans aucun tombeau (c’est la seule église médiévale de France dans ce cas) elle est un monument élevé à la gloire de la vie éternelle.

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