Samedi Saint 2013

Mont MurchisonAu moment où j’écris ces lignes, nous n’avons toujours pas décidé ce que nous allons faire en ce samedi, Oyaté et moi. Je viens de passer un vendredi pépère et nécessaire en cette fin de session où il semblerait que mon corps est un tantinet plus fatigué qu’à l’habitude. Je ne détesterais pas aller faire un tour dans l’une ou l’autre grande ville pour nous changer les idées à tous les deux, mais, chose rare, je n’ai pas particulièrement envie de prendre le volant. Mais bon… on verra et je vous tiendrai au courant (ou pas). En 2009, j’avais pu prendre la route et me rendre au pied du mont Murchison pour faire ma petite messe sur le monde à la Teilhard de Chardin, mais c’était le 11 avril et surtout, le printemps était arrivé quelque peu plus hâtivement cette année-là. Présentement, il y a encore beaucoup de neige et je ne sais pas trop comment sont les routes en montagne. Je vous entraîne quand même sur la route de mes souvenirs de Pâques, puisque c’est ce que je fais depuis deux jours.

Durant les années où Boris et moi organisions les Montées Pascales, le Samedi Saint était une journée frénétique. En effet, après la célébration festive du jeudi soir, la journée intérieure et pénitentielle du vendredi, le samedi était consacré, pour la plus grande partie, à la préparation de la grande Veillée pascale. Comme nous avions avec nous des groupes de jeunes et que le rôle de cette retraite de fin de semaine était principalement catéchétique, l’organisation de la liturgie de la Veillée pascale était leur était confiée. Nous divisions le groupe en quatre comités, chacun d’entre eux s’occupant de l’une des quatre liturgies de la soirée: Liturgie du Feu, de la Parole, de l’Eau et de l’Eucharistie, les organisateurs se répartissant l’animation des quatre groupes. La journée se passait donc en approfondissement des lectures, en préparation de gestes rituels significatifs et, durant les dernières heures, c’était la préparation des lieux et le rassemblement du matériel nécessaire qui prenait toute la place. J’ai de nombreuses photos de ces activités, mais comme je n’ai pas la permission des gens qui y figurent pour les publier, vous devrez vous contenter du récit.

La Liturgie du Feu est une célébration unique à la Veillée pascale. On y allume le feu nouveau, symbole de la résurrection et de la vie qui recommence. Se mêlent ici, évidemment, commémoration du printemps, de la joie de vivre, du rôle rassembleur du feu dans l’histoire humaine et… l’éclat de la résurrection. Au fil des années, nous avons vécu des feux de joie extérieurs, des feux plus modestes mais non moins spectaculaires à l’intérieur, mais toujours cette joie de se rassembler autour d’un feu qui ranime le groupe après la journée qui venait de se passer. L’avantage des lieux que nous utilisions pour les Montées pascales était que nous devions généralement faire procession d’un lieu de liturgie à l’autre, ce qui marquait clairement l’articulation de la célébration dans son ensemble et donnait l’occasion de nombreux chants.

Même lorsque j’ai vécu la Vigile pascale en paroisse, la Liturgie du Feu était spectaculaire. J’ai souvenir de ce hasard troublant qui, à l’église Saint Joseph’s d’Ottawa avait vu un orage éclater juste avant que l’on n’allume le feu nouveau au jubé et que se répande la lumière par l’allumage de cierges de l’arrière à l’avant de l’église. J’ai aussi souvenir de cette fête de Pâques 2002 vécue à l’Abbaye Notre-Dame d’Oka, chez les Trappistes, où l’allumage du feu nouveau se passait hors de l’église abbatiale… plongée dans l’obscurité. L’attente semblait insoutenable, alors que nous entendions le chœur des moines s’approcher en portant le feu.

Puis, la lumière ayant été faite, nous passions aux choses sérieuses… les sept lectures de l’Ancien Testament, l’ouverture de notre «album de famille» de foi que nous relisions, de la Genèse, dont les récits imagés rappellent le pouvoir créatif qui nous est confié, en passant par l’obligatoire lecture de l’Exode, la Pâque juive, pour terminer chez Ézéchiel, qui nous rappelle que Pâques, c’est laisser son «cœur de pierre» se faire remplacer par un «cœur de chair». Le tout culmine par un extrait de la lettre de Paul aux Romains, puis par l’Évangile de la résurrection. Le tout est parsemé de psaumes et d’acclamations qui renforcent le message d’ensemble, qui se veut essentiellement un rappel de cette longue histoire d’amour de Dieu envers l’humanité.

Selon les années, nous choisissions de procéder à l’ensemble, ou à une sélection de lectures, selon ce qui correspondait à l’expérience du groupe. Nous avons vécu durant ces liturgies de superbes moments de chant. L’année où j’ai vécu Pâques à Oka, la liturgie de la Parole fut toute en intériorité. L’année précédente, alors que j’étais à Port-au-Prince, c’était dans la joie et les tambours! Je me souviens aussi, à Amos, d’une version de l’un des psaumes sur des rythes vaguement country. J’ai aussi en mémoire certaines proclamations du texte de la Genèse qui rendaient particulièrement bien le caractère dramatique de cette longue histoire en sept jours. Celui-ci est trop souvent utilisé par les créationnistes pour l’ériger en une histoire se voulant «vraie», mais si on s’attarde à la poésie du texte, il suggère plutôt que l’humain doit porter attention à tous ces aspects de la Création qui forment son univers et qui rendent sa vie possible.

Bien nourris par ce passage littéraire, soutenus par le chant de l’Alléluia, nous passions ensuite à la Liturgie de l’Eau. Celle-ci nous retourne aux sources du baptême. Dans bien des paroisses de catholicisme ancien (lire: au Québec), cette portion de la liturgie revêt un caractère presque exclusivement symbolique dont l’unique importance réside dans la profession de foi, laquelle me mettait souvent mal à l’aise par son côté dogmatique. Dans les lieux où le catholicisme n’est pas la religion dominante, ce n’est pas le cas. Lorsque j’ai vécu la Veillée pascale en paroisse, à Ottawa ou ici à Red Deer, il y avait des catéchumènes qui complétaient ce soir-là leur processus d’entrée dans la foi catholique et qui recevaient baptême et confirmation. C’est un moment émouvant; ces gens-là ne sont pas là par routine, mais arrivent avec une conviction toute nouvelle et un désir d’entrer dans la communauté des croyants qui parle aux autres membres de l’assemblée.

Vient enfin la Liturgie eucharistique, en laquelle la célébration culmine. Je ne peux toutefois m’empêcher de penser à cette liturgie que Boris et moi avions si patiemment préparé l’ensemble de la liturgie qu’il en avait résulté une certaine… rigidité. Et nous étions là, les huit participants, en aubes autour du maître-autel de la chapelle du Collège Bourget, prêts à entonner le Sanctus quand… la première note est sortie quelque peu de travers (j’ai oublié qui chantait). Fou-rire généralisé autour de l’autel. Rien à faire. La joie qui, jusque là avait été plutôt contenue, venait d’éclater. La leçon que j’en ai tiré est qu’il faut laisser sa place à l’Esprit dans l’expression de la foi… Je ne sais pas quelle leçon Boris en avait tiré, mais je sais qu’il se souvient aussi bien que moi de ce moment.

Durant les Montées, des agapes fraternelles suivaient, qui avaient tout leur sens pour un groupe qui venait de vivre trois jours intenses ensemble. Nous étions tous très fatigués, mais heureux. Certaines années, la Vigile pascale a duré plus de quatre heures. J’ai vécu une célébration de trois heures en paroisse (à Saint-Joseph’s) qui n’a pas paru longue et qui fut suivie d’un sympathique goûter de lamb cakes (des gâteaux en forme d’agneaux). Le rassemblement fraternel après la Vigile que j’ai vécue ici, à Red Deer, était autrement moins intéressante pour moi, car je ne connaissais personne et je ne me suis jamais intégré à la vie catholique ici. J’ai parlé des raisons de cette distance plus tôt dans ce récit pascal.

Est-ce que ces activités annuelles de célébration de Pâques me manquent? D’une certaine manière, j’en appréciais le caractère fraternel et joyeux, ainsi que le défi de cette rencontre de gens nouveaux d’année en année (ainsi que, quelquefois, de revoir des participants «réguliers»). J’y ai vécu de beaux moments. Toutefois, maintenant, ma vie est ailleurs. Non, la foi ne m’a pas abandonné, mais je la vis autrement. Je pense toutefois que je serai présent à une Veillée pascale ce soir, simplement pour compléter ce ressourcement dont je sentais le besoin il y a quelques jours et que j’ai enrichi en vous partageant ces souvenirs.

Joyeuses Pâques!

Advertisements

8 commentaires sur « Samedi Saint 2013 »

  1. Et comment que je me souviens de ce sanctus tout croche… qui m’avait doucement remis à ma place… cette année là pourrait être vue comme un échec vue de l’extérieur, mais je pense que c’est là que j’ai appris à slaquer la poulie et à prendre mon gaz égal comme on dit dans le village où je suis né et où j’ai passé les 14,5 premières années de ma vie… Au cours de toutes ces Montées Pascales, qu’elle fussent avec toi ou en « parwèsse » , je me suis approprié les célébrations pascales et j’ai pu apprendre autant qu' »enseigner » ma foi et ma relation avec mon créateur… Et cette implication en Église me manque énormément, mais, que voulez-vous: je ne me sens pas le bienvenu dans cette Église sclérosée, qui tente de mettre le péché là où il n’est pas, et ferme les yeux sur le véritable péché qu’est l’exclusion sociale. Je sais que bien des catholiques de la base ne partagent pas les vue du sommet de la pyramide, et voudraient bien faire changer les chose, mais il y aurait bien des engrenages à graisser de ce temps-ci…

    Et merci d’avoir mis le si bel Exsultet des Fraternités Monastiques de Jérusalem, chez qui, si Il m’en donne la force, j’irai veiller la nuit prochaine, au Sanctuaire Mont-Royal, ici à Montréal!

  2. «slaquer la poulie»: prendre ça mollo. «prendre mon gaz égal», je n’ai jamais entendu, mais ça semble venir de la conduite avec une transmission manuelle: appuyer sur l’accélérateur avec douceur pour ne pas donner d’à-coups… donc, prendre ça mollo aussi. J’ai bien compris, Boris?
    Patton, les têtes à claques que tu affectionnes tant ne t’ont pas encore initié aux expressions du terroir? 😛

  3. Et j’aurais pu aussi ajouter: « arrêter de roter du vieux sûr » dans le sens de cesser de vouloir être coller à la tradition juste pour y coller!

  4. Pour redevenir sérieux et en phase avec vos commentaires religieux : Je suis ravi que le nouveau Pape soit un Jésuite . Mes 12 années chez eux depuis ma tendre enfance sont des années que je ne regrette pas : Discipline , certes … mais ouverture d’esprit et gout de la culture .
    Evidemment , il y avait quelques Crétins , mais en proportion inverse de la population , soit 20%de Crétins seulement parmi eux . Peut être même 10% …
    Un seul reproche : dressé à un certain élitisme , quand je suis rentré dans le Monde , je n’étais pas préparé à affronter le Crétinisme Universel …. ça étonne , mais on surmonte !
    Vous connaissez l’histoire des 3 religieux victimes d’une panne de courant ?
    Le Bénédictin dit : Prions pour que la lumiére revienne .
    Le Franciscain dit : Prions pour savoir pourquoi la lumiére s’est éteinte .
    Entre temps , la lumiére revient , le Jésuite avait remplacé les fusibles …..

  5. Je connaissais effectivement la blague… transformée quand je l’avais entendue d’un Clerc de Saint-Viateur (qui étaient surnommés «les petits Jésuites») de manière prévisible. En effet, les quelques Jésuites que j’ai rencontrés dans ma vie m’ont permis d’apprécier leur grande intelligence et, en général, un pragmatisme qui éloigne les dogmatismes idiots à la Ratzinger. On verra bien si François tiendra ses promesses ou finira par se plier aux exigences d’une Curie très à cheval sur les prérogatives de l’Église-institution.

Les commentaires sont fermés.