Réflexions du Nouvel-An, 3

Élévateurs à grains rénovés à Saint-Albert. Photo prise le 21 août 2013.
Élévateurs à grains rénovés à Saint-Albert. Photo prise le 21 août 2013.

Rétroliens: Récollection, première et deuxième parties.

Une activité professionnelle de plus en plus accaparante

L’excuse la plus facile que je pourrais avoir pour ne pas remplir l’«obligation» d’écrire sur ce blogue que je me fixe moi-même est probablement le fait que je travaille apparemment beaucoup. Peut-être trop? J’en doute. Peut-être mal? Possiblement, du moins au sens du manque d’organisation ou de compartimentation de ma vie? Mes collègues qui comme moi ont passé de nombreuses années aux études supérieures, où ce qui pouvait exister en fait de séparation relative entre ce qui relève des études et ce qui relève de la «vie en général» devient de plus en plus floue, ont peut-être aussi vécu ce phénomène: ayant perdu l’habitude de séparer les lieux et temps de travail de ceux de loisirs ou d’activités sociales (jusqu’à vivre dans un cercle social qui s’identifie de plus en plus au cercle professionnel) il devient fort difficile, une fois sur le marché du travail, de séparer travail et «vie»… au grand dam de personnes qui, comme mon conjoint, n’arrivent plus vraiment à faire la distinction et ne comprennent pas que l’on peut être à la maison et en même temps être «au travail».

Cette situation de flou plus qu’artistique qui existe dans cette vie professionnelle peut rendre certains aspects de la vie difficiles à gérer. J’ai toujours résisté, par exemple, à la tentation d’avoir des livres dans ma chambre à coucher (du moins depuis que je puis le faire; c’était impossible en résidence étudiante ou lorsque je vivais en communauté religieuse). Lorsque cela fut possible, j’ai même dédié un espace particulier de mon espace de vie au travail en créant formellement un bureau de travail. C’est particulièrement le cas ici, où mon espace de travail se trouve au sous-sol et où tous mes livres et dossiers sont maintenant situés. Comme je dispose aussi d’un bureau au collège, j’ai décidé, lorsque j’ai accepté cet emploi, de diviser les deux espaces de travail (et les livres que l’on trouve sur les étagères) en fonction de la tâche que j’y accomplis: au collège, l’enseignement et le matériel nécessaire à la préparation des cours; à domicile, la recherche et ce qui s’y rattache (ainsi que le trop-plein de volumes n’ayant qu’un lien plus périphérique avec ce que j’enseigne). Cette division est assez théorique, puisque l’enseignement et les activités qui y sont liées occupe la plus grande partie de mon temps, autant à la maison qu’au collège, surtout depuis que j’ai décidé de pleinement utiliser les ressources électroniques dont nous disposons et que mes étudiants soumettent leurs travaux sur le site Blackboard plutôt que sur papier. Aussi, une partie de ma préparation de cours se déroule nécessairement à la maison, car si je me limitais à la faire au collège, Oyaté et les chats ne me verraient pratiquement jamais (du moins, éveillé). À preuve: pendant que j’écris cette série de messages, je suis aussi, sur un autre ordinateur, en train de faire les dernières révisions à mes plans de cours de la session qui commence lundi.

Ce qui a toutefois le plus changé dans ma vie professionnelle est toutefois mon engagement à la communauté collégiale. Depuis le début de mes «études supérieures», j’ai toujours été actif, d’abord dans la vie étudiante, puis dans la vie départementale, siégeant à divers comités et apprenant ainsi ce qui forme au bout du compte une bonne partie de notre travail, autre que l’enseignement et la recherche. En fait, je recommande à tout étudiant qui envisage sérieusement une carrière académique de s’intéresser à la vie départementale… ça aide à ne pas trop être désillusionné par la réalité du travail! C’est que le travail en comité constitue vraiment une partie importante de notre travail, mais comme cela ne nous est pas révélé quand nous étudions, cela peut être une mauvaise surprise. Il est aussi bon de savoir naviguer la politique académique, si ce n’est que pour être mieux en mesure de soutenir nos propres étudiants.

Mon engagement dans la communauté collégiale a commencé assez discrètement, mais a pris, au cours des trois dernières années, de plus en plus de temps mais surtout d’énergie, de par la nature des comités dont je fais partie. J’ai dû apprendre à laisser du lest pour mieux concentrer mes efforts là où je pensais pouvoir apporter la meilleure contribution avec les talents et les intérêts qui sont les miens. C’est ainsi que, de fil en aiguille, je me suis trouvé en charge du comité de développement professionnel du collège, qui administre un budget considérable et qui crée les politiques nécessaires à la gestion de ces fonds. En gros, il s’agit de ces fonds auxquels nous avons accès en tant qu’enseignants, au-delà de notre salaire, pour défrayer les achats et activités qui complètent notre travail: donc, dans mon cas, acheter des livres et autres ressources nécessaires, assister ou présenter à des conférences professionnelles, ou encore défrayer les coûts de ma recherche. À la limite, ce qui constitue du travail de recherche n’est pas à proprement parler du «développement professionnel», cependant, c’est de ce fonds que peuvent être défrayées ces activités dans notre collège.

On devine que la gestion de ce fonds est complexe et hautement politique. Cela a fait de moi une personne quelque peu… controversée. On s’y fait. Je me suis engagé dans ce comité parce que je crois à l’importance de ce fonds, mais aussi parce que je voulais essayer de simplifier le processus, d’en augmenter la transparence, tout en assurant son imputabilité (après tout, il s’agit de fonds publics et il faut rendre des comptes). Cela me tient parfois éveillé la nuit… mais ce fut une introduction à ce qu’est le travail «administratif» dans le milieu académique. J’ai aussi pris conscience du fait que si je voulais vraiment faire un bon travail, il faudrait que je m’y consacre entièrement; il est effectivement assez difficile de mener de front l’enseignement de quatre cours par session en plus de cette tâche administrative… sans gagner quelques cheveux blancs. J’aurai aidé à guider le comité un peu vers le but à atteindre; le travail va continuer sans moi à partir de l’été prochain, parce que je me retire du comité pour me consacrer davantage à mon propre travail de recherche, lequel a beaucoup souffert ces dernières années.

Lors d’une récente discussion avec mon doyen, je me suis rendu compte que je n’ai peut-être pas besoin de me saigner à blanc pour le collège (tenter d’enseigner, de siéger à des comités et en plus de tout ça de faire de la recherche et publier (tout en tentant de garder un semblant de santé mentale et de vie sociale). Il paraît donc que je pourrais davantage me consacrer à l’activité de recherche pendant quelques années sans que l’on me coure après pour me rappeler que je dois aussi donner du temps de «service» à la communauté collégiale en plus de mon service à la communauté en général (au sein du conseil d’administration de l’Association canadienne-française de l’Alberta). Cet engagement communautaire ressort des exigences de mon travail, même s’il correspond aussi à une passion pour la francophonie.

Vous comprenez probablement qu’avec tout ça, après quelque temps, non seulement le temps à consacrer à l’écriture de billets sur un blogue devient difficile à trouver. Cependant, la question est plus large: avec tout ça, je n’ai ni l’énergie, ni vraiment l’inspiration pour écrire, car je n’ai pas assez de temps pour réfléchir. Ça devient donc dangereux et je vais mettre de l’ordre dans tout ça. Donc, la reprise des activités de ce blogue n’est pas seulement fortuite: elle fait partie d’une stratégie de reprise en main de ma vie.

J’ai aussi un autre blogue, portant sur des questions professionnelles celui-là. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour y écrire; il est donc plutôt squelettique et mal nourri. Toutefois, j’ai plusieurs projets d’articles sur des sujets touchant de près mon engagement professionnel en tant qu’enseignant et en tant qu’historien. Ça s’en vient…

Dans tout ce débordement d’activité, je m’étais demandé quoi faire du présent blogue. Et c’est en y réfléchissant durant la pause des Fêtes que je me suis rendu compte que, loin d’être un boulet, celui-ci pourrait être un exutoire et un espace de respiration autant que de réflexion. On devrait donc me revoir la binette (du moins les textes) plus souvent cette année.

À tout de suite!

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2 commentaires sur « Réflexions du Nouvel-An, 3 »

  1. Cher DOREUS , Attention au Burn out !!! Avec sagesse , tu viens de réaliser ce danger de vouloir TROP bien faire …. Je me réjouis de ton inclination à faire revivre ton Blog intéressant intellectuellement et photographiquement à partager avec des lecteurs n’appartenant pas nécessairement à ton cercle professionnel . Rien n’est plus sclérosant que de se confiner …
    Rien n’est plus dangereux pour son couple également . La Générosité est louable , mais …. » Point trop n’en faut !  » …. Tout est dans le dosage !!! Bonne Année à toi et à Oyaté . RICHARD , alias Patton .

  2. Effectivement, Patton. On essaie de se raisonner… Et je souffre présentement du «qui trop embrasse, mal étreint». C’est surtout en constant que je n’arrive pas à tout faire au niveau que je voudrais atteindre que je me rends compte que je dois choisir.

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