Un épicurien dans la Petite Italie

milano

Pour moi, Montréal, c’est d’abord une expérience profondément sensuelle. L’évocation de Montréal me fait penser au maire du village dans le film Chocolat, de Lasse Hallström, que l’on retrouve vautré dans la vitrine de la chocolatière dont il dénonçait l’influence perverse. Jean-Pierre Ferland dit que «Montréal est une femme» et je suis assez d’accord (bon, mutatis mutandis, hein!) au sens où c’est une ville qu’il faut prendre à bras-le-corps et qu’elle ne laisse pas indifférent. On peut difficilement s’empêcher, une fois qu’on connaît cette ville (et pour peu qu’on ait un peu le goût des plaisirs que procure la bonne chère) de se laisser posséder par elle et en même temps de vouloir la posséder. J’ai vécu à Montréal de manière intermittente pendant une dizaine d’années et j’ai eu la chance de connaître plusieurs personnes qui m’ont présenté ses charmes. Cette ville qui m’était au début apparue rébarbative, sale, désordonnée, indifférente, m’a eu. Elle m’a prise sous son charme et je ne peux m’empêcher d’y revenir de temps à autre, comme on reviendrait à une maîtresse dont on n’ose pas trop s’avouer qu’on continue à la désirer.

C’est en compagnie de Boris que je suis revenu me plonger dans les délices de cette ville. En bons jouisseurs, nous avons exploré certains des antres de la bonne chère. En ce lundi 16 février, après mon passage par Oka, ça avait un effet cathartique. Première destination: la rue Saint-Laurent dans la Petite Italie. L’épicerie Milano, avec son débordement de saveurs de l’Italie et d’ailleurs, exerce toujours sur moi un attrait irrésistible. Je m’y suis procuré quelques petites choses… mais je n’y allais pas tant pour acheter des spécialités italiennes (que je trouve facilement à Edmonton ou Calgary) que pour m’imprégner de son ambiance doucement bordélique.

caffe-italia Tout près, je n’ai pu m’empêcher d’aller déguster le meilleur café à Montréal. Ne vous attendez pas à retrouver dans ce bar à café typiquement italien les bizarreries étranges à base de café mal torréfié qu’on offre à prix fort chez Starbucks (cafés aromatisés et compagnie) et qui ont corrompu les palais nord-américains. Ici, on goûte à l’authentique. Un expresso bien tassé ou encore, si on veut, un macchiato, un cappucino inévitablement parfait et pour lequel on ne vous demandera pas, idiotement «quel format» comme dans les chaînes où on ne respecte plus le café dans sa vérité.

Ahhhhhhhh!

C’était bref, mais intense. Deux gorgées d’un expresso impeccable et j’étais prêt à affronter les prochaines étapes de mon périple gourmand. Car c’est bien de cela dont il s’agissait. Maintenant que j’étais dans la Petite Italie, je ne pouvais plus m’empêcher de prendre la direction du Marché Jean-Talon, tout près. Bien entendu, en février, ce n’est pas le débordement de couleurs et de saveurs des étals estivaux, mais ça vaut quand même la peine. En fait, j’avais pour destination quelques-unes des boutiques spécialisées qui bordent le marché plutôt que le marché lui-même.

marche-des-saveurs

Première destination: le Marché des saveurs du Québec. On y trouve d’excellents produits régionaux difficiles à trouver ailleurs, parce qu’ils sont souvent le résultat du travail de producteurs artisanaux que les grandes chaînes se refusent à distribuer. C’est dans la boutique d’alcools de cet établissement que j’ai enfin réussi à dénicher deux bouteilles (il y en avait trois… j’en ai laissé pour les autres!) d’acéritif, cet apéritif élaboré à partir d’eau d’érable et produit à Auclair, dans le Témiscouata. J’avais eu le privilège, au printemps 2001, de goûter à ce sublime nectar au lieu de production. Voilà que j’avais enfin réussi à mettre la patte sur la chose. Je suis plutôt heureux que les deux bouteilles soient arrivées en Alberta indemnes. J’avoue que je craignais un peu qu’elles se brisent dans mes sacs au retour. Cette boutique a aussi un comptoir de fromages régionaux (dont plusieurs de lait cru) qui fait rêver. C’est décidément quelque chose qui manque en Alberta.

saucissier

Ensuite, encore afin de combler un besoin que je n’arrive pas à satisfaire en Alberta, je me suis rendu chez mon saucissier préféré (enfin, ex æquo avec la maison Staner, mais je n’avais pas le temps de me rendre à Saint-Alphonse-Rodriguez cette fois). Mon désir: de la saucisse de Toulouse. Simple, non? Eh bien, en Alberta, lorsque j’en demande, on me regarde comme s’il venait de me pousser des antennes vertes derrière la tête. Ici, les traditions charcutières sont plutôt exclusivement tournées vers les bangers britanniques et les diverses sortes de wurst allemandes. Je n’ai rien contre, mais j’ai un amour irraisonné de la toulouse. Je demande donc à la préposée si elle en avait des congelées, ce qui fait apparaître de l’arrière-boutique un autre préposé tellement sympathique et aux yeux tellement hypnotisants qu’il aurait pu me vendre la boutique au complet. Je voulais une douzaine de saucisses. Ce n’était pas assez; ils avaient un paquet d’une vingtaine de saucisses qu’il fallait prendre en bloc. Eh bien, allez pour le paquet! Ça valait largement la peine (évidemment, par la suite, il m’a fallu squatter le congélateur de mes gracieux hébergeurs).

quincaillerie-dante

De là, Boris et moi sommes revenus vers la rue Dante, où nous avons exploré un établissement que je ne connaissais pas encore; la quincaillerie Dante. Ce n’est pas à proprement parler une quincaillerie au sens ordinaire; on y vend un peu de tout. Le sympathique chien de la propriétaire s’y promène d’ailleurs en toute liberté, entre les rangées d’articles de cuisine en porcelaine. Il trouvait que les saucisses sentaient bon au fond de mon sac… Ça méritait le détour, même si je n’ai acheté qu’un tout petit article: un pot à fleur de sel.

J’aurais voulu aller dans deux restaurants du coin où j’ai toujours très bien mangé, mais je n’en aurai pas eu l’occasion cette fois. Dans mon souvenir, Tre Marie offrait des pâtes divines. Pour sa part, la Pizzeria Napoletana, la première pizzeria établie à Montréal, offre toujours, à mon sens, la meilleure pizza de la ville (même s’il faut pour cela accepter de manger au coude-à-coude avec les voisins). Ce sera pour une prochaine visite; il faut bien s’en garder pour une autre fois!

tre-mariepizzeria-napoletana

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15 commentaires sur « Un épicurien dans la Petite Italie »

  1. Montréal n’est pas seulement une femme, c’est une Mamma aux douces formes arrondies et généreuses, un perpétuel sourire aux lèvres et qui te dit: reprendrais-tu une pointe de tarte, ou un petit bagel, ou un morceau de fromage, je suis sûre que tu as encore un peu de place…

  2. Je connais le marché des saveurs, j’y suis allé l’été dernier.
    Évidemment, il n’a rien d’exotique ni d’extraordinaire pour moi, Français, mais je dois avouer que c’est un très joli marché.
    Ceci dit, je vais en rajouter une couche, car je ne résiste pas : voilà, toi qui es si épicurien, qui aimes tant la « bonne bouffe » et les saucisses de Toulouse — entre autres —, sais-tu donc ce que tu rates à ne pas venir séjourner une ou deux semaines au pays de tes ancêtres ?
    Je puis t’assurer que tu en reviendrais avec quelques kilos en plus, héhéhé, des saveurs comme tu n’en trouveras nulle part ailleurs, une envie folle de revenir encore et toujours, un surplus de bagages, des souvenirs plein la tête et l’appareil photo, et de quoi poster une bonne dizaine de billets ici… pour faire saliver tous tes lecteurs ;))
    Donc, je résume : quand viens-tu ? — Que je te fasse découvrir ce qu’est le vrai fromage ? :p

  3. Ah Ah ! Doréus, il va falloir te partager, ou bien on risque de recréer le village gaulois comme l’avait suggéré Lilian.

    Deef, Je sens que le voyage de Doréus en France ne va pas être de tout repos…

  4. Ils ont l’air bien sérieux ces collègues… autant que les miens qui font parfois de drôles de têtes quand j’ai l’air réjouie devant mon écran ou que j’éclate de rire.

    Tant pis, on ne va pas se priver de plaisir pour si peu.

  5. Pas particulièrement sérieux. Juste convaincus que j’ai quelques boulons qui ont du jeu…. Et ils n’ont peut-être pas tort!

  6. Ne disait-on pas, justement, que la morsure de la tarentule provoquait la folie et incitait à se lancer dans une… folle tarentelle?

  7. Tes photos , Doreus , montrent que – à l’exception du Saucissier – les magasins et restaurants dans le nouveau Monde n’ont pas des vitrines spectaculaires et attirantes comme par chez nous . C’est dommage ! Car si on ne les connait pas de réputation , rien n’attire le chaland . J’ai vu celà aux USA et méme au Nigeria , ou les meilleurs magasins et restos ressemblent à des garages vitrés . Viens nous voir , tu pourras  » shooter  » une palette de couleurs et de formes  » , y compris dans les marchés en plein air des villages ….. On t’attend Spiderman !

  8. En fait, Patton, les vitrines sont quelque peu trompeuses… car c’est l’hiver. En été, ces boutiques (du moins celles du marché) ont des étals extérieurs qui attirent le client. Cependant, il y a du vrai dans ce que tu dis. Milano a des vitrines envahies par un cafouillis de produits (qui reflète assez bien ce qu’on trouve à l’intérieur) sans réelle préoccupation esthétique. Par contre, les vitres du Marché des Saveurs, vues de près, attirent davantage. Cependant, pour passer devant, il faut se promener dans le marché.

    Il faudrait que j’y retourne en été, alors que le marché déborde de couleurs… un peu comme ce que tu illustres sur ton blogue.

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