Je me retire…

Non! Pas de la blogosphère!

Il ne s’agit pas de cela. Non. J’ai envoyé deux lettres de démission cet après-midi. Elles ont été envoyées après mûre réflexion et consultation auprès d’Oyaté, qui me voyait passer de plus en plus de temps dans des réunions auxquelles je n’étais pas certain de vraiment contribuer (et qui provoquaient du coup certaines frustrations).

C’est donc après de nombreuses tergiversations et un discernement soutenu que j’ai choisi de me retirer, avant la fin de mon mandat en décembre, du conseil consultatif en santé David-Thompson, auquel j’ai été nommé il y a un peu plus d’un an. Je me retire par la même occasion d’un sous-groupe de travail sur la santé des «populations diverses», dont je n’ai réussi à assister qu’à une seule réunion depuis ma nomination l’automne dernier.

Ce n’est pas que la question de la santé ne me préoccupe plus. Non. C’est que je n’ai plus le temps à y consacrer, surtout que j’ai l’impression que ça ne sert à fichtrement rien. En un peu plus d’un an, notre conseil n’a accouché que d’un vague plan de travail (sur lequel de nombreuses heures de discussions orageuses se sont passées) et lorsque des gens de la communauté nous soumettent un problème, tout ce que l’on trouve à faire est de transmettre au conseil provincial de Santé Alberta un mémo leur indiquant que le problème existe et que ces gens se sont présentés devant nous. Lequel mémo prend ensuite la direction du bureau du directeur général, lequel nous répond. Il serait bon de préciser que le directeur en question avait assisté aux réunions où les groupes de pression avaient présenté leurs doléances. Donc, une perte de temps monumentale.

S’il y en a pour croire que ça sert à quelque chose d’autre qu’à jeter de la poudre aux yeux et donner l’impression d’une consultation populaire, je n’en suis décidément plus. On me dira qu’il faut laisser la chance au coureur… que le conseil n’en est qu’à sa phase formative. Je le sais. J’en suis conscient. Cependant, la structure fondamentale des conseils consultatifs leur enlève tout pouvoir de réellement influencer la direction de Santé Alberta; cette structure n’est pas appelée à changer. Lorsqu’une question surgit dans les médias, par exemple, elle prend une éternité et demie à être discutée dans notre conseil à cause des délais (deux mois entre les réunions!) et donc encore davantage avant de parvenir, sous la forme de mémorandum officiel, quelque part dans la hiérarchie. La montagne n’accouche même pas de la proverbiale souris.

Donc, j’irai passer mon temps ailleurs. , entre autres. Je sais que j’avais été nommé parce que je voulais représenter les intérêts de la communauté francophone. Santé-Alberta a déjà des structures pour ça, comme je l’ai découvert la semaine dernière, alors qu’une activité de consultation provinciale dont je n’avais jamais eu vent auparavant (ce fut d’ailleurs le déclencheur de ma décision finale) s’annonçait pour ce lundi. J’apprends la chose jeudi dernier par un avis envoyé à l’ACFA. Je tente de consulter tout le monde qui pourrait être impliqué dans la chose avant d’apprendre de quoi il retourne presque une journée plus tard. Impossible, dans les circonstances, de réorganiser mon horaire pour y être ou même pour mobiliser des gens de la communauté. Quelque part, la santé des populations francophones à Red Deer est probablement moins un enjeu que dans des zones de la province où les francophones sont plus nombreux, ce qui leur permet de réclamer des services spécialisés. Ici, il y a peu d’espoir, même à moyen terme, de voir surgir des initiatives en santé pour la population locale.

J’ai aussi aidé à porter le dossier de la santé des populations autochtones, mais il y a au conseil suffisamment de personnes qui sont au fait de cette question pour que le dossier soit porté sans moi. J’aurai fait valoir la voix des personnes «minoritaires» au conseil, mais c’est une tâche qui requiert une énergie que je préfère consacrer à d’autres projets, notamment à ma recherche.

Quant à soulever la question des personnes handicapées physiquement ou mentalement, ou des questions liées à la santé de la communauté gaie (ou GLBT si vous préférez), disons que ça prendrait plus d’appuis dans un conseil composé à majorité de personnes d’un certain âge, dont les intérêts sont ailleurs et qui portent souvent un regard teinté de morale sur leur monde. Je n’ai pas la vocation de martyr. Je n’avais pas encore soulevé la question, parce que je sentais bien que chaque fois que j’ouvre la bouche, certains me regardent en se disant: «bon, quel intérêt particulier va-t-il encore soulever, alors que tout ce qui nous intéresse vraiment, c’est la santé des personnes âgées.» Car oui, il n’y a à peu près que ça qui les préoccupe vraiment.

Je me retire également parce que, de plus en plus, je suis mal à l’aise de voir mon nom associé à Santé Alberta. Comme notre conseil se positionne généralement comme s’il faisait partie de Santé Alberta et que son rôle était davantage d’«éduquer» le public que de recevoir de sa part l’information nécessaire pour influer les prises de décision. Comment, dans cette dynamique, pourrais-je ne pas ressentir un profond inconfort quand Santé Alberta est secouée par une série de controverses où mon rôle devient celui de dédramatiser l’information véhiculée par les médias. Ce n’est pas le rôle d’un bénévole, ça. C’est le rôle des divers employés payés par cette société d’État.

Ceci dit, je ne suis pas seulement déçu de l’expérience. Cette année passée à me plonger dans les questions de santé dans la province m’a ouvert les yeux sur un ensemble de réalités auxquelles je n’aurais pas autrement été exposé. J’ai également pu, grâce à cet engagement, voyager jusque dans les Provinces Maritimes l’été dernier pour une conférence passionnante à Charlottetown. En plus de me permettre de voyager, cette rencontre nationale m’a fait prendre conscience d’une dimension de la francophonie «en diaspora» que j’ignorais.

Cette décision m’a fait revivre certaines des émotions que j’avais vécues au moment de quitter la communauté religieuse dont j’ai fait partie pendant cinq ans. Évidemment, le niveau d’engagement n’est pas le même, mais les questions restent fondamentalement semblables. Le questionnement profond étant ici à savoir si j’abandonne par dépit ou sentiment d’incapacité à accomplir mes objectifs personnels au sein d’une organisation, ou si en fait il s’agit d’un nouveau départ, d’une concentration d’énergies à autre chose. Il y a un peu des deux; je ne cacherai pas que dans les deux cas le sentiment qui a déclenché le questionnement est celui de ne pas avoir de véritable voix au chapitre. Néanmoins, ce sentiment m’a amené à autre chose: à recentrer mes priorités sur ce que je veux vraiment faire et que je n’ai ni le temps ni l’énergie pour réaliser présentement. Ces priorités s’articulent autour de deux axes: consacrer davantage de temps à Oyaté et faire davantage de recherche. Dans ce sens, je veux que les engagements communautaires que je prends contribuent soit à l’un, soit à l’autre de ces objectifs. Je pars donc en paix, comme je l’avais fait en 2004 au moment de quitter la congrégation, parce que je suis convaincu du bien-fondé de ma décision.

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6 commentaires sur « Je me retire… »

  1. Santé-Alberta est bien nulle de te laisser partir et de ne pas avoir plus pris le temps de t’écouter, c’est eux qui y perdent gros avec ton départ! En ce qui te concerne, je suis contente que tu aies enfin pris la décision de partir, puisque ça faisait longtemps que tu te posais des questions. Et en route pour de nouvelles aventures 🙂

  2. Bah! Ce n’est pas tant qu’ils ne m’écoutent pas personnellement. Il faut dire que l’été dernier, lorsque j’ai parlé ouvertement de velléités de démission, ils ont tout fait pour me retenir… du moins en paroles. Je me suis dit: «patience…» mais je découvre de plus en plus l’incapacité constitutionnelle, écrite dans les gènes de ces conseils consultatifs, de véritablement remplir leur mission. Lors de la fusion en 2008 des conseils régionaux en santé (qui administraient les soins de la santé sur une base régionale, généralement avec succès), la mesure était clairement une question de réduction de coûts. Effectivement, on a réduit les coûts, mais c’est pour avoir un système à rabais. Le travail qu’on nous demande de faire bénévolement est trop exigeant en temps pour qu’il puisse se faire sur une base bénévole, du moins pour des personnes qui comme toi et moi avons un emploi à temps plein.
    Et oui… de nouvelles aventures. Et qu’est-il advenu du (de la) Linzer torte?

  3. Nous avons tous tendance à penser que notre temps et notre énergie sont élastiques et qu’on pourra jongler avec les différentes tâches que nous nous imposons. J’ai eu l’an dernier, moi aussi, ma période d’abandon de responsabilités diverses. De même, j’ai fait du ménage dans des relations qui ne m’apportaient que des soucis.
    La vie se poursuit et on n’avance pas tous au même pas. On croise de nouvelles personnes intéressantes, des causes qui valent d’être aidées ou défendues et on en laisse d’autres.

  4. Je dis bravo pour 2 raisons :
    – Avoir choisi dans un premier temps de donner de ton temps pour les autres
    – Savoir te recentrer sur le principal lorsque tu constates que ca ne marche pas…

    En plus, c’est Oyaté qui va etre content !

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