Des nouvelles moins drôles

Le palais national d’Haïti effondré. Source: Logan Abassi, via Wikipedia Commons

Alors que la douceur féline se fait une demeure chez nous, je ne peux pas rester indifférent à ce qui se passe quelques degrés de latitude plus au sud. Certains d’entre vous savez déjà que j’ai passé un mois dans la Perle des Antilles en mars 2002 alors que j’étais en formation dans une communauté religieuse. Celle-ci, comme plusieurs autres institutions établies en terre d’Haïti, a été durement éprouvée le 12 janvier dernier et je suis avec attention toutes les nouvelles que je peux glaner. Heureusement, aucun membre ou associé de la communauté n’a péri; cependant, tel ne fut pas le cas d’autres communautés et elles ont toute ma sympathie.

Ce matin, je me suis rendu sur Google Maps et j’ai constaté que les vues ont été mises à jour pour représenter Port-au-Prince après le séisme. J’ai zoomé sur quelques sites que je connais.

La Villa Manrèse, (coordonnées: 18.525603,-72.319289) héritée des Jésuites, située dans le Haut-Turgeau. Cet édifice servait de lieu de repos et de ressourcement des missionnaires et voyageurs de tout acabit en Haïti en plus d’offrir des sessions de formation. Le premier étage a été soufflé par l’onde de choc et le reste de l’édifice s’est écroulé dessus, tuant la réceptionniste. Du haut des airs, la partie centrale a l’air presque intacte, mais il ne faut pas se leurrer. Il suffit de voir les photos dans ce document et sur le site des Jésuites. Dans le jardin, à l’arrière, on voit un camp de réfugiés qui viennent peut-être de Cité Canada tout près. En fait, les maisons aux toits de tôle semblent avoir mieux résisté que les lourdes constructions de béton.

Juste au nord de la Villa Manrèse (et en contrebas) se trouvait le Grand Séminaire de Turgeau (coordonnées: 18.526783,-72.319332) tenu par les Spiritains. Celui-ci s’est complètement effondré. J’avais visité cet édifice parce que c’est là que se trouvait l’autel original de la Villa Manrèse. Il y avait été déménagé après l’exode forcé des Jésuites d’Haïti sous François Duvalier (et avant la prise de possession de l’édifice par les Viateurs). Les deux campus du Grand Séminaire (Turgeau et Cazeau) ont été détruits, ce qui posera des défis pour la formation du clergé haïtien.

Du côté des bonnes nouvelles, le noviciat et l’Accueil Saint-Viateur (coordonnées: 18.582852,-72.288661) près de l’aéroport ont résisté et servent de refuge aux confrères de Port-au-Prince. Ce fut mon lieu de résidence principal durant mon séjour. Les édifices des alentours, dont plusieurs maisons de formation religieuses et un orphelinat protestant, n’ont pas eu la même chance.

À l’autre bout de la ville, à Carrefour (coordonnées: 18.535979,-72.421621), le centre d’accueil Mariani des Filless de la Sagesse s’est également effondré, tuant six religieuses. J’avais passé les quatre premiers jours de mon passage à cet endroit, en formation intensive avec l’ensemble des novices des communautés religieuses d’Haïti. Il s’agissait d’un édifice imposant, entouré d’un vaste parc… où j’avais pu apprécier la simplicité de la vie des gens de l’endroit en participant à la corvée journalière de vaisselle. J’ai aussi gardé un souvenir de tous ces novices souriants… dont certains ne sont peut-être plus de ce monde aujourd’hui.

Au centre de la ville, la cathédrale (coordonnées: 18.549169,-72.338793) s’est effondrée, ainsi que l’archevêché. Monseigneur Miot est décédé dans l’effondrement de sa résidence.

Par curiosité, j’ai jeté un œil du côté du Marché en Fer (coordonnées: 18.551681,-72.343106), dont la partie nord avait été détruite par un incendie le 30 mai 2008. Ici, la catastrophe était déjà passée… et la végétation commence à reprendre ses droits. Les marchands ont entouré la ruine de leurs étals, puisque la reconstruction tarde. Dans les circonstances actuelles, on peut douter que cet édifice érigé en 1891 soit jamais reconstruit!

J’ai aussi regardé du côté de Grand Goâve, où j’avais célébré le Dimanche des Rameaux en 2002. La photo de ce petit village n’a pas été mise à jour (après tout l’actualité n’en parle pas) et on voit toujours l’église et le presbytère intacts… alors qu’ils ne sont plus qu’un tas de ruines.

Je vais essayer de numériser certaines de mes photos de 2002 pour témoigner de ce qu’il y avait… En attendant, celles et ceux qui voudraient avoir des nouvelles fraîches consulteront avec profit Le Nouvelliste, journal de Port-au-Prince. La Presse tient également un dossier intéressant. Et comme une catastrophe ne vient jamais seule, la démocratie est suspendue en ce temps de crise… disons que dans les circonstances, ça se comprend. Et remarquez qu’elle est suspendue au Canada aussi et on n’a pas de telle crise comme excuse; juste un premier ministre qui aime gouverner tout seul…

Source de l’image d’en-tête: Wikipedia Commons. Autres images tirées de Google Maps / Google Earth.

Advertisements

6 commentaires sur « Des nouvelles moins drôles »

  1. Pauvre, pauvre gens… Ils sont dans nos prières et nous avons tenté de leur apporter un support plus matériel, dans la mesure de nos moyens.

  2. Tout à fait. Au-delà des bâtiments effondrés, ce sont les gens qui ont péri, qui sont blessés ou simplement qui souffrent encore davantage de leur dénuement accentué par la perte de leur boulot qui comptent. Et lorsque les caméras se seront tournées vers une autre tragédie, l’aide humanitaire se tarira et les laissera dans la boue comme d’habitude.

  3. Puisses-tu avoir tord, Doréus, puisses-tu avoir tord… Mais malheureusement, je pense bien que tu aies finalement raison…

Les commentaires sont fermés.