Pâques de passage

Foothills

Ça, c’est la façade principale du centre hospitalier universitaire spécialisé Foothills, de Calgary. J’en connais désormais beaucoup trop de recoins à mon goût. Pas parce que j’ai moi-même eu à requérir à leurs services, mais plutôt parce que mon cher et tendre et moi nous y retrouvons trop souvent à notre goût par suite de malheurs (pour utiliser un mot le plus neutre possible) qui se produisent dans sa famille. Encore ce vendredi, nous avons quitté Red Deer d’urgence pour nous rendre au chevet d’un oncle atteint au foie. Pendant que j’étais assis dans le corridor d’où j’ai pris cette photo du pavillon principal, j’ai téléphoné à ma mère (un de ces appels semi-réguliers, question qu’elle sache que je suis encore en vie et que je pense à elle).

Une phrase qu’elle a dite, et qui paraîtrait anodine dans d’autres circonstances, m’a choqué: «La vie est comme ça», voulant dire que des gens naissent et meurent tous les jours. C’est effectivement une de ces platitudes vaguement consolantes qu’on aime à se dire lorsque les choses vont mal. Cependant, si cette phrase aurait pu être dite sans problème d’un membre de ma famille immédiate (blanche), c’est tout autre chose lorsque cela est dit à l’endroit d’un Autochtone. Non, la vie ne devrait pas être comme ça. Nous ne devrions pas avoir à nous rendre au moins deux fois par année à ce centre hospitalier dont j’ai trop vu l’unité des soins intensifs depuis bientôt sept ans. J’en parle peu sur ce blogue par respect pour ma belle famille, mais certains lecteurs se souviendront que, l’été des inondations, nous avions dû nous rendre d’urgence au chevêt d’un cousin qui a depuis réussi à se suicider un peu plus d’un an après l’accident en question. Je vois de près (et c’est un privilège dont je me passerais) ce que veut dire être Autochtone au Canada: vivre avec les séquelles intergénérationnelles des pensionnats n’est pas rien. L’oncle en question, lui, a vécu le pensionnat. Cela l’a brisé. Ses deux fils l’ont précédé dans l’au-delà. Non, la vie ne devrait pas être comme ça.

Est-ce que le message d’espoir de Pâques me réconforte dans ces circonstances? Non. Il me semble bien creux et vide de sens.

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