La langue comme facteur de santé

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À l’été 2010, certains s’en souviendront, je me suis rendu à Charlottetown pour la rencontre bisannuelle de la Société santé en français, qui promeut la santé des francophones canadiens vivant hors Québec. J’y étais en tant que membre du Conseil consultatif en santé David-Thompson (dont je me suis depuis retiré, sans regrets d’ailleurs). L’une des conférences qui m’avait le plus touché portait sur les «déterminants sociaux de la santé», ces éléments de la vie sociale, comme la situation socio-économique, le niveau d’éducation, la géographie et d’autres, qui, sans être des conditions physiques, ont un impact notable sur la santé de certaines populations. Entre autres facteurs mentionnés, on retrouvait la langue, qui, en milieu minoritaire, devient particulièrement important, particulièrement pour les personnes âgées, qui perdent souvent la capacité de communiquer dans une langue seconde à mesure que leurs capacités intellectuelles diminuent.

Malgré mon retrait du Conseil, je continue à m’intéresser à la santé en milieu minoritaire; d’ailleurs, comment pourrais-je faire autrement vu mes intérêts de recherche mais aussi mon engagement auprès de l’ACFA provinciale. Nous avions touché mot de la question de l’offre de soins de santé en français lors de notre dernier CA, début décembre. Je m’étais promis d’en reparler à Luc Therrien, directeur général du Réseau santé albertain, mais ça m’est sorti de l’esprit. Car une préoccupation m’habite, dont l’étincelle a jailli lors d’une conversation avec le Dr. Brian Conway à Charlottetown: pourquoi ne créerions-nous pas des structures (ou des partenariats) permettant d’offrir une formation en français langue seconde aux divers intervenants en santé? Ceux-ci seraient ainsi mieux à même d’offrir des soins aux patients qui se présentent à eux. Ça m’a d’ailleurs donné des idées lorsque j’ai assisté à la première rencontre du conseil consultatif du Centre collégial de l’Alberta, qui se propose à moyen terme d’offrir une formation en français dans le domaine des soins de santé. On verra où ça va déboucher…

Tiens… récemment Oyaté a été confronté à ce problème lorsqu’une patiente unilingue française s’est retrouvée dans son unité au centre hospitalier de Red Deer. Et personne pour l’aider à comprendre ce qui se passait autour d’elle… Il a aussi eu des patients unilingues cris (victimes alors non seulement de leur aliénation linguistique, mais aussi de racisme) et d’autres origines. À chaque fois, la réaction du personnel soignant autour de lui est: «Ben, y’ont juste à parler anglais comme tout le monde». Édifiant. Et stupide. Très très profondément stupide. Toutefois, ça en dit long sur la réalité culturelle de l’Alberta, et ce malgré la popularité indéniable des cours d’immersion en français auxquels de nombreux enfants sont inscrits par leurs parents (avec des résultats généralement peu concluants sur le plan de l’apprentissage de la langue).

Et voilà que cet article apparaît dans le Franco qui vient d’atterrir dans notre boîte aux lettres cet après-midi. Y’a du travail à faire… Je vais commencer par faire ma part en présentant à nouveau à la conférence annuelle du département de sciences infirmières du collège, à laquelle tous les étudiants (je devrais dire, à quelques exceptions près, toutes les étudiantes) sont tenues d’assister, en octobre. Mon exposé portera sur la langue comme facteur déterminant de la santé. J’en ai déjà touché mot à quelques collègues qui enseignent dans ce département… et elles pensent qu’il est temps que ce message commence à circuler! Déjà que nous avons un programme de stage bisannuel en Amérique Latine qui vise à sensibiliser les étudiant(e)s de ce département aux réalités culturelles. Je ne suis pas certain, toutefois, qu’elles et ils font le transfert dans la réalité canadienne.

Je sens que je vais encore me mêler de ce qui ne me regarde pas et donc taxer encore plus mon usage du temps… Mais c’est vraiment pour la bonne cause!

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2 commentaires sur « La langue comme facteur de santé »

  1. C’est vraiment une Loi Universelle que celle des 80/20 ….. dont je suis un observateur désabusé .
    Je suggére aux C…rds , considérant qu’en dehors de l’Anglophonie , Pas de Salut !!!
    ….
    d’aller faire un stage dans un Hopital de Beijing , ou Dalian , ou HAîkou , et de s’exprimer en Anglais et non en Mandarin ( pour les interlocuteurs lettrés ) ou en Cantonais , ou en Dialecte des Minorités de CHINE ;
    Parce que les CHINOIS sont : 1 milliard 800 millions , eux !
    Combien en ALBERTA ????? ……….. Pour la CHINE , ça ne représente qu’une curiosité zoologique ……

  2. Bienvenue en Amérique du Nord, siège de l’unilinguisme triomphant. Il suffirait d’aller en Europe pour constater combien cette attitude est aberrante… mais bon. Il ne faudrait pas surtout déranger des gens pour qui l’exotisme consiste à passer leurs vacances dans un «resort» bien isolé des populations locales, quelque part sur la côte ouest du Mexique.

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