Un bilan de congrès

Ces fraises appétissantes (qui étaient moins chères d’un dollar le lendemain) n’ont aucun rapport avec le sujet de cet article, sinon qu’elles me lorgnaient chaque jour alors que je me rendais de mon hôtel au centre des congrès. Je n’ai finalement pas pu leur goûter. J’espère me racheter dans les prochains jours, même si ce ne sera pas en IPÉ.

Que retiens-je donc de ces trois jours passés à discuter de l’avenir de la santé en milieu francophone hors-Québec? D’abord, une impression forte de dynamisme. Chose certaine, les francophones qui vivent hors du château fort québécois veulent s’affirmer comme l’une des deux communautés de langue officielle au Canada. Ils cherchent à le faire non pas dans un esprit de compétition, mais afin de collaborer au mieux-être collectif. Qui sait ce que les «meilleures pratiques» développées pour aider la promotion de la santé et l’amélioration des soins pourrait contribuer à apporter à tout le monde, peu importe la langue? Évidemment, après ce moment fort, nous sommes tous appelés à retourner dans nos milieux et à mettre en œuvre les idées que nous avons partagées. C’est là que le vrai travail va commencer.

Nous avons eu droit à des conférences d’invités prestigieux: D’abord Yannick Villedieu, journaliste et chroniqueur scientifique à la Société Radio-Canada. Celui-ci nous a dressé un état de la situation de l’évolution de la médecine qui mettait l’emphase sur la nécessité de développer une approche préventive, notamment auprès des familles ayant de jeunes enfants. De toute évidence, la médecine curative ne suffit pas. J’aimerais bien pouvoir l’inviter à mes cours…

Affiches de La boussole, centre communautaire francophone à Vancouver. Cliquez pour agrandir.

Nous avons aussi eu droit à une table-ronde avec le Docteur Réjean Thomas, fondateur de la clinique l’Actuel à Montréal et Acadien d’origine, son collègue le Docteur Brian Conway, responsable d’une clinique équivalente à Vancouver (et incidemment président de la Société santé en français), ainsi que Tanniar Leba, directeur général de La boussole, le centre communautaire francophone de Vancouver, qui travaille en étroite collaboration avec la clinique du Dr. Conway. La discussion qui a suivi fut fort animée, mais ce qui en ressortait clairement était le lien étroit qui existe entre la santé d’une population et son engagement social. Ce thème a plus tard été repris, dans sa dimension socio-économique, par Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins.

Moins connue peut-être que ces autres conférenciers, Rachel Bard, directrice générale de l’association des infirmières et infirmiers du Canada, nous a parlé de la force des réseaux. Malheureusement, comme c’était le cas pour certains autres conférenciers qui parlaient «de l’intérieur», son exposé avait un ton plutôt bureaucratique qui s’embourbait un peu dans le jargon «réseaucratique». C’est selon moi un écueil qui guette tous ces mouvements que nous cherchons à créer et qui, s’ils ne parlent qu’entre eux, développent une attitude qui finit par exclure ceux qui ne font pas partie de leur administration.

Mis à part ces conférences plénières, nous avions aussi droit à des ateliers particuliers. J’ai ainsi assisté à d’intéressantes conférences sur les inégalités sociales (rien de bien nouveau ici, sinon une méthodologie intéressante) et sur les nouveaux arrivants. Ce dernier atelier m’a réellement donné l’impression que nous avons quelque chose à apprendre de ce qui se vit au Manitoba. Peut-être était-ce l’énergie contagieuse du charismatique Mamadou Ka… qui n’est pas qu’enthousiaste: il est rudement bien informé.

Cela m’amène à discuter d’un élément sur lequel la conférence m’a vraiment ouvert les yeux: la grande diversité de la francophonie canadienne. En simplifiant grossièrement, on peut dire que dans certaines régions de peuplement francophone ancien (l’Acadie, l’Est et le Nord de l’Ontario, notamment), il existe une présence historique forte qui sert de moteur. Dans d’autres milieux, dont les Prairies, les francophones sont beaucoup plus dispersés, ce qui rend la création d’un élan communautaire francophone plus difficile. Depuis quelques années, la francophonie se diversifie. Les nouveaux arrivants (surtout africains) peuvent enrichir la vie en français, mais ils font face à deux obstacles. D’une part, ils n’ont pas les mêmes droits constitutionnels que les Franco-canadiens «de souche». D’autre part, ils font souvent face à un racisme larvé tirant son origine de la communauté franco-canadienne elle-même. Il leur est donc difficile, parfois, de s’intégrer et d’enrichir la communauté francophone. Ils ont aussi des besoins en santé, et c’est peut-être par cet axe de la santé que la richesse de leur contribution potentielle pourrait être mise de l’avant…

Je ressors donc de ce moment fort de rencontre de 400 francophones du pays entier réunis pour parler de santé dynamisé et rempli de questions. Alors que j’amorce un petit bout de vacances, je vais laisser mûrir tout ça… espérons que ça donnera des fruits savoureux.

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