Le prince Hameau?

«La souricière» (pièce dans la pièce). Hamlet, Acte 3, scène 2) Source: Wikipedia Commons (cliquez sur l'image pour accéder à l'original)
«La souricière» (pièce dans la pièce), gravure par Daniel Maclise pour l’édition complète de l’oeuvre de Shakespeare. Hamlet, Acte 3, scène 2) Source: Wikipedia Commons (cliquez sur l’image pour accéder à l’original).

Mon dernier contact avec ce classique de la littérature shakespearienne date de… 1996. J’étais étudiant en première année de doctorat à l’Université Laval (où j’ai passé neuf des mois les plus pénibles de mon existence, mais c’est là une autre histoire) et j’étais allé voir, au Clap, le film de Kenneth Branagh, qui m’avait ébloui par sa splendeur… même si je n’avais pas compris grand-chose à l’histoire. Le film m’avait peut-être aussi marqué par le fait que, ayant quitté Ottawa en août 1996 pour amorcer mes études à Québec, je me sentais bien inconfortable dans la Vieille Capitale et que de voir un film en version originale anglaise m’avait fait le plus grand bien à l’âme (oui, je sais, c’est un peu curieux étant donné l’histoire). C’est aussi le seul film que j’aie vue où il y avait un entracte, chose rendue nécessaire par son impressionnante longueur (plus de quatre heures).

En fait, je me trompe; j’ai vu une version étudiante (adaptée et raccourcie) de la pièce au collège, ici, il y a quelques années, mais la seule chose qui m’avait marqué à ce moment était le fait qu’ils avaient relevé le défi de présenter la chose par la méthode theatre in the round, où les spectateurs sont assis tout autour de la scène.

Et voilà que, depuis trois semaines, grâce à mon homme qui prend présentement un cours d’anglais, je suis moi aussi replongé dans l’univers du Bard. J’y trouve d’ailleurs un certain plaisir, puisque, n’ayant jamais moi-même fait d’études d’anglais au secondaire, je n’ai jamais fait d’étude littéraire de Shakespeare. Pour mémoire, lorsque j’étais au secondaire, nous apprenions l’anglais langue seconde, dans un système scolaire qui essayait de son mieux de ne pas nous permettre développer une compétence suffisante pour utiliser la langue anglaise, au cas où nous deviendrions d’horribles assimilés; heureusement, j’avais des profs qui enrichissaient un peu le programme. Un séjour en Angleterre et des cours d’immersion dans le cadre du programme de langues secondes auront fait le reste, mais je n’ai toujours pas fait d’études littéraires sérieuses en anglais. Voilà que j’ai ma chance, par procuration.

Rassurez-vous, je ne fais pas les travaux à la place de mon cher et tendre. Je suis prof… je sais où sont les limites. Par contre, j’adore l’aider à poser des questions utiles à poursuivre l’étude. Et pour ma part, je commence à mieux comprendre pourquoi cette pièce (qui m’était, à première lecture, plutôt rebutante) est si riche et si importante pour l’histoire littéraire. Cependant, je me pose toujours la question existentielle: mais pourquoi donc force-t-on les étudiants du secondaire à se taper Shakespeare. Je comprends l’argument de culture générale, mais je ne suis pas d’accord. Je ne vois pas en quoi se creuser les méninges sur une langue anglaise du passé peut aider des étudiants d’aujourd’hui à mieux maîtriser la langue actuelle. Je comprendrais davantage l’exigence d’un cours sur la littérature anglaise au sein d’un programme d’études de premier cycle universitaire, mais vraiment… Le cours que suit Oyaté est largement suivi par des étudiants pour qui une connaissance de la littérature n’est pas particulièrement utile, et qui doivent simplement passer le cours pour avoir accès à des programmes souvent techniques. Il y a incohérence entre les objectifs des programmes universitaires et secondaires, à mon sens.

Ceci dit, je m’amuse et j’essaie de mon mieux de faire partager ce plaisir à Oyaté dont l’anglais n’est pas, comme pour moi, la langue maternelle. Cela m’a d’ailleurs amené à m’interroger sur ce qui arriverait si, d’aventure, il me prenait l’envie de faire un autre bac (études de premier cycle universitaire, pour mes lecteurs d’outre-Atlantique), puisque tous exigent d’avoir complété ELA 30, soit English Language Arts de 12e année… ce que je n’ai évidemment jamais fait. Je me souviens avoir déjà dû produire, au Québec (au cégep de Sainte-Foy, encore en 1996) mon diplôme d’études secondaires pour prouver que j’avais bien les qualifications pour suivre un cours de langue des signes québécoise qui était offert au collégial. Ça m’avait bien fait rire, mais ils étaient sérieux. La même chose s’était produite lorsque je me suis inscrit au certificat en intervention auprès des groupes à l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue… Mon doctorat alors terminé ne pouvait être pris comme preuve de mes études préalables. Mais je diverge.

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6 commentaires sur « Le prince Hameau? »

  1. Si d’aventure, tu devais suivre le cours ELA 30, je sens que tu provoquerais quelques frustrations à tes confrères/consoeurs de classe, sinon à ton enseignantE!!! Je ne sais pas pourquoi! (Une fois n’est pas coutume: LOL)

  2. Boris et Doreus : Vous parlez en langage codé …???? :-D…. C’est pas sympa pour les autres ! Je dirai même plus , c’est discriminant !!!! Je saisis L’ONU ……

  3. Je suis justement en train de lire un bouquin passionnant (mais aussi très chiant) à propos des cours de composition et de littérature qu’on demande aux étudiants de suivre et quand et pourquoi et comment et qui… très intéressant!

  4. Patton, je pense que Boris fait référence à ma tendance à poser des questions pas toujours faciles à répondre…
    Dr. CaSo, le bouquin qui te fait tant suer et dont tu dois rédiger un compte rendu? Ce pourrait effectivement être intéressant… si tu avais la gentillesse de m’en faire parvenir la référence… Comme je m’interroge sur la didactique de l’histoire et sa pertinence dans certains programmes, ça pourrait aussi m’intéresser.

  5. Il s’appelle From Form to Meaning: Freshman Composition and the Long Sixties, 1957–1974, de David Fleming. Mais c’est hyper pointu je te préviens, il y a des pages entières qui ne font que décrire un syllabus ou une réunion de département… Mais comme il y a les mêmes discussions aujourd’hui (et depuis toujours) dans mon département, c’est intéressant de voir comment d’autres s’en sont sortis… ou pas…

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