Dialogue de sourds

Le gouverneur général David Johnston, Shawn Atleo, Grand Chef de l’Assemblée des Premières Nations, et le premier ministre Stephen Harper à Ottawa. Source: Radio-Canada.

La question autochtone soulevé par la crise humanitaire dans la réserve d’Attawapiskat a donné lieu, aujourd’hui, à une rencontre au sommet entre 150 chefs autochtones de partout au pays et le gouvernement canadien. Il y a eu beaucoup de beaux discours, mais pas d’entente sur le fond. Depuis fort longtemps, les représentants autochtones souhaitent revenir à ce qui faisait les relations entre Européens et Autochtones jusqu’au dix-neuvième siècle: une relation d’égal à égal. En 1876, la «Loi sur les Indiens», sorte de loi-cadre visant à organiser les relations entre les peuples autochtones et les immigrants européens qui arrivaient alors par milliers pour peupler l’Ouest canadien, a été imposée unilatéralement par le gouvernement canadien. Elle a créé une situation d’inégalité foncière entre les Premières Nations et les Canadiens d’autres origines, institutionnalisant des pratiques racistes et assimilationistes qui ont encore leurs conséquences aujourd’hui.

Cette Loi, même si elle a été remaniée à quelques reprises, est toujours à la base d’une relation inégale entre les Premières Nations et les autres Canadiens. Toutefois, le gouvernement canadien ne veut rien savoir d’un remaniement en profondeur, et ce malgré les conclusions de la Commission Royale sur les peuples d’autochtones… en 1996! Y a-t-il eu progrès aujourd’hui? Bon… ils se sont parlés. C’est un pas. Y’a-t-il espoir que les choses changent? J’en ai bien peu… il suffit de lire le grand ami de notre Premier Ministre, Tom Flanagan, qui, avec ses supporters, réclame l’abolition pure et simple de ce qu’il considère un «traitement spécial» aux peuples autochtones.

Le patronage sur les réserves, les enfants qui ne finissent pas leurs études, les relations parentales détruites par l’héritage des pensionnats… pour ne parler que quelques-uns des problèmes qui existent sur les réserves, ne sont pas près de disparaître. Et les Autochtones n’ont pas choisi cette vie-là!

Voir aussi: Assemblée des Premières Nations.

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6 commentaires sur « Dialogue de sourds »

  1. Brrr…. ca me fait froid dans le dos car me rappelle une conversation avec Oyaté et toi un soir d’hiver où vous étiez venus diner à la maison !
    Quelques questions pour approfondir si tu as un moment pour me répondre : quel est le fond de cette loi initiale ? tu parles d’inégalité foncière…. ? on a retiré la propriété de leurs terres aux autochtones ? quelle est la justification du gouvernement pour conserver encore meme partiellement une loi d’une telle teneur ?

  2. En tout ça, l’expression « Premières Nations » est en elle même une reconnaissance. Vue de l’extérieur, elle me semble avoir un sens très fort.

  3. Les immigrants européens se sont comportés partout de cette manière. Mon idée est qu’il s’agit d’un héritage inconscient de l’inquisition qui leur conférait cette belle assurance de « peuple supérieur » On assiste malheureusement encore à cette tentative de domination, par les mêmes, sur tout le reste du monde. Il y a des peuples pour lesquels l’injustice a été reconnue, surtout lorsqu’elle a été commise par d’autres, je pense particulièrement à la situation du Tibet par rapport à la Chine, qui fait l’objet de soutiens de personnalités étatsuniennes connues, mais curieusement, le sort des premières nations ne semble pas intéresser ceux qui sont directement la cause des inégalités qui perdurent à l’heure actuelle.
    Il faut un premier pas pour arriver à avancer. Espérons que le dialogue continue et que l’équité règne enfin, bien que je ne puisse m’empêcher de penser que ça risque d’être long et difficile.

  4. « Dialogue de sourds » veut malgré tout dire qu’il y a un « dialogue, » ce qui est mieux que rien… Maintenant il faudrait que certaines personnes apprennent à écouter, aussi, ce qui n’est pas gagné, surtout pour la personne à droite sur la photo et qui regarde Monsieur Atleo avec condescendance (je ne le nommerai pas tellement j’ai de mépris pour lui!)…

  5. Marine, le fond de la Loi sur les Indiens était effectivement l’idée que ceux-ci étaient «condamnés» à brève ou à moyenne échéance (c’était au dix-neuvième siècle) à l’assimilation à la masse Euro-Canadienne. Par conséquent, cette loi visait à faciliter le transfert de leurs terres ancestrales à la Couronne. À l’époque, on envisageait surtout la colonisation des vastes terres (la Terre de Rupert) récemment acquises de la Compagnie de la Baie d’Hudson. C’était aussi l’esprit des traités numérotés qui ont été imposés aux Premières Nations de l’Ouest et du Nord canadien entre 1870 et 1922. L’idée était, pour le gouvernement canadien, de s’approprier ces terres, de rentabiliser l’établissement de la population immigrante dans l’Ouest (donc, entre autres, de rembourser la construction du chemin de fer transcontinental) par la vente de ces terres. En échange d’un transfert de propriété (qui ne voulait rien dire pour les Premières Nations, qui ne se considéraient pas «propriétaires», mais plutôt «usufruitiers» de la terre. Par conséquent, la notion de transfert de propriété à perpétuité n’avait aucun sens pour les Autochtones, qui considéraient plutôt ces traités comme un échange de bons principes définissant les règles d’utilisation partagée de la terre, ces règles étant sujettes à renouvellement et à renégociations périodiques selon leur pratiques diplomatiques. Ainsi, les Premières Nations considèrent qu’elles n’ont jamais «cédé» à perpétuité des terres qui ne leur appartenaient pas. D’où l’iniquité et l’incompréhension foncière.
    En échange de cette «cession», le gouvernement donnait aux Premières Nations l’usage exclusif de certaines portions de terre (les réserves), initialement proportionnelles à la population amérindienne qui habitait la zone de traité. Cependant, ces réserves ont été réduites par la suite parce que le gouvernement considérait que les Amérindiens n’utilisaient pas la terre de manière «profitable» (c’est-à-dire pour l’agriculture). En même temps, le gouvernement ne fournit que peu ou pas du tout les ressources nécessaires (éducation et appareils aratoires) pour permettre aux Autochtones d’effectuer la transition vers l’agriculture commerciale et la vie sédentaire. Cette politique raciste, assimilationiste et bassement paternaliste forme encore et toujours la base de la relation entre le gouvernement fédéral et les Premiers Peuples. Ceux-ci se considèrent un peuple distinct qui n’est pas soumis à l’autorité du gouvernement canadien; le gouvernement, en retour, refuse de voir les Premières Nations autrement que comme une partie de la population canadienne qu’il faut assimiler au plus vite.
    Olivier, effectivement, l’expression «Premières Nations» est très forte de sens… mais elle n’est malheureusement pas comprise, du moins au sens des politiques canadiennes, dans sa pleine acception.
    KRN, il y a énormément de vrai dans ce que tu dis de l’esprit impérialiste des Européens qui doit beaucoup à la fois à l’Inquisition et surtout à la Réforme / Contre-Réforme, mais qui tire en fait ses racines dans l’esprit qui animait les Croisades. Quant au dialogue… j’y reviens dans ma réponse au commentaire de Dr. CaSo.
    Dr. CaSo, j’aurais probablement dû intituler cet article «Monologues de sourds», puisqu’il s’agit en fait de deux groupes qui se parlent sans vraiment s’écouter mutuellement. Il y a en fait plus d’écoute du côté des Autochtones, qui tiennent le petit bout du bâton et qui doivent malgré eux se plier aux politiques fédérales, mais l’arrogance que l’on peut voir chez notre cher Premier Ministre dans la photo qui illustre l’article parle fortement du manque total d’écoute de la part du gouvernement. Et ici, les cons-serviteurs n’ont malheureusement pas le monopole de l’arrogance; tous les partis qui se sont succédé à Ottawa tiennent essentiellement le même langage.

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