Devoir accompli

C’est aujourd’hui l’assemblée générale annuelle du Réseau santé albertain. C’est aussi aujourd’hui que se termine mon mandat à la présidence de cet organisme dont le rôle est d’améliorer l’accès aux services de santé en français dans la province. Je siège au conseil d’administration de l’organisme depuis 2011 et j’en ai assumé la présidence en 2016, un peu à pied levé.

Je m’étais engagé à remplir cette tâche pour un maximum de deux ans; les obligations de mon travail me forcent à respecter cette échéance. Aussi, il est bon d’assurer un sain renouvellement au sein des organismes, et je crois que celui-ci est maintenant en bonnes mains avec son nouveau directeur général et une planification qui le met bien en selle pour remplir son mandat au cours des prochaines années. Je quitte donc la présidence et le CA avec confiance en l’avenir.

Quel bilan tire-je de mon engagement de deux ans à la présidence du Réseau? D’abord, comme c’est souvent le cas dans ce genre de bénévolat, une prise de conscience de l’immensité de la tâche qui reste à accomplir, mais aussi de l’étendue et de la diversité des besoins dans divers coins de la francophonie albertaine.

J’ai commencé mon mandat sur les chapeaux de roues, avec une rencontre au sommet avec la Ministre de la Santé nouvellement élue en compagnie du président et de la directrice générale de l’ACFA. J’y étais pour étoffer les demandes de l’ACFA concernant les services de santé, surtout en ce qui concerne les soins prolongés et l’hébergement des personnes âgées. Il y a en effet une résidence à Edmonton, le Centre Saint-Thomas, qui a été érigé grâce aux efforts de la communauté francophone, mais qui a depuis été récupéré dans le système de santé, causant des problèmes d’accès aux francophones. La rencontre avait aussi pour but de demander la création d’un conseil consultatif francophone au sein du Ministère de la Santé (et non seulement d’Alberta Health Services). Ce dossier a fait un certain progrès depuis l’adoption, l’année dernière, d’une Politique en matière de francophonie par le gouvernement albertain, mais c’est lent. Un conseil consultatif francophone auprès du gouvernement est en recrutement, mais ce n’est pas spécifique à la santé.

Mon rôle à la présidence m’a amené à travailler plus étroitement avec des instances gouvernementales, éducatives et communautaires comme le secrétariat francophone de l’Alberta, le Campus Saint-Jean et le Centre collégial de l’Alberta, l’ACFA et quelques autres. Je me suis rendu à Grande-Prairie pour rétablir des contacts qui s’étaient faits distants avec le temps et à Calgary en vue de renforcer nos liens et éventuellement amener l’ouverture d’un bureau satellite du Réseau dans le sud de la province (ce qui devrait se réaliser d’ici la fin de l’année). J’ai aussi été présenté ex officio comme représentant de l’ouest au conseil d’administration de la Société santé en français, l’organisme national qui chapeaute les activités du mouvement santé en français (en situation minoritaire) à l’échelle du pays. Mon calendrier s’est donc assez rapidement rempli… et je dois le dire, mon travail au collège en a parfois souffert un peu.

J’ai toutefois participé à des activités enrichissantes et fait la connaissance de gens passionnés à travers la province. Les consultations du secrétariat francophone en vue de l’élaboration de la politique en matière de francophonie ont été un bel exemple d’une communauté francophone se mobilisant à divers égards. De la même manière, des initiative communautaires comme la clinique francophone de Calgary (malheureusement présentement en hiatus à cause de manque de financement) montre qu’il y a un désir de se donner les moyens de ses désirs. On espère que le Plan d’action pour les langues officielles qui commence assurera le financement gouvernemental nécessaire à la mise sur pied d’initiatives durables.

C’est à ce niveau qu’intervient mon engagement concurrent à la Société santé en français. Le Réseau santé albertain est l’un des seize réseaux qui forment la SSF, dont le siège social est à Ottawa. Le financement de la SSF provient de Santé Canada, ce qui lui donne une certaine autonomie et une complémentarité face aux autres organismes communautaires (comme l’ACFA) qui sont principalement financés via Patrimoine canadien. Le RSA travaille donc en collaboration avec ces organismes communautaires sans devoir entrer en compétition avec eux pour chercher du financement.

Le travail au sein du conseil d’administration de la SSF est complexe au sens où les enjeux de la francophonie en milieu minoritaire sont très différents selon les provinces. Deux provinces regroupent le plus gros de la population francophone hors-Québec, soit le Nouveau-Brunswick et l’Ontario et donc ils ont une certaine capacité institutionnelle renforcée par du financement et des programmes de leurs gouvernements provinciaux respectifs. Cette réalité est très différente des provinces comme l’Alberta, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique ou même la Nouvelle-Écosse, où les populations sont plus petites, plus dispersées, et non soutenues par des programmes provinciaux vigoureux. Et ne parlons pas de la réalité des francophones aux Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Yukon et à Terre-Neuve-et-Labrador, où la situation est plutôt désespérée. Il faut savoir que bien que le financement de la santé provienne des deux paliers de gouvernement (fédéral et provinces), la responsabilité de l’administration de la santé relève du domaine provincial, ce qui complique parfois les choses.

Le rôle de la SSF et des organismes comme le Réseau dans les provinces est de faire en quelque sorte le pont entre les gouvernements provinciaux (et/ou les agences de santé provinciales) et les communautés francophones pour améliorer l’accès aux services de santé en français. Dans certains cas, il y a de la bonne volonté; dans d’autres, une opposition viscérale à ce qu’un groupe autre que les Anglophones reçoive ce qui est considéré comme un «privilège». Il suffit de saisir que la langue d’accès constitue l’un des premiers outils des professionnels de la santé pour améliorer le diagnostic et la conformité aux traitements pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas là de privilège, mais bien de besoin essentiel pour bien des gens. La chose est reconnue par l’Organisation mondiale de la santé et la langue forme avec la culture l’un des déterminants sociaux de la santé. Cependant, convaincre des décideurs politiques qui ne répondent qu’à la loi de la majorité de l’importance de cet élément est difficile. C’est le travail qu’accomplissent les divers réseaux provinciaux (et la SSF au niveau national), et cela requiert du temps, des ressources et du personnel. En plus, certains réseaux offrent des services directs à la population pour aider à l’éducation à la santé.

J’ai donc beaucoup apprécié ces deux années de bénévolat et je ne ferme surtout pas la porte à un engagement futur: cela est trop important et enrichissant au niveau personnel. Cependant, je dois prendre une pause et mesurer mon engagement dans la communauté francophone pour l’instant. Je vais donc consacrer mes efforts à la Société historique francophone de l’Alberta pour les prochaines années. Là aussi, il y a beaucoup de travail à faire et on pourrait dire que j’y ai une certaine expertise…

Assemblée générale du Réseau santé albertain 2018. Photo: Journal Le Franco.

Si vous avez Fesse-de-Bouc, vous pouvez aller ici pour me voir et m’entendre dresser un bilan très rapide au journaliste du Franco après l’AGA ce matin.

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