Une lueur d’espoir

Rue du centre-ville de Gonaïves, Haïti, 14 mars 2002

 Il y a deux ans de cela, dans le cadre de la conférence étudiante organisée par mon département, j’avais eu l’occasion de voir un film réalisé par un ancien du collège suite à un voyage humanitaire qu’il avait entrepris en Inde, au Kenya et en Thaïlande. En fait, ce n’était pas vraiment très loin du propos du récent Eat, Pray, Love qui a orné nos écrans de cinéma. À l’époque, j’avais trouvé le film intéressant (sa prémisse, basée sur la recherche du bonheur dans diverses cultures était rafraîchissante) mais un peu trop prêchi-prêcha. On pouvait voir de manière beaucoup trop transparente l’évangélisme du réalisateur.

 

Le mont Biénac en fond de scène d’une rue de Gonaïves, Haïti, 14 mars 2002. On voit clairement les ravages de la déforestation sur cette partie de l’île.

 Ça ramenait, disons, des souvenirs de ma visite en Haïti en mars-avril 2002 dans le cadre d’un projet de formation (j’étais novice dans une communauté religieuse). Ce voyage m’avait ouvert les yeux sur un ensemble de réalités. La pauvreté des moyens, bien entendu, mais aussi les ravages causés par la culture de dépendance dans laquelle le pays a été plongé et qui sert surtout aux luttes de pouvoir entre organisations internationales, Églises protestantes et catholiques et autres sources d’influence étrangère dans cette petite république des Antilles.

 

Ballots de vêtements (aide internationale) éventrés en bordure du port de Port-au-Prince, 1er avril 2002.

 En gros, j’ai surtout été frappé, pendant mon séjour d’un mois dans la «Perle des Antilles» par les résultats de notre ignorance collective qui nous amène à poser des «gestes humanitaires» mal dirigés et qui ne répondent pas vraiment aux besoins de la population et qui ne font que créer un état de dépendance… duquel les sociétés industrialisées et post-industrialisées profitent en retour. La pauvreté d’Haïti ne résulte pas seulement de la corruption du gouvernement local (laquelle est bien réelle); elle est encouragée et entretenue par plusieurs organismes et gouvernements internationaux. Le bordel présent de la reconstruction après le séisme du 10 janvier dernier ne fait que ressortir cet état de fait.

 

Marchands de rue devant l’une des innombrables «borlettes» (loteries) à Port-au-Prince, 24 mars 2002

 La plupart des Occidentaux (je sais, le terme n’est pas exact; je veux dire «visiteurs des pays industrialisés ou riches») qui se rendent ainsi à l’étranger ne peuvent s’empêcher d’en revenir transformés. Ces transformations sont souvent profondes et rejoignent généralement la dimension spirituelle, un thème qui ressort d’à peu près tous les films et livres écrits sur le sujet. Venant d’une société où tout ce qui est matériel est facilement accessible, nous, visiteurs d’un pays «pauvre» ne pouvons nous empêcher de constater que ces gens continuent à mettre l’accent sur la dimension spirituelle de la vie et que ce n’est pas qu’un réflexe de survie. Ça nous retourne à notre propre quête spirituelle souvent inassouvie dans le tourbillon de la vie moderne. D’où les Eat, Pray, Love et autres quêtes de transformation à travers des spiritualités exotiques qui ressortent des publications à ce sujet. Le plus souvent, les voyageurs pensent découvrir le salut dans une spiritualité qui leur est étrangère plutôt que de retourner sur eux-même pour retrouver les racines de leur propre quête spirituelle. Chose certaine, le choc des cultures secoue et transforme.

 

Rue de Site (prononcer «Cité») Canada, Port-au-Prince, 30 mars 2002.

Je me souviens d’avoir fait un grand ménage dans mes possessions à mon retour d’Haïti. Une dizaine de caisses de livres qui ne m’apparaissaient vraiment plus essentiels. Une simplification du mode de vie… et un amour pour ce pays qui ne me quitte plus. Je dirais aussi que ce voyage a aussi aiguisé ma sensibilité pré-existante à tout ce qui a trait au sort des victimes d’injustices. Dans notre pays, c’est entre autres le cas des populations autochtones, dont plusieurs communautés vivent dans des conditions qui rappellent le tiers-monde.

Où est l’espoir, dans tout ça? Et bien voilà: deux ans après la sortie de son film, le jeune réalisateur de Red Deer Steve Neufeld occupait la première page du journal local hier. Non seulement son voyage lui a-t-il ouvert les yeux sur la valeur de cultures différentes de celle de son enfance, bercée d’évangélisme protestant, mais la brèche qui a été ouverte dans ses certitudes l’a amené à dénoncer les injustices qui pullulent autour de lui, notamment l’homophobie. Il a écrit une pièce visant à sensibiliser à cette réalité… dans le milieu évangélique! Ça prend du courage pour le faire. De plus, je ne peux m’empêcher de remarquer le petit virage à gauche qui se produit dans notre journal, qui, il y a deux ans, n’aurait jamais osé publier de tels articles (récemment, on y abordait également, sans jugement, la question de la diversité des «familles» qui forment le Canada tel que nous le révèlent les statistiques du recensement de 2006).

L’Alberta s’éveillerait-elle à la diversité? Au-delà du prêchi-prêcha aux démunis?