Ils ont fait disparaître le centre-ville de mon enfance!

Nous venons de vivre une semaine de temps très doux à Red Deer. Un chinook massif qui nous a donné une masse d’air chaud qui a fait fondre une petite partie de l’énorme accumulation de neige qui nous avait été léguée au début du mois. Ce redoux n’a qu’un inconvénient: il a transformé les rues secondaires (et les ruelles) non déblayées en véritables fondrières. Bernadette s’y faufile, mais ça prend de la dextérité de la part de ses conducteurs. La Ville a toutefois décidé qu’il fallait déblayer les rues résidentielles cette année encore en prévision des probables accumulations de neige supplémentaires que nous recevrons d’ici la fin de l’hiver (quelque part au mois de juillet).

Ce manque total de nouvelles intéressantes du côté de Red Deer m’amène à continuer l’histoire de mon périple avec Oyaté l’été dernier. Pour mémoire (et pour ceux qui tomberaient sur cet article au hasard d’une recherche sur internet), j’étais d’abord allé à Charlottetown pour une conférence portant sur les soins de santé dans les communautés francophones en milieu minoritaire du 23 au 26 juin 2010. Comme j’étais à l’autre bout du pays, Oyaté est venu me rejoindre à Halifax (où je me suis rendu en prenant l’autobus, ce qui m’a permis de faire l’expérience du Pont de la Confédération). Après quelques jours dans la capitale néo-écossaise et une visite à Louisbourg, nous avons pris l’avion vers Montréal pour nous rendre le même jour à Ottawa pour y fêter Boris, puis la Fête du Canada. Le lendemain, avons visité le Parlement, puis un peu de la ville avant de reprendre la route vers Montréal, où nous avons passé la nuit dans un hôtel de l’est de la ville, dans la chambre à coucher la plus étrange que nous ayons jamais rencontré. Elle était tout en longueur (au moins une quinzaine de mètres de long) et les deux lits qui s’y trouvaient étaient escamotables. Vu l’immense (et inutile) superficie de la pièce, nous n’avons pu nous empêcher de penser que les lits ont probablement servi plus d’une fois à autre chose qu’à y dormir… pour des fins cinématographiques de bas étage.

Pourquoi avoir couché là? Le soir du 3 juillet était la seule nuit pour laquelle nous n’avions fait aucune réservation, voulant nous laisser une certaine flexibilité dans le programme. Nous partions le lendemain matin pour la ville où j’ai grandi, donc il tombait sous le sens de coucher dans la partie est de Montréal (nous sommes arrivés là après une exploration de la rue Mont-Royal et un souper dans un petit resto indien sympathique, suivi d’une promenade dans le village gai paré de ses atours estivaux. Il était bien près de 2h du matin lorsque nous nous sommes présentés au comptoir. Ils avaient une chambre libre. Nous l’avons prise. Nous avons dormi, puis le lendemain matin, nous avons pris l’autoroute 40 vers l’est. Chemin familier vers de lointaines racines.

Nous sommes donc arrivés au centre-ville… pour le voir tout transformé! Je savais que des travaux de réaménagement de la Place Bourget avaient été complétés l’année précédente, mais je n’avais pas encore vu le résultat final. Exit le «champignon» de béton qui autrefois coiffait les vespasiennes souterraines et leur escalier en spirale (il se trouvait à peu près là où l’on voit la cloche du défunt hôtel de ville sur les photos ci-haut). Exit aussi l’immonde marché public d’acier et de plexiglas inauguré dans les années 1980: il a été remplacé par cet espace de vente sympathique là où se trouvait autrefois le Cinéma Joliette.

Avec la cathédrale en fond de scène (lointaine), ce n’est pas mal, quand même! Les marchands étaient souriants et sympathiques… il a bien fallu que je me procure un panier de fraises fraîches!

Dans cet aménagement résolument moderne, on a quand même pensé à placer quelques rappels du patrimoine, dont cette cloche de l’ancien hôtel de ville (que, enfant, j’aimais bien faire résonner) posée sur un pavage de pierres de l’ancien marché. Bon. Je me demande bien où M. Bergmans (qui fut directeur du collégial au Collège de l’Assomption pendant que j’y étais étudiant) avait caché ces pierres pour en faire don… ou bien a-t-il payé pour l’aménagement? Je l’ignore. Toutefois, il s’agit là d’un beau geste.

Autre élément de la tradition qui a été conservé tout en recevant un traitement résolument moderne: la fontaine d’eau sulfureuse (dite «de PIT» ou, plus communément, «du PET» ou , par les habitants du coin). Certains ne jurent que par cette eau nauséabonde, mais à laquelle on prête de multiples vertus sanitaires. Bon. Ça sent et goûte les œufs pourris. Il paraît que si on la laisse reposer une journée, l’odeur s’évapore, comme c’est d’ailleurs le cas pour le goût de chlore de l’eau traitée.

Depuis les années 1980, suite au succès retentissant du Festival international de Lanaudière, Joliette se définit comme «Sol de musique». L’aménagement paysager interprète fort littéralement (mais aussi élégamment) cette devise corporative à même les grilles entourant les arbres le long des trottoirs.

Ceci dit, que faisions-nous à Joliette? Eh bien, il fallait que je montre l’endroit à mon Oyaté, mais nous avons aussi profité de ce bref moment pour renouer avec les traditions et déguster une crème glacée avec ma mère… à l’endroit qui m’y a vu tant de fois enfant… en «récompense» si j’avais été tranquille durant l’épicerie. Par la suite, une petite promenade le long de la rivière… puis nous sommes rentrés à Montréal pour y passer quelques jours.

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4 commentaires sur « Ils ont fait disparaître le centre-ville de mon enfance! »

  1. La clef de sol au sol… j’aime. La cloche aussi. En fait, j’aime bien ce nouvel aménagement, qui fait beaucoup moins «béton» brutaliste que ce qui existait auparavant. Ça semble également revitaliser la présence humaine au centre-ville, bien que, à cause des perturbations de la circulation et du stationnement causés par les travaux qui ont duré plus d’un an, plusieurs commerces ont fermé leurs portes. Autre source de renouveau?

  2. L’humain est conservateur. Les changements font pourtant partie de l’évolution. De loin, je ne me rends pas forcément compte de l’amélioration. Détruire le patrimoine pour faciliter la vie ? Ce sont des choix à faire et il faut savoir laisser les sentiments de côté lorsqu’il s’agit de l’esthétique et de la convivialité d’un lieu. La cloche suffit peut-être pour la nostalgie. L’important est que ceux qui y vivent y soient bien.

  3. Merci pour les images du centre-ville de Joliette. Cela me semble réussi. J’avais entendu parler des modifications et je suis content de les voir.

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