Un brin d’histoire fort-macleodienne

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Voici donc, après un certain délai, ce que je voulais vous raconter samedi soir. Le Festival Cinémagine battant son plein, j’ai pu voir deux excellents films: Dédé à travers les brumes et Séraphine. Si j’ai trouvé que le premier «beurrait un peu épais» dans un style presque hagiographique qui peignait André Fortin (fondateur des Colocs) plus grand que nature, le film était tout de même de fort belle facture. Il a d’ailleurs mérité le prix du public. Quant à Séraphine, (voir une belle critique ici) qui racontait l’histoire de Séraphine Louis (dite de Senlis), bergère, buandière, puis peintre. Dans les deux cas, ces films montraient la tragédie de personnes à la psyché fragile, que le succès a en partie contribué à faire basculer, l’un dans une dépression qui le mène au suicide, l’autre dans la folie.

Pendant la pause du dîner, alors qu’il pleuvinait sur Fort Macleod, j’ai mené une petite visite historique, expliquant surtout l’importance de Fort Macleod dans l’histoire de l’Alberta et de l’Ouest canadien, car ce petit patelin représente plusieurs tendances présentes dans cette région, en plus d’avoir servi de centre administratif à la fin du dix-neuvième siècle, avant que le développement du chemin de fer privilégie Lethbridge et amène son développement. Fort Macleod fut le premier poste permanent de la Police à Cheval du Nord-Ouest (devenue la Gendarmerie royale du Canada). Par la suite, l’arrivée du chemin de fer en 1890 (ligne du Nid-de-Corbeau) a fait naître de grands espoirs pour la petite agglomération, surtout à l’aube de la première Guerre Mondiale, mais ces espoirs n’amènent pas de retombées concrètes et la ville tombe presque en tutelle dans les années 1920 à cause des dettes accumulées pour la construction des services publics. C’est cependant durant cette période de croissance économique qu’on a construit quelques-uns des grands hôtels de la ville (on voit l’hôtel Queen à l’extrême gauche sur la photo, construit en 1903) et surtout le cinéma Empress, construit en 1912.

La situation financière délicate de la ville l’a amenée, au moment de la célébration de son cinquantenaire en 1924 à négocier une entente avec ses créanciers: un prêt de cinquante ans à 4% d’intérêt, à condition de ne pas entreprendre de projets d’infrastructure immobilière. Cela a amené une certaine stagnation, mais en même temps a aidé à préserver les édifices du centre historique, puisque leurs propriétaires étaient encouragés à rénover plutôt qu’à démolir et rebâtir. Une brève période de prospérité dans les années 1940 à cause de la présence d’une base d’entraînement pour pilotes militaires à proximité a amené certains travaux de rénovation (notamment au cinéma Empress) et un développement de la périphérie, mais cela devait être de courte durée. En 1957, on a érigé une réplique de fort dans le centre-ville, ce qui a amorcé un virage vers l’industrie touristique.

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Dans les années 1980, grâce au programme Main Street Alberta et à des subventions diverses, une restauration de l’ensemble du centre historique a été lancée, dont je vous parlerai davantage durant les prochains jours.

Pour terminer, un dernier mot sur Cinémagine. Dimanche matin, j’ai vu un petit bijou de film, Faubourg 36, qui raconte l’histoire d’une salle de spectacle des faubourgs de Paris durant la frénésie du Front Populaire de 1936. Au-delà de l’intrigue du film, qui pourrait paraître simplette, j’y ai aussi vu une fable sur l’exploitation et le profit… dans notre monde actuel. Et Gérard Jugnot (qui jouait le directeur de la chorale dans Les choristes) est véritablement un grand acteur. Je suis reparti de Fort Macleod (après un sympathique brunch) avec ces superbes images… et quelques quelques traces de larmes au coin de l’œil.

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5 commentaires sur « Un brin d’histoire fort-macleodienne »

  1. J’aime bien la photo qui ouvre ton billet… Pour peu, on y verrait quelques belles dames à chapeau Greenaway, à la tournure coquine, qui déambuleraient avec une ombrelle à la main…

  2. Disons que ça serait un peu plus poétique que les pick-ups qu’on voit la plupart du temps le long de cette rue…

  3. Ces pick-ups que nos arrières petits enfants trouveront merveilleusement désuets et collectionneront comme des objets rares…
    Merci pour ce billet qui donne envie, Doréus.

  4. Les pick-ups seront-ils un jour rares dans l’Ouest? Je l’ignore. Justement, il y en a un près de chez moi qui est plus dans le genre objet de collection… Il faudra que j’en parle un de ces jours.

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