Glenbow historique

Glenbow Entrance

Le musée Glenbow de Calgary est l’un des plus importants de l’Ouest canadien. Il combine les fonctions de musée historique et de musée d’art. Comme j’ai eu à me rendre deux fois à Calgary au cours de la fin de semaine (car des amies avaient besoin d’aller prendre l’avion…) j’ai décidé de profiter du voyage pour aller visiter ce musée qu’un historien qui se respecte ne peut pas ne pas avoir vu. On y trouve d’ailleurs le plus important centre d’archives de l’Ouest canadien, lequel possède une impressionnante collection de photographies.

Mavericks ExhibitOn m’avait chaudement recommandé l’exposition permanente du troisième étage portant sur l’histoire de l’Alberta. Celle-ci, récemment renouvelée, porte un regard parfois complaisant, parfois irrévérencieux sur l’histoire de la province à travers la lentille d’une quarantaine de personnes considérées «non-conformistes» (mavericks) qui ont laissé leur marque dans le paysage albertain. L’exposition est basée sur un livre d’Aritha Van Herk intitulé Mavericks: An Incorrigible History of Alberta, lequel est disponible à la boutique du musée. Cette exposition vaut la peine d’être vue, en partie parce qu’elle permet d’explorer neuf volets de la vie albertaine sous le regard de personnes très variées. De plus, les organisateurs n’ont pas hésité à confronter des visions différentes lorsque cela s’appliquait.

Mon problème en débarquant au troisième étage était de savoir où diriger mes pas. Une fois que l’on sort du grand escalier central, décoré d’une sculpture d’acrylique intitulée «Aurore Boréale» qui serait intéressante si elle bénéficiait d’un éclairage adéquat, on se trouve devant plusieurs possibilités. Plutôt que de me lancer tout de suite dans l’Exposition Mavericks, j’ai choisi d’aller faire un tour du côté de deux expositions consacrées aux Premières Nations. C’est un bon choix, car on suit alors une certaine trame chronologique.

Native Cultures from 4 Directions

Mon premier arrêt fut l’exposition Native Cultures from the Four Directions. J’avoue n’avoir pas été particulièrement impressionné. À l’entrée, une carte de l’Amérique du Nord nous montre les territoires de chacun des quatre groupes concernés. Étrangement, bien que ce qui constitue le «nord» recouvre la plus grande partie du continent, le seul groupe à avoir été choisi pour représenter cette région dans l’exposition fut les Inuit. De la même manière, l’«est» n’est représenté que par les peuples du groupe culturel iroquoien. Les Cris sont presque complètement éliminés de l’exposition, bien qu’il s’agisse du groupe à l’étendue territoriale la plus vaste. Cette exposition est décevante par son simplisme et son caractère convenu.

Sundance Drawing

Cependant, à l’intérieur de cette salle, au centre, en fait (ce qui est très approprié) on trouve une exposition temporaire intitulée Situation Rez: Kainai Students Take Action with Art. Il s’agit d’une série de dessins réalisés par des étudiants sur le thème du VIH qui sévit dans plusieurs réserves. Allant au-delà d’une simple dénonciation du problème, ces œuvres présentent les diverses visions qu’ont ces jeunes de leur place dans la société, de l’héritage culturel qui leur a été légué et des défis qui se présentent à eux.

Blackfoot Gallery

Cette salle débouche presque naturellement dans une salle consacrée aux Pieds-Noirs. Intitulée «Niitsiatpiisini: Our Way of Life», cette série de salles a été aménagée pour mettre en valeur les traditions et la culture des Pieds-Noirs non seulement dans les exhibits qui entourent le visiteur, mais on devine que le lieu a été aménagé en vue d’une animation qui correspond à cette culture et qui repose sur la tradition orale. Donc, de nombreux espaces sont aménagés pour que se racontent les traditions. Ici et là, des bandes vidéo projettent également ces traditions en l’absence d’animateurs.

Barbed Wire Bronco

Enfin, on se trouve dans l’espace de l’exposition Mavericks, dont ce bronco de fil barbelé résume à lui seul l’esprit qui préside à cette exposition. On y retrouve tout particulièrement une vision de l’histoire albertaine centrée sur Calgary (le contraire aurait surpris) et donc l’esprit d’initiative et de risque est très présent.

Ready-Made FarmsFN Perspective

L’exposition repose sur une perspective euro-canadienne de l’histoire, mais cela n’empêche pas que l’on fasse référence ici et là à une vision différente: celle des peuples qui habitaient la région avant que n’arrivent les colons pour prendre possession de leurs «terres gratuites». Il s’agit là d’une innovation intéressante qui met en valeur une autre lecture de l’histoire et qu’il aurait été dommage d’occulter, surtout que l’on ne peut pas s’empêcher de se poser la question de la place des Premières Nations dans tout ce développement après avoir visité les deux salles précédentes.

Large quilt

Il y avait enfin sur cet étage une petite salle où se trouvent sept courtepointes. Certaines, comme celle montrée ci-haut, sont impressionnantes autant par leur taille que par la qualité du travail qu’on peut admirer. Puis il y en avait quelques-unes toutes petites. Enfin, on pouvait voir un lé de tissu réalisé par une artisane anonyme qui a assemblé en petits hexagones d’environ un centimètre carré des pièces de soie récupérée sur des cravates ou autres pièces d’ornement. Patience Short, qui a reçu ce tissu pour son mariage en 1905, ne s’en est pas servi pour en fabriquer des coussins ou autres accessoires décoratifs, ce qui a préservé cet artefact unique.

Tiny hexagons
... et j'ai complètement oublié d'utiliser mon filtre polarisant. On peut voir le reflet du veston de en courtepointe qui surplombait la vitrine dans laquelle se trouvait ce lé de tissu.

Tout ceci se trouve sur un étage de ce remarquable musée. On trouve aussi au deuxième étage une vaste galerie d’art, où l’on peut admirer une exposition temporaire sur l’art de Joe Fafard, un artiste Fransaskois dont les œuvres évoquent certains aspects fondamentaux de la vie des Prairies. Le regard de ses personnages est particulièrement intense. Son regard à lui, comme artiste, est rempli d’humour et de tendresse. Ses sculptures, d’abord d’argile, puis d’acier et de cuivre patiné, permettent de suivre une démarche artistique qui s’étend sur plus de trois décennies. Les photos n’étaient pas permises, mais la plupart des œuvres de l’exposition sont représentées sur son site. Ça ne vaut cependant pas la vision qui s’offre lorsque, en entrant dans une des salles, on se trouve face à onze chevaux d’acier taillé au laser qui courent dans la «prairie».

Il ne me reste plus qu’à m’attaquer aux archives… Ça viendra. Pour l’instant, il me reste encore du travail à faire à Edmonton.

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