Fort Macleod I: La prospérité initiale.

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Au cours des prochains jour, je voudrais vous faire parcourir un petit peu le village (ou la petite ville? on dit town en anglais) de Fort Macleod, où je me trouvais il y a un peu plus d’une semaine dans le cadre du festival de films français Cinémagine. Je ferai référence à des numéros de bâtiments qu’on peut retrouver sur des cartes publiées il y a quelques jours alors que je me préparais à publier cet article et ceux qui suivront et avant que les distractions de la vie prennent le dessus. Pour me simplifier la tâche, j’ai décidé de suivre le parcours d’un guide publié par l’association touristique et historique de Fort Macleod. J’en ferai une traduction/adaptation.

Le «fort» que l’on voit sur la photographie en tête de cet article n’a jamais servi de forteresse. En fait, il n’y a jamais eu de fort à cet endroit précis (1 sur la carte). À l’origine, soit au moment de l’arrivée de la Police à cheval du Nord-Ouest en 1874, le fort Macleod se trouvait dans la vallée de la rivière Oldman, sur une île. Ces troupes paramilitaires étaient habituées à fonctionner comme dans l’est du pays, où on s’établissait en bordure des rivières parce que c’était là le meilleur moyen de communication et de transport. Elles ne connaissaient pas la géographie bien particulière de l’Ouest canadien, où les rivières s’assèchent presque en été pour grossir subitement au printemps. Après dix ans et plusieurs inondations, le site original de Fort Macleod a été abandonné et le village (ainsi que le fort) relocalisé hors de la vallée, environ 2 km en amont et à l’ouest du site original. C’est là que s’est construit le centre-ville actuel. Le fort, quant à lui, a été construit un peu plus à l’ouest et on peut encore en voir certains vestiges, ici encore largement reconstruits, puisque le fort a été abandonné en 1922.

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La réplique de «fort» que l’on trouve au centre-ville a été construite en 1956-1957 par des enthousiastes de l’association historique de Fort Macleod dans le but de devenir une attraction touristique et un musée. On y trouve des artéfacts rappelant l’existence des Premières Nations mais surtout un musée dédiée à la Police Montée. De mai à septembre, sur le terrain adjacent (la partie clôturée que l’on voit à droite sur la photo d’en-tête) se déroule un mini-manège animé par des étudiants du secondaire.

Fort Macleod a une trame urbaine assez spéciale pour une ville des Prairies. En effet, le développement de l’Ouest du Canada s’est effectué surtout grâce au chemin de fer. Toutefois, tel ne fut pas le cas de Fort Macleod au début de son existence. Le petit village est né de la présence de la Police Montée et il s’est établi là où il était pratique de s’installer en arrivant par le réseau des rivières. Ce n’est qu’en 1890, lors de la construction de l’embranchement du chemin de fer du Pacifique Canadien vers le col du Nid-de-Corbeau (qui passait aussi par Lethbridge, laquelle allait être bien plus favorisée par le chemin de fer) que Fort Macleod a été raccordé au réseau de chemins de fer. En fait, au début, celui-ci passait à un bon mille (1,6 km) au sud de la bourgade, entre autres parce que les relations entre les autorités civiques de Fort Macleod et celles du CP n’ayant jamais été cordiales. En fait, on a alors établi un petit village, nommé Haneyville à cet endroit et ce n’est qu’en 1907 que le chemin de fer et la gare ont été déplacés vers le nord pour rejoindre Fort Macleod directement.

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Le passage du chemin de fer faisait naître de nouvelles promesses qui pour la plupart allaient rester sans lendemain. Plutôt que de devoir emprunter les «trains» de bœufs vers le Montana pour rejoindre le reste du monde, la poste pouvait maintenant passer entièrement en territoire canadien. En 1897, Fort Macleod a obtenu son premier bureau de poste, qui était établi dans l’édifice Stevens. Cet édifice a été déplacé là où il se trouve (2 sur la carte) afin de le préserver de la démolition. Il se trouvait auparavant sur la rue principale, à un endroit que je n’ai pas retrouvé. Son architecture est typique du style boomtown qui caractérisait l’Ouest à l’époque: des bâtiments peu coûteux, construits en bois, avec une façade imposante servant à leur donner plus d’importance. Construits sur des lots étroits, ils étaient généralement tout en profondeur et se trouvaient tout près les uns des autres, augmentant les risques d’incendies. Ces édifices avaient pour destin d’être temporaires pour se faire éventuellement remplacer par une structure permanente à parement de pierre ou de brique. L’édifice a aussi servi de loge maçonnique, de bureau pour un journal local et d’atelier de menuiserie/charpenterie.

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Dans le vieux centre historique, on trouve également deux hôtels autrefois prestigieux. L’hôtel American (3 sur la carte) est abandonné depuis les années 1980. On m’a raconté que sa salle de réception, qui avait du panache, était jusque dans les années 1970 un haut lieu de socialisation pour la population locale. L’autre ancien hôtel du centre de la ville, l’hôtel Queen’s (4 sur la carte) sert présentement de maison de chambres. Sa taverne est cependant fort active. Ces deux hôtels témoignent de la prospérité du petit village au tournant du siècle ainsi que de l’optimisme de ses habitants et entrepreneurs. L’hôtel Queen’s est entièrement revêtu de granit, ce qui est assez rare. Les hôtels remplissaient à l’époque un rôle fort important pour les habitants des environs qui venaient à Macleod (la ville a abandonné le nom «Fort» lors de son incorporation en 1892 pour le reprendre en 1952) pour y faire leurs emplettes ou pour vendre leurs denrées.

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Généralement, ces grands établissements se trouvaient près des chemins de fer, mais ici, ils avaient remplacé des établissements construits avant 1890, donc avant l’arrivée du chemin de fer. Ils se trouvaient également tous deux à proximité du poste/magasin de la Compagnie de la Baie d’Hudson (aujourd’hui disparu) et que fréquentaient les habitants des environs, autant amérindiens que euro-canadiens. Cela (ainsi que le fait que les bars ne pouvaient alors se trouver que dans des hôtels) explique la longévité des deux hôtels du centre-ville, même s’ils ne remplissent plus désormais leur rôle d’hébergement, celui-ci ayant été remplacé par des motels.

Il y avait deux pôles hôteliers à Macleod au début du siècle. Des hôtels ferroviaires, il ne reste plus que cet édifice transformé en appartements et dont l’aspect historique a disparu sous le crépi (qui recouvre probablement du clin de bois). Cet édifice ne se trouve pas dans le centre historique, mais au milieu d’un quartier principalement résidentiel.

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Près de cet édifice, on trouve les grands élévateurs à grains qui marquent le paysage des prairies et qui indiquent de loin en loin l’emplacement des petites agglomérations. Ce même chemin de fer qui explique leur présence fut ce qu’on appelle en anglais un mixed blessing pour Fort Macleod. Le chemin de fer amenait une promesse de prospérité pour la bourgade, surtout lorsque la ligne fut prolongée jusqu’à Vancouver. Cependant, Lethbridge fut favorisée, car c’est là que furent installées les cours de triage.

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Pour lire la suite de cette série: Fort Macleod II.

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4 commentaires sur « Fort Macleod I: La prospérité initiale. »

  1. Dans toutes ces constructions, ce qui frappe, c’est l’aspect massif et rassemblé sur lui-même, ainsi que les petites ouvertures. C’est ce qui domine en général dans les régions exposées au froid.

    Je ne sais pas à quoi ressemblait le fort primitif, mais souvent, si les premiers établissements sont faits avant tout à la manière des personnes venues s’établir, des corrections apparaissent fréquemment en fonction du climat, qui est tout de même le facteur environnemental prépondérant.

    Ce vieux quartier semble tout de même très aéré par rapport au reste de la ville tel qu’on le voit sur le plan.

  2. Effectivement, le climat a joué un rôle déterminant dans le type d’architecture qui s’est développé dans les Prairies. Pour ce qui est de l’espace entre les bâtiments, c’est surtout l’effet de la démolition des bâtiments environnants (et du déplacement de l’un d’eux à côté du «fort»). Une bonne partie du centre-ville est maintenant occupée par des espaces de stationnement, mais il s’agissait originalement de bâtiments. J’y reviendrai.

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