Balade d’un samedi à Heritage Park

J’ai déjà mentionné cet endroit l’an dernier: Heritage Park, à Calgary, un parc à thème historique qui rappelle vaguement le village de Fort Edmonton. Je n’avais pas encore réussi à m’y rendre. Voilà, c’est chose faite. Aujourd’hui, Oyaté avait affaire à Calgary et, comme j’étais laissé à moi-même (et dans ce coin de la ville), j’ai décidé d’aller en profiter, surtout que j’étais là avant l’heure d’ouverture des portes!

Tout dans ce parc rappelle l’importance des transports. On paie son droit d’entrée dans un guichet de gare, puis on longe un musée de l’automobile (que je n’ai pas eu le temps de visiter; il faisait si beau que j’ai préféré garder les longues visites intérieures pour une autre occasion) qui prend la forme d’une série d’anciennes stations-service. Le respect de la réalité historique importe parfois moins que celui des commanditaires… cette station-service rappelle un établissement Purity 99 des années 1930, mais comme la construction de cette réplique a été commanditée par la pétrolière locale Husky, (bien que fondée aux É.-U., elle a maintenant son siège social à Calgary) on lui a donné les couleurs de cette entreprise qui n’existait pas au Canada à l’époque.

L’industrie pétrolière est également présente par ce superbe derrick d’exploration doté d’un mécanisme de perforation à percussion à câble, tel que l’on utilisait dans les années 1910 dans la région de Turner Valley, au sud de Calgary. Le derrick se voit dès l’entrée du parc et voisine les wagonnets de minerai de la photo d’en-tête. Il domine aussi le site vu de l’autre rive du réservoir Glenmore.

La gare de Midnapore (un ancien village maintenant incorporé à Calgary), construite en 1910, constitue le premier arrêt à l’entrée du village. On nous y offre la possibilité de prendre le train pour faire le tour du site (on peut s’arrêter à l’une des trois gares du parc).

Qui dit train, dit évidemment, dans les prairies canadiennes, élévateur à grains. Celui de Shonts a été reconstruit dans le parc et il peut être mis en fonction lorsque le temps n’est pas trop humide…

L’importance des transports dans la région est aussi visible par les véhicules historiques qui sillonnent le site, même pour des raisons banales et utilitaires comme pour transporter des chaises. Malgré les anachronismes et raccourcis historiques qui agacent (l’historien) ici et là, un bel effort a été fait de ce côté pour ne pas briser le charme par l’apparition brutale d’un véhicule moderne.

Il y a aussi, bien entendu, quelques véhicules hippomobiles, mais ils ne sont pas très nombreux.

Je n’ai pas eu le temps d’aller en croisière sur le S.S. Moyie, réplique d’un vapeur à roue à aubes qui a servi sur les rivières de Colombie Britannique. Ce sera pour une prochaine fois.

Sur la terre ferme, les lièvres n’ont pas trop l’air de se plaindre dans cet environnement. Ils prennent même le temps de ménager leurs transports et de prendre la pose.

Le village lui-même est composé d’un ensemble de bâtiments d’époques disparates (généralement construits avant 1910). Certains d’entre eux sont des édifices originaux qui ont été démontés, transportés de divers endroits dans la province, puis reconstruits sur le site. D’autres, comme cet hôtel, sont de pures reconstitutions. D’ailleurs, l’hôtel original de Wainwright, construit en 1907, a été détruit dans un incendie qui a détruit la plus grande partie du centre-ville de cette ville en 1929.

Certains établissements jouissent d’une popularité plus grande que d’autres auprès des enfants qui visitent le site… tel ce bar laitier originalement situé à Vulcan et maintenant stratégiquement situé face à l’entrée du parc d’attractions du site, très prisé des enfants.

La visite de ce bar laitier m’a toutefois laissé quelque peu sur ma faim. Comme d’ailleurs mon passage au  magasin général voisin. Disons qu’en ces endroits, on sentait bien le côté mercantile de l’affaire, car la crème glacée du bar laitier est d’origine commerciale (artisanale et locale, quand même) et le magasin général sert aussi de magasin de souvenirs… et trop souvent des bébelles qui n’ont aucun rapport avec le thème du parc.

Le village vise à recréer tous les services qui auraient été offerts à la population «pionnière». On y voit, par exemple, une banque jouxtant un bureau de dentiste, puis un bureau d’avocat, une buanderie chinoise et un restaurant/auberge (aussi tenu par des Chinois). Ces deux derniers édifices ouvrent d’ailleurs une des rares fenêtres sur le contact entre les diverses cultures qui ont formé l’Ouest canadien.

Les intérieurs ont été reconstitués avec soin et font souvent l’objet d’animation. L’intérieur de la banque, par exemple, rappelle par son architecture une époque où les billets et les pièces de monnaie avaient une certaine importance… avant que tout devienne virtuel (la richesse comme la pauvreté, même si leurs effets sont bien réels, mais ce pourrait être l’objet d’un autre billet).

Sont-ce des implants dentaires métalliques que je vois dans la vitrine du dentiste? En tout cas, ça donne froid dans le dos.

Le thème médical se poursuit à la pharmacie, où s’alignent les pots de substances chimiques avec leurs noms latins. On sent d’ailleurs ici comme ailleurs que la cohérence des exhibits est moins importante que la rage de collectionner et d’exposer le plus d’objets possibles. Un grand nombre de contenants avaient des étiquettes référant au même composé… Ça doit échapper à l’œil du touriste moyen, je suppose…

Il y a deux écoles sur le site. Celle-ci se trouvait à Weedon. L’institutrice faisait revivre les défis de l’enseignement dans une classe surpeuplée, où les enfants de niveaux différents recevaient simultanément l’enseignement et où les outils pédagogiques (comme souvent la formation des maîtres et maîtresses) étaient plutôt rudimentaires. Elle expliquait justement aux deux visiteurs que l’enseignante répartissait un ensemble de tâches allant de l’entretien du feu dans le poêle à l’aide à l’enseignement entre les élèves. Il existait d’ailleurs une hiérarchie dans ces tâches, certaines étant vues comme des récompenses (le nettoyage du tableau, par exemple) et d’autres comme une punition (laver le plancher).

J’allais oublier de mentionner que le village reproduit en général l’atmosphère d’une communauté rurale. Il y a d’ailleurs des champs en culture dans le parc. À l’entrée du parc, on voit également ce moulin qui servait à moudre le grain. Au moment où j’arrivais, le meunier procédait justement à son inspection avant de mettre le moulin en fonction.

Comme tout village qui se respecte, il comporte aussi des habitations. Certaines d’entre elles, comme cette «tente de célibataire» servant à l’hébergement temporaire dans les villes et villages et cette maison de tourbe qui a servi de premier gîte à un grand nombre de pionniers dans les régions rurales, sont particulièrement humbles. Elles démontrent surtout les débuts de l’installation de la population d’origine Européenne dans les prairies.

D’autres, comme ce ranch, montrent des installations plus «matures» et certainement prospères.

On y faisait d’ailleurs la cuisine… à l’ancienne. J’ai eu droit à une belle conversation avec la ménagère du coin!

Enfin, quelques maisons, d’origine urbaine, font étalage d’un luxe considérable. C’est le cas de cette vaste demeure qui a hébergé la famille de Peter Anthony Prince, celui qui a donné son nom à Prince’s Island au centre-ville de Calgary. Ce chef d’entreprise prospère ne se privait d’aucun confort matériel:

Les Premières Nations, dans tout ça?

Bien… euh… c’est quelque peu honteux. Le parc ayant été conçu dans les années 1960 et son plan d’aménagement (comme d’ailleurs la place des Premières Nations dans la société albertaine actuelle) n’ayant pas vraiment changé, on les a relégués dans un recoin du site qui est probablement peu visité, près d’un fort de traite de fourrures reconstitué (on ne faisait pas vraiment de traite dans la région; c’était plutôt du côté d’Edmonton et bien avant le développement de la région de Calgary comme zone de colonisation) et d’un village de pionniers de 1885.

La perspective, à moins qu’on ne s’arrête à un des tipis pour palabrer comme je l’ai fait, demeure très colonialiste. Cette mission catholique (Notre-Dame-de-la-Paix) en témoigne entre autres…

Bilan: Belle visite malgré la perspective historique tronquée et le mercantilisme gratuit. Il faut que je revienne pour terminer… et ça va probablement prendre plus qu’une autre journée.

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