Berceau de la confédération canadienne

Je ne pouvais pas aller à Charlottetown sans visiter l’édifice de l’Assemblée législative, situé en plein cœur de la vieille ville. C’est dans cette petite capitale coloniale que, en septembre 1864, ceux qui allaient devenir les Pères de la confédération canadienne se sont réunis pendant une semaine pour discuter de l’avenir du pays. On peut dire que c’est à ce moment que l’idée du pays que nous habitons aujourd’hui est née.

Source de l'image: Encyclopédie du Canada

À l’origine, la Conférence de Charlottetown avait été organisée par les gouvernements des trois colonies maritimes de la Grande Bretagne (soit la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard; Terre-Neuve ne se sentait pas concernée) pour discuter d’un projet d’union entre elles. Ayant eu vent de ce projet, des délégués du Canada-Uni (aujourd’hui le Québec et l’Ontario), dont le gouvernement dysfonctionnel avait grand besoin de réformes, ont décidé de s’inviter. Non seulement y vinrent-ils, mais ils présentèrent alors aux délégués des Maritimes un projet d’union élargie.

Il y eut quelques discussions formelles, mais surtout force bals et grands dîners, pendant lesquels les délégués ont appris à mieux se connaître. Ceci dit, après une semaine de réjouissances politiques, les délégués se sont entendus sur le principe d’une union qui allait donner naissance au Canada. Ils se sont ensuite rencontrés un mois plus tard à Québec pour peaufiner les détails de l’entente. C’est d’ailleurs à ce moment que Terre-Neuve a commencé à s’intéresser au projet, mais celui-ci ne fut finalement pas populaire dans cette colonie, qui ne s’est jointe au Canada qu’en 1949. Le tout fut formalisé à Londres durant l’hiver 1866-67. Le résultat fut l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, qui fut finalement entériné par trois colonies, qui sont devenues les quatre premières province: le Canada (devenu le Québec et l’Ontario), la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Ironie du sort, le projet de confédération n’intéressa pas les habitants de l’île où le projet était né. Ce ne fut qu’en 1873, après des difficultés financières causées par la construction d’un chemin de fer, que l’Île-du-Prince-Édouard se joignit à la confédération, devenant la septième province du Canada (le Manitoba ayant été créé en 1870 et la Colombie-Britannique ayant accepté d’entrer dans le pacte confédératif en 1871).

Ces discussions préliminaires qui ont mené à l’entente entre les Pères de la Confédération se sont entre autres déroulées dans cette salle de l’édifice de l’Assemblée législative insulaire. Elle a été aménagée pour ressembler à ce dont elle avait l’air en 1864. Cette salle a servi de lieu de réunion pour le Conseil législatif de l’Île jusqu’à son abolition en 1893.

À l’autre extrémité de l’édifice se trouve la salle de l’Assemblée législative elle-même, qui est restée à peu près inchangée depuis l’époque coloniale. C’est là que se réunissent les députés de la province et que se décide son avenir. On reconnaîtra ici la salle où le bal représenté plus haut a eu lieu. C’est étonnamment petit comme endroit (je connais des villes dont la salle du conseil est beaucoup plus vaste). De plus, particularité propre aux deux provinces insulaires du Canada (Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador), le parti gouvernemental se trouve à gauche du Président, contrairement à la pratique habituelle dans la tradition parlementaire britannique, qui assigne la droite au gouvernement. Nous voyons donc ici les sièges du parti de l’Opposition… enfin, de ce qui serait le côté de l’Opposition, si elle n’était pas réduite à trois sièges (ceux qui se trouvent derrière la caisse vitrée contenant la Masse).

Ceci dit en passant, nous avons eu droit à une courte allocution du Premier ministre de la province, l’Honorable Robert Ghiz, durant notre dernière journée de conférence. Il n’est âgé que de 36 ans et, issu des écoles d’immersion, il a la francophonie a cœur.

Et voici la pièce centrale de l’édifice, située entre la salle de l’Assemblée et celle dite «de la Confédération»: la bibliothèque. Il ne s’agit pas ici d’une bibliothèque fonctionnelle (celle-ci se trouve dans un édifice voisin) mais d’un musée. Il y a là une belle atmosphère de recueillement livresque… La véritable bibliothèque de l’Assemblée a été recréée en 2007. On peut se demander comment les députés faisaient leurs recherches auparavant…

Cet édifice historique est spécial dans l’ensemble des assemblées législatives provinciales canadiennes. Ses murs érigés en 1847 sont chargés d’histoire, mais l’édifice a grand besoin de réparations et surtout d’une structure d’accueil permettant de véritablement pouvoir faire vivre l’histoire aux visiteurs. Pendant que je visitais, des jeunes étaient en train de répéter ce qui avait tout l’air d’être une pièce de théâtre interprétant l’histoire de la Conférence de Charlottetown de 1864. Il y avait des guides de Parcs Canada à l’intérieur, mais ils laissaient les visiteurs se promener, plutôt que d’interpréter. Pour un historien, il est facile de comprendre l’importance de ces lieux. Je ne suis pas certain que ce soit le cas pour tous les visiteurs. Et c’est dommage. Le gouvernement provincial s’interroge donc présentement sur l’avenir de ce bâtiment et cherche à en valoriser davantage l’importance pour l’histoire du pays (et peut-être se doter de lieux plus adaptés à ses propres activités). On verra bien ce qui adviendra de cet édifice patrimonial.

Autre endroit significatif dans l’histoire de la Confédération, cette résidence, nommée Fanningbank, qui est la résidence officielle du lieutenant-gouverneur de la province. C’est devant son portique que le seul document qui nous reste de la Conférence de Charlottetown, la photographie officielle reproduite ci-haut, a été prise. C’est un très bel endroit et sympathique: la petite famille était devant la maison à siroter un apéro pendant que je me promenais! Qui leur en tiendrait rigueur? La vue sur l’entrée du port de Charlottetown y est imprenable!

Publicités

6 commentaires sur « Berceau de la confédération canadienne »

  1. À propos du côté où siège le gouvernement dans les assemblées législatives provinciales, il me semble avoir lu en quelque part que ce dernier avait l’habitude de siéger du côté de la chambre qui était le mieux chauffé en hiver… Aussi, alors que la plupart des salles d’assemblées législatives provinciales au Canada sont « bleutés » celle de IPE est plutôt « verdâtre » … étrange… quoique, si ma mémoire est bonne, même l’Assemblée Nationale, à Québec, a déjà eu cette teinte quelque peu fade et maladive…

  2. En fait, c’est exactement la raison pour laquelle le gouvernement est à gauche: c’est là que se trouvait le poêle. Quant à la couleur, le vert est en fait la couleur originale de la Chambre des Communes (à Londres) et ce vert viendrait du fait que les «députés» originaux (si l’on peut ainsi parler) se réunissaient dans les «commons» un champ. Le vert rappelle donc cette origine pastorale en même temps qu’il distingue les Communes de la Chambre Haute (Chambre des Lords à Londres, Sénat à Ottawa et anciens Conseils Législatifs dans certaines provinces). Comme tu le sais, le vert (même s’il est maladif et pâlot) est l’opposé optique du rouge dans le spectre; j’ignore toutefois si cela était intentionnel…

  3. En fait, il existe de très beaux verts, tant dans la nature que dans les couleurs produites par les humains, c’est juste que ce vert qui a été choisi pour le dais me semble un peu olive-mal-saumurée…

    Mais sais-tu d’où vient le bleu qui orne presquement toutes les chambres de députés provinciales au Khanada?

  4. Le choix du vert est peut-être un peu douteux… mais bon. Nous n’étions pas là au moment où les couleurs ont été choisies. Quant au bleu, j’avoue que je ne sais pas (je pourrais faire des recherches, mais je suis en vacances…). Peut-être était-ce que les députés en avaient assez de voir du vert malade…

  5. Merci de la visite, Olivier. J’eus voulu avoir plus de temps dans l’Île-du-Prince-Édouard, mais ce n’est pas ainsi que nous l’avions planifié… Ce sera pour une autre fois!

Les commentaires sont fermés.