Monsieur Lazhar

Il y a près de quatre ans, à Calgary, j’ai assisté à une excellente petite pièce de théâtre à un personnage qui m’avait charmé: Bashir Lazhar, par Evelyne de la Chenelière. Puis, récemment, j’apprenais que la série Reel Movie Mondays, qui présente du cinéma, disons, autre que les ordures hollywoodiennes habituelles, présentait le film Monsieur Lazhar, réalisé par Philippe Falardeau. Ce soir. Diantre! Il fallait m’y rendre (malgré le fait que demain je dois être au collège à 7 heures). Oyaté ne voulait pas m’y accompagner et passer une heure et demie à lire des sous-titres (bon… tant pis pour lui), mais l’idée d’aller au ciné lui plaisait; il a préféré aller voir la nouvelle version 3-D abrutissante de la saga Lucasienne.

Donc, je viens de voir le film. Charmé, je suis. Je souhaite la meilleure des chances à Falardeau pour les Oscars. La pièce a été adaptée d’une manière magistrale. Évidemment, alors que la pièce se passait de décor (et y suppléait par le truchement d’un minimum de technologie) et ne comportait qu’un acteur, le film fait voir Bashir Lazhar au milieu de sa classe, entouré d’enfants dont les remarques truculentes ne font que marquer le décalage entre son Algérie natale (et l’éducation qu’il y a reçue) et le Québec de l’ère des compétences transversales, des interdictions de contact physique entre personnel et «apprenants», des conseils d’établissement et des psychologues scolaires. Disons que lorsque Monsieur Lazhar propose Balzac en dictée, les élèves n’ont que faire des «francs» et autres «chrysalides».

Alors que dans la pièce, l’auditoire, bien que muet, faisait office de «classe», ces enfants en chair et en os ajoutent une couche de vécu appréciable à l’histoire. Ce qui n’était que suggéré dans la pièce (notamment le suicide par pendaison de l’institutrice que Bashir Lazhar vient remplacer et l’impact de cet événement sur un élève en particulier) est très présent à l’écran, mais sans pour autant faire dans le sensationnalisme. Il y a encore — Dieu merci! — cette critique sous-jacente d’une société qui veut que les enfants deviennent à tout prix «normaux», où l’école se veut un milieu-tampon protecteur. Alors que tout le monde autour d’eux veut occulter le suicide qui ouvre le film, les enfants, eux, ne cessent de vouloir en parler pour faire éclater l’abscès et continuer leur vie. Ils y parviendront… au prix du départ de leur instituteur qui n’en était pas vraiment un… mais qui était en voie de le devenir! On assiste d’ailleurs en parallèle à la lutte de Bashir Lazhar pour obtenir le statut de réfugié et à son deuil personnel, qu’il doit assumer en même temps qu’il vit par procuration celui de ses élèves.

Un beau film. Si ça joue dans votre coin, profitez-en. Pour ma part, c’était probablement ma seule chance… à moins que par miracle je puisse mettre la main dessus lors de sa sortie en DVD. Il est des soirs où Montréal me manque cruellement. Ce soir en fut un.

Je me permets d’ajouter une plogue sans vergogne pour le Campus Saint-Jean, qui offrira à compter de cet automne une majeure de 30 crédits en études théâtrales… en français… en Alberta. Y’a quand même des choses qui progressent, même si ce n’est pas en santé des aînés que ça s’améliore pour l’instant. Je ferai probablement un autre article là-dessus… à l’occasion.

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10 commentaires sur « Monsieur Lazhar »

  1. Je ne connais pas du tout et j’avoue ne pas avoir été au cinéma depuis des années… s’il traverse la Grande Flaque, j’essayerau de faire une exception !

  2. Ce film a été diffusé lors du festival du cinéma québecois à Paris en 2011. C’était le film de clôture. Malheureusement je n’ai pas pu y assister ! J’ai hâte de le voir, rien que pour la bande annonce il me faut un paquet de mouchoir entier !!

  3. Je viens juste de visionner ta Bande – Annonce , et je découvre que c’est FELLAG qui tient ce rôle principal !
    Je connais trés bien FELLAG et ne manque aucun de ses Shows ! Il fait salle comble toutes les fois qu’il se produit .
    C’est un artiste plein d’Humour et de Finesse , et trés cultivé ( de plus en plus râre chez nos actuels humoristes franchouillards qui confondent Humour avec …. Jet de poubelles !! ) .
    Marié à une Française de souche qui lui donne parfois la réplique dans ses sketches , il est Kabyle ( et non Arabe , donc ) ce qui explique son Humour ….. Humour tellement inacceptable en Algérie , qu’il a du s’exiler en France pour préserver sa vie ……
    Ce gars est absolument remarquable de gentillesse et de sensibilité .
    Son dernier spectacle : Tous les Algériens sont des mécaniciens  » , est à mourir de rire , surtout pour ceux qui sont passés dans ces pays d’Afrique ( Nord et Noire ) .
    Il y a aussi un sketch sur l’Histoire de la Colonisation au Maghreb qui est un pur moment de rire et de réflexion …..et , LUI , ne tombe pas dans les clichés pénitentiels ou revanchards des uns et des autres qui pérorent sur la question sans vraiment connaitre le fond de la question .
    Ce qui est formidable est d’entendre la salle , naturellement mixte Gaulois – Nord Africain , s’esclaffer de ses répliques et commentaires toujours fins , malicieux et jamais haineux !
    Bref ! une personnalité exceptionnelle .
    J’ignorais qu’il était le  » Héros  » de ce Film . Il est parfait pour ce genre de rôle pétri d’humanité et de bienveillance .

    NB : J’avais publié un Sketch de lui dans mon Blog , si je le retrouve , je vais le poster sur Brainstorming .

  4. Comme il n’est pas très connu de ce côté-ci de la flaque, je n’avais jamais entendu parler de lui, mais il est d’autant plus parfait pour le rôle que le personnage est un peu comme lui: exilé d’Algérie pour un livre que sa défunte femme a écrit… Et la finesse du jeu était là.

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