Matinal

L'autoroute 2 quelque part entre Hobbema et Ponoka ce matin.

Il était très tôt ce matin (5 h 15) lorsque Oyaté et moi nous sommes réveillés… coincés dans un lit jumeau. Oui. Il y avait longtemps! Nos hôtes du moment, une compagne de classe d’Oyaté et sa femme (ainsi que leurs deux enfants) ont eu la bonté de nous faire une petite place, alors même qu’elles avaient également de la visite du Manitoba. Oyaté poursuit son stage pratique et c’est tout près de la résidence de cette collègue; donc il tombe sous le sens qu’il passe du temps chez elle (et bénéficie ainsi des conversations qui permettent de consolider les apprentissages du jour, ainsi que de transport pour les trois jours).

Ma nuit avait été courte, mais il fallait bien que je rentre, car j’enseigne aujourd’hui! Donc, après un petit déjeuner bien sommaire, j’ai repris les rênes de Bernadette (dont la jupe de plastique devant le moteur a encore été défoncée par une congère glacée au cours de la fin de semaine… une autre dépense que je ne peux pas me permettre présentement) pour rentrer. La route était plutôt libre, mais il y avait un petit crachin qui gelait, donc il fallait être prudent.

J’ai été accueilli par trois faciès félins qui me disaient, sans équivoque: «Non mais, vous avez encore découché? En quel honneur? Bon. Je petit-déjeune pour vrai, je me douche et je m’habille de frais… puis je file au collège où m’attendent une cinquantaine de travaux à corriger au plus vite.

En passant, nous sommes en élections parce qu’enfin les partis d’opposition ont eu le courage de rappeler à ceux qui pensent que le gouvernement repose dans la partisanerie que le pouvoir politique canadien réside dans la Chambre des Communes. Et on voudrait nous faire croire que c’est un gaspillage de fonds publics. Un rappel à tous: des élections, ce n’est jamais un gaspillage de fonds publics. C’est le seul moment où le peuple peut vraiment exercer son pouvoir citoyen. Il y a bien des peuples autour de la planète qui voudraient bien avoir le privilège de dépenser ainsi leurs fonds publics mais qui les voient plutôt partir sans contrôle vers les poches des gouvernants… Il serait tant que le peuple canadien se réveille et sorte de l’endormitoire collectif dans lequel les plonge le désengagement auquel les invite les conservateurs.

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3 commentaires sur « Matinal »

  1. À propos des élections, quelqu’un disait que le peuple n’est vraiment libre que le jour du scrutin… Naguère, c’était environ tous les quatre ans (bien que le mandat soit de 5 ans au Canada et que le Premier Ministre ait un an après la fin dudit mandat pour déclencher l’élection… si ma mémoire est bonne aucun gouvernement tant au Fédéral qu’aux provincial ne s’est jamais rendu à cette limite théorique)

    Je pense que pour avoir une vraie démocratie, il nous faudrait davantage de partis représenté à l’instance législative… et une représentation proportionnelle… et une véritable coalition gouvernementale, car je ne suis absolument pas d’accord avec notre bien-aimé et respectable premier ministre sur ce sujet…

  2. Le droit de vote, il y en a parmi ceux qui l’ont qui ne se soucient guère de l’exercer, mais si on leur retirait, ils seraient les premiers à râler.
    Je crois aussi que la diversité politique au parlement serait bénéfique dans tous les pays. C’est une manière de se sentir représenté, même si dans les faits, les voix des élus minoritaires sont rarement entendues.

  3. Le système politique canadien actuel repose sur la dynamique de partis, mais il n’en a pas toujours été ainsi. En fait, l’architecture de la Chambre reflète celle de ses origines britanniques. Après la Restauration du dix-septième siècle, le Parlement se divisait essentiellement entre ceux qui étaient favorables à Sa Majesté (qui en sont venus à porter le surnom de Tories) et ceux qui exigeaient des réformes (Whigs). Les débats pouvaient être houleux… comme l’architecture le souligne une fois de plus: il y a la distance de deux épées et demie entre les bancs du Gouvernement et ceux de l’Opposition, lesquels se font face comme dans un tournoi.
    Comme les réformateurs se recrutaient surtout parmi les hommes d’affaires et que ceux-ci, au dix-huitième siècle, en sont venus à adopter l’idéologie libérale centrée sur l’entreprise individuelle et le relâchement des contrôles étatiques, Whig en est venu à signifier «Libéral», alors que les autres ont pris le sobriquet de «Conservateurs».
    Au milieu du dix-neuvième siècle, alors que deux fortes figures de proues s’affrontaient dans la Chambre des Communes britannique (William Ewart Gladstone et Benjamin Disraeli), les partisans de ces deux idéologies en sont venus à former des partis pour fins électorales. Cependant, peu après (et certaines réformes parlementaires aidant), ces partis qui n’avaient à l’origine pour but que d’aider à recueillir des fonds, sont devenus des partis au sens où on l’entend aujourd’hui: chacun ayant un programme politique fixe, ainsi que le pouvoir, en chambre, d’imposer la discipline de parti lors de votes importants. C’est cette version du système politique britannique dont le Canada a hérité après la Confédération de 1867. Certains politologues voient cette évolution comme une corruption du système parlementaire britannique. On a sacrifié la liberté de parole au nom de la stabilité gouvernementale (le maintien d’un parti au pouvoir).
    Je ne sais pas si la solution, dans le contexte canadien, repose sur la représentation proportionnelle (qui ne correspond pas à nos traditions), une représentation plus vaste par une multiplication du nombre de partis (qui fonctionne mal dans un système conçu pour encourager le débat entre deux partis se faisant face), ou un retour à un système où les membres d’un parti sont moins rigidement tenus à une discipline commune.
    Une chose m’inquiète toutefois: le virage à droite de tous les partis (et la polarisation idéologique) qui s’accélère depuis les années 1990 et qui tient à des facteurs en partie internes, mais aussi à l’influence très force qu’exerce la culture politique des États-Unis sur les Canadiens. La plupart de nos concitoyens connaissent très mal le système parlementaire qui pourtant régit le pays; on ne peut donc pas dire qu’ils votent en sachant ce qu’ils font. Influencés par les idéologies qui viennent du sud de la frontière, ils pensent voter pour un premier ministre alors qu’ils votent pour un député qui représente leurs intérêts en Chambre (et qui se trouve à représenter un parti politique). La tradition veut que le parti qui recueille le plus de sièges (de circonscriptions) forme le gouvernement, et donc c’est de ses rangs qu’est tiré le premier ministre. Bien qu’il devienne le député détenant le plus d’influence au niveau gouvernemental, celui-ci n’est élu que par les gens de sa propre circonscription et non par l’ensemble des Canadiens comme c’est le cas dans un régime républicain.

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