Hommage à Loki

Je peux enfin parler de Loki sans éclater en larmes. Il me manque terriblement et il manque aussi à Oyaté. Je veux simplement mettre ici par écrit certaines de ses caractéristiques qui le rendaient si spécial, lui qui, en trois ans seulement, s’était creusé un nid douillet au cœur de nos existences et dont l’absence si subite a laissé un grand vide. Oui, la vie continue et on s’y fait peu à peu, mais je veux ici consigner son souvenir. Sous peu, nous recevrons ses cendres et nous lui ferons un dernier adieu.

Loki était le prototype du chat affectueux qui aimait ses humains, mais qui aimait aussi tous les humains. Il était particulièrement attaché à moi, mais il accueillait tout le monde de ses grands yeux lumineux, curieux et profonds chaque fois que nous avions des visiteurs. C’est pour cette raison que lorsque nous avons annoncé la triste nouvelle à nos amis qui nous visitaient régulièrement (et particulièrement aux personnes qui prenaient soin de nos chats à l’occasion de nos absences), ils ont tous eu la même réaction. Ils ont été frappés au cœur.

Chaque fois que nous étions absents pour quelques heures, il nous accueillait invariablement à la porte de ses miaulements sonores, puis il passait la demi-heure suivante à nous (enfin, à me) suivre partout dans la maison jusqu’à ce qu’il ait eu son plein de câlins qu’il récompensait en ronronnements forts et généreux. Chaque soir, il m’accompagnait au lit pendant que je lisais puis, après que je m’étais étendu, il se pelotonnait contre mon bras gauche, entre moi et le bord du lit. Impossible de sortir du lit sans le soulever (avec quelques protestations de sa part parfois). Il restait souvent là toute la nuit et je me réveillais le nez contre sa douce fourrure qui sentait souvent et mystérieusement le chocolat. On comprend que, sans sa présence chaude et ronronnante jeudi soir dernier, je n’arrivais plus à m’endormir.

Sitôt que je m’asseyais sur le fauteuil du salon, et ce peu importe où il se trouvait dans la maison, il apparaissait et s’installait sur mes genoux, où il pouvait rester des heures, généralement jusqu’à ce que j’aie besoin de me lever. Il fallait alors que je le tire d’un sommeil lourd. Dernièrement, il restait moins longtemps, ce qui pouvait avoir été le fait de la douleur qu’il ressentait à l’abdomen. Je pensais que c’était juste parce qu’il avait trop chaud (et ce pourrait aussi être la raison de ses départs plutôt précipités). Il partageait assez souvent mes genoux / jambes avec Alfred.

Lorsque nous étions à table, il venait souvent nous visiter; pas pour quémander de la nourriture, ce qu’il n’a jamais fait, mais plutôt pour quêter des caresses et, lorsque le repas tirait à sa fin, pour demander à bondir sur mes genoux. Là, il pouvait s’installer sur le dos pendant que je lui frottais le bedon pendant de longues minutes, les pattes en l’air, ronronnant les yeux mi-fermés. Il rappelait à Oyaté la position prise par un nourrisson. C’était d’un attendrissant…

Il est rapidement devenu l’ami d’Alfred. On les voit ici ensemble sur le dessus du réfrigérateur en septembre 2015, soit trois mois après son arrivée dans la maison. De la présence de Loki dans notre vie, son influence sur Alfred est probablement le plus beau cadeau qu’il nous a fait. Alfred demeure un chat timide qui disparaît lorsque nous avons des visiteurs; cependant, depuis le passage de Loki dans sa vie, il a trouvé sa voix (littéralement, il vocalise bien davantage) et sa place dans la maison. Cela s’est fait quelque peu aux dépens de son frère Oscar, qui n’a jamais vraiment que toléré la présence de Loki. D’ailleurs, Alfred semble parfois chercher Loki ces jours derniers. Entre autres, une autre habitude de Loki était de venir me visiter lorsque j’étais à la toilette. Il était inévitablement suivi par Alfred. Ce dernier a gardé cette habitude, mais chaque fois, il semble chercher Loki dans la salle de bains.

Une autre habitude de Loki dans la salle de bains était de s’asseoir sur le couvercle de la toilette et de miauler lorsque nous faisions notre toilette. Il pouvait également s’y installer lorsque je prenais une douche, y demeurant jusqu’à ce que j’aie terminé. Comme accueil constant, on peut difficilement faire mieux. Il a d’ailleurs failli aller se baigner sans le vouloir lorsque le couvercle de la toilette était ouvert… Il n’avait pas peur de l’eau non plus et, pendant que je me préparais à entrer dans la douche et que j’ajustais la température de l’eau, je sentais souvent son doux frôlement contre mes jambes alors qu’il s’installait sur le siège de la toilette pour regarder ce que je faisais.

Il adorait cette peluche, qu’il massait régulièrement (on peut voir une vidéo ici). Il pouvait passer quelques minutes à la masser vigoureusement et à la téter, puis il s’endormait dessus. Oyaté a offert (puisque ce chien en peluche lui appartient) de le faire disparaître si sa vue était trop douloureuse, mais au contraire, j’aime beaucoup le voir là.

De tous nos chats, il était celui qui patrouillait le plus la maison pour s’assurer que nous nous y trouvions. Lorsque je travaillais au sous-sol, il descendait régulièrement me voir, s’installait un peu sur mon bureau et il a même participé à quelques réunions par visioconférence! Ici, il se regardait lui-même… pas sûr qu’il était très heureux de se voir plus gros que nature.

Il était attiré par la nourriture, probablement plus que tout autre chat de la maisonnée. Les soirs de nourriture en boîte, sitôt qu’il m’entendait sortir les bols qui servaient à la distribution, il apparaissait et miaulait la sonnerie d’alarme qui attirait tout le reste de la maisonnée. Il sautait généralement sur le comptoir avant que j’aie pu ouvrir la boîte; il me fallait le remettre par terre puis, une fois la nourriture distribuée dans les bols, il continuait à miauler jusqu’à ce qu’il ait reçu sa pitance. Il semblerait qu’Oscar a décidé de remplir ce rôle depuis son départ… Cependant, son intérêt pour la nourriture s’étendait aussi, comme c’est le cas pour Edgar, à tout ce qui incluait de la volaille, comme on peut le voir ici:

De toute évidence, cela aura pris un peu de temps, mais Loki s’est merveilleusement installé dans la famille féline de la maison. Rusty et Edgar lui ont rapidement signifié sa place; Alfred l’a accepté et Oscar le tolérait sans plus, mais les querelles étaient rares et généralement davantage du domaine du jeu qu’autre chose. Tout ce beau monde arrivait à cohabiter sans grands conflits.Loki étant sociable, il nous accompagnait souvent pour des jeux de société. Il en profitait aussi pour jouer avec les souliers de nos invités dans l’entrée. Il avait un esprit ludique qui lui seyait à merveille (et c’était en partie la raison de son nom). Il s’amusait souvent avec les souris dispersées dans la maison et que l’on retrouvait inévitablement dans l’un ou l’autre bol de nourriture (il les y déposait après les avoir chassées).

Jouer à Risk semblait lui convenir parfaitement… Cette photo lui a même valu de gagner un petit concours sur Fesse-de-Bouc, organisé par notre clinique vétérinaire.

Enfin, quelques petites anecdotes: Loki pouvait dormir… dur! J’ai en mémoire un après-midi peu après son adoption, alors que j’étais occupé a lire dans mon fauteuil et qu’il s’était assoupi non pas sur mes genoux, mais sur le dessus du dossier du futon. Il a dû bouger dans son sommeil, et je n’ai rien vu sinon qu’il avait subitement disparu et j’ai entendu «boum-boum», alors qu’il tombait, pauvre petit, d’abord sur l’allège de fenêtre, puis sur le plancher. Il est apparu dessous le futon, un peu étourdi, mais autrement tout aussi jovial qu’à son habitude. Il a aussi appris que je me retournais dans mon sommeil après être tombé du lit à quelques reprises pendant la nuit.

Il aurait bien aimé aller au jardin avec Edgar et Rusty. Nous avons tenté l’expérience un après-midi de l’été 2016. Il a d’abord reniflé l’ensemble du périmètre du jardin avant de se lancer directement à un endroit de la clôture où il a sauté sur le dessus. Ayant vu la manœuvre préparatoire, je l’ai attrapé juste avant qu’il saute de l’autre côté. Il insistait toutefois chaque fois que l’un de nous était dehors: si je travaillais au jardin, je pouvais entendre ses cris plaintifs et souvent il sautait et s’agrippait de ses griffes dans la moustiquaire de la porte. Nous l’avons emmené au jardin deux fois ce printemps, en laisse. Cela ne lui plaisait pas particulièrement, mais il avait aimé suffisamment pour continuer à redemander à sortir.

Il laisse donc un grand vide que ses frères tentent de leur mieux de combler. Étrangement, nous retournons à la situation telle qu’elle était avant l’adoption de Loki en juin 2015, mais ce n’est pas la même chose. Il a décidément laissé une empreinte profonde dans nos vies. C’est plein de gratitude que je lui dis adieu.

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