Retour à la froide réalité

Ce matin, je ne dirai pas au réveil, car il faisait nuit noire lorsque je me suis tiré des trop confortables draps à 6 h, mais ce matin après le lever du soleil, donc, voici la vue qui s’offrait à moi depuis la fenêtre de la chambre d’amis de Dr. CaSo. Généralement, des formations aussi importantes de glaçons signalent un problème d’isolation dans la toiture. Ici, c’est encore plus grave, car ces glaçons ne sont le symptôme visible extérieurement de quelque chose qui s’est aussi produit à l’intérieur: une infiltration d’eau. Conclusion: les entrepreneurs en construction (et peut-être les architectes) albertains, aimant les profits rapides, lésinent vraiment sur la qualité de construction. Oui, on a beau avoir eu des chutes de neige record ces temps derniers, ça n’excuse pas de tels vices de construction. J’y reviendrai.

Nous étions dans la capitale provinciale pour les besoins d’Oyaté, qui débute cette semaine une formation dans un collège local qui exigera qu’il s’y rende trois fois la semaine jusqu’au mois d’août. Il devait être en classe à 8 h ce matin… Nous avons donc pris la route hier soir, sous le verglas, puis une neige fort désagréable qui rendait la conduite encore plus périlleuse. En route, nous avons pu constater que certains avaient eu une envie pressante de se rendre plus vite que le leur permettait l’adhérence de leurs pneus et qu’ils en avaient payé le prix. Au mois quatre ou cinq sorties de routes majeures, dont au moins deux qui ont probablement fait des blessés vu l’état des véhicules. Les services d’urgence étaient présents. Nous ne leur avons pas donné de travail supplémentaire et nous sommes arrivés à bon port, même si le trajet a été un peu plus long que d’habitude. Merci, Blizzak.

En après-midi, Dr. CaSo et moi-même sommes allés visiter la toute nouvelle Art Gallery of Alberta, qui se dresse sur un coin de la place Winston Churchill, juste à côté de l’hôtel de ville. Dans son voisinage, on trouve également la salle de concert Winspear, la bibliothèque municipale, le palais de justice, ainsi que les studios de Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation. Le bâtiment, à l’architecture audacieuse, a été inauguré au début de l’été. J’en avais pris une photo en septembre (celle de l’extérieur, que l’on voit plus haut). Ce samedi, c’était la première fois que j’y entrais. Il y avait un couple de mariés qui y prenaient les photos idoines…

Le bâtiment promet beaucoup, mais la visite m’a déçu à plusieurs égards. D’abord, à part le vestibule, les salles d’exposition sont bien ordinaires. Ça manque grandement d’imagination. Je m’attendais à quelque chose de vaguement semblable à l’expérience architecturale très riche que l’on a en visitant le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. Non. Le travail de la firme étatsunienne de Randall Stout ne vaut vraiment pas celui du Montréalais Moshe Safdie quand il s’agit architecture novatrice. Et pourtant, le musée d’Ottawa a été construit il y a plus de vingt ans! À la décharge des architectes albertains, il faut tout de même souligner que leur mandat incluait la récupération d’un bâtiment ingrat datant des années 1960; ils ont donc peu retouché les espaces d’exposition, se concentrant sur les espaces publics et l’enveloppe extérieure.

L’architecture extérieure est quand même audacieuse et intéressante au regard. Elle apporte certes du dynamisme au quartier en brisant ces lignes par trop droites qui entourent la place Churchill. Audacieuse à tel point que là aussi… la glace fait des ravages. Juste à côté de la porte d’entrée, ce repli de métal est complètement bouché par la glace (qui fondait au dardant soleil de ce samedi). Si bien que la glace a endommagé les revêtements (et peut-être la structure; mais ça je ne peux pas le savoir, mais je peux imaginer). On peut voir les tôles qui lèvent sur ce gros plan:

Je dirais: ça leur apprendra à embaucher des architectes de Los Angeles pour concevoir un bâtiment au Pôle Nord… Pourtant, ceux-ci parlent du climat nordique de la ville dans leur devis, mais seulement pour ce qui est de l’aspect visuel qu’influence le changement de saisons.

Alors, qu’en était-il des expositions? Il y en avait cinq sur deux étages (le troisième étage était en préparation pour des expositions à venir. Deux des expositions courantes étaient formées d’une série de photos: les cowboys (et cowgirls) de Sheila Spence) et une autre intitulée «Urban Vernacular» de l’artiste albertaine Laura Saint-Pierre qui présentait de troublantes représentations de la «jungle péri-urbaine» en format très très agrandi, ce qui leur donnait un fort impact sur la petite pièce où elles étaient épinglées. Dans les deux cas, je ne peux pas dire que ça me rejoignait beaucoup. Je crois que dans le cas des photographies de Saint-Pierre, la salle d’exposition était trop petite pour vraiment apprécier les œuvres, dont la taille monumentale requérait un certain recul.

Les trois autres expositions auraient pu avoir un intérêt historique. L’exposition qui m’avait attiré s’intitule «Reframing a Nation». Bon. C’était une suite de peintures archi-connues allant de Krieghoff au Groupe des Sept avec quelques incartades plus contemporaines, dont une vue portuaire (semblable à celle-ci) d’Adrien Hébert. Dans l’ensemble, ça n’allait pas très loin ni dans le choix des œuvres, ni dans la présentation historique. On cherche presque vainement ce sur quoi porte le regard différent qui est suggéré par le titre. Je suis ressorti de cette salle profondément déçu. N’allez pas penser que les œuvres exposées ne sont pas belles ou historiquement importantes, mais j’ai surtout trouvé que c’était une occasion d’éducation artistique ratée dans une salle où la logique d’ensemble était confuse (ce qui est le cas dans l’ensemble de ce musée).

Pour ce qui est des deux autres expositions, elles portaient surtout sur la gravure. d’une part, une collection d’estampes prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada pendant laquelle je me demandais constamment: «mais qu’est-ce qu’on essaie de nous montrer dans ce fatras?». Oui, l’art s’admire pour lui-même. Je le sais. Cependant, dans ce cas, je ne saisissais vraiment pas et pourtant j’aime la gravure. Les murs de ces salles étaient cependant d’un beau bleu profond qui invitait à la méditation et qui mettait les œuvres exposées, qui étaient surtout de petite taille, en valeur. Oh! Et comme il s’agit d’une exposition organisée par le musée national, les explications étaient bilingues, même s’il semblait qu’on avait été en panne d’accents.

La dernière exposition présentait une rétrospective de l’œuvre d’Henri Matisse. Ma déception repose ici sur la sélection qui a été faite. Pour un artiste réputé pour son usage de la couleur… disons que c’était plutôt monochrome. Aussi, comme la thématique reposait sur le lien entre ses esquisses et ses gravures, il y avait beaucoup de traits noirs sur papier beige. Aussi, je suis plus que rassasié de nus féminins dans toutes les poses et contorsions possibles. Pourtant, il s’agit là seulement d’une partie du travail de cet artiste; à croire que le conservateur responsable de l’exposition a quelques obsessions. Dr. CaSo et moi nous amusions à imaginer ce qui se déroulait autour de la création de ces esquisses… Encore une fois, les œuvres exposées étaient indéniablement belles (et même certaines étaient très émouvantes), mais il manquait quelque chose.

Parlant de manques… Dr. CaSo (ou plutôt sa sœur) écrivait justement ce samedi à propos des problèmes d’accès en Alberta. Le musée avait bien une chaise roulante à nous prêter (bringuebalante et peu pratique, puisqu’il était impossible pour l’occupant(e) d’avancer en faisant tourner les roues avec les bras). Cependant, aucune des portes n’avait de système d’ouverture à commande par bouton pression pour personnes à mobilité réduite. Imaginez la joie de devoir ouvrir la porte, la tenir ouverte et pousser la chaise dans un même mouvement. Heureusement, quelques autres visiteurs ont eu la gentillesse de tenir la porte ouverte à deux ou trois reprises. En Alberta, il faut être en parfaite santé, sinon on ne va pas loin.

Donc, l’AGA, c’est vu, visité… et j’espère y voir un jour une exposition vraiment intéressante. Notre retour à la maison s’est pour sa part fort bien déroulé: la chaussée était sèche et archisèche sur l’autoroute.

Publicités

7 commentaires sur « Retour à la froide réalité »

  1. Je suis allée voir le projet sur le site de Randall Stout. Il semble que le projet ait inclus les galeries de l’ancien musée qui ont donc été conservées. Ce qui explique l’hétérogénéité de l’ensemble. C’est une belle réalisation.
    Pour ce qui est de la cascade de glace, il se peut en effet que le concepteur ait sous-estimé les extrêmes du climat albertain.

  2. Moi, j’ai passé une excellente journée en ta compagnie 🙂 Et je croise les doigts pour que les fuites d’eau dans votre chambre (je l’appelle VOTRE chambre parce que c’est vous qui y passez le plus de temps) ne recommencent pas…

  3. Comme projet de récupération (ce que j’avais oublié de souligner à l’origine dans le billet), c’est bien réussi. Cependant, à l’intérieur, il semble qu’il y ait un trop fort contraste avec l’extérieur. Je sais bien qu’on ne visite pas des galeries pour les galeries elles-mêmes, mais plutôt pour l’art qu’on y expose. On aurait quand même voulu un peu plus de lumière naturelle bien dosée et surtout des salles d’exposition plus grandes ou modulables, qui permettraient de mieux mettre certaines oeuvres en valeur. Ça fait labyrinthe à l’intérieur.

  4. Dr. CaSo, moi aussi, j’ai passé une excellente journée. Peut-être mon article est-il un tantinet trop négatif à cause de ma déception face à la visite…

  5. Nan nan, moi aussi j’ai ressenti ça, c’était excitant de voir le musée de l’extérieur et dans le hall d’entrée… et puis paf, l’excitation retombait rapidement dès qu’on allait vers l’intérieur. Mais moi j’ai bien aimé les peintures canadiennes, vu que je ne connais rien du tout à l’art canadien 🙂 Et j’ai trouvé l’exposition sur Matisse plus « rigolotte » qu’impressionante.

  6. Je ne suis pas fan de ce type d’architecture… alors si en plus c’est une « coquille vide »…

    PS : merci de m’avoir ajoutée à ta blogoliste ! Juste une demande de rectification : pourrais-tu mettre Belgique au lieu de France ? Je sais que, vu depuis l’autre bord de la grande mare, ça ne fait pas beaucoup de différence, mais bon 🙂

  7. Dieudeschats, j’avais cherché en vain sur ton blogue une indication géographique; j’avais mis France par défaut mais je suis très conscient de la différence. Merci de la note et c’est rectifié.

Les commentaires sont fermés.