Éloge funèbre

Ce paysage bucolique est l’aboutissement de deux semaines de va-et-vient frénétique amorcés le 19 septembre dernier, alors que le monde entier avait les yeux tournés vers les ors grandioses d’un pageant londonien. Peu après midi, alors que je rentrais de Red Deer puis cueillais Oyaté au centre-ville, son téléphone a sonné. C’était sa mère. Cela arrive de temps à autre et généralement c’est pour prendre des nouvelles, mais cette fois, c’était différent. Sitôt après, il téléphonait à quelqu’un d’autre et j’ai tout de suite su que quelque chose n’allait pas. C’étaient des nouvelles préoccupantes de son frère cadet. Pour faire court, Oyaté apprenait que son frère, dont il avait été très proche lorsqu’il était jeune, était mourant. Nous nous sommes lancés vers Calgary aussitôt que possible. Deux jours plus tard, entouré de sa famille, son frère nous quittait pour un monde meilleur. Nous sommes revenus à Edmonton, mais avons dû retourner à Calgary vendredi pour participer aux arrangements funéraires, avant de revenir à la maison et retourner à Calgary pour les funérailles qui avaient lieu mercredi dernier, pendant une journée où la météo était particulièrement glorieuse pour un après-midi d’automne.

À droite de la photo, on voit la sépulture du demi-frère aîné d’Oyaté, décédé en novembre dernier dans l’incendie (d’origine probablement criminelle) de sa demeure. À droite, son frère cadet repose depuis mercredi. Ma belle-mère est terrassée. Oyaté n’est pas vraiment lui-même. Deux décès inattendus en moins d’un an ébranlent une famille, même si ils contribuent aussi à renforcer les liens entre les survivants (Oyaté a un autre frère et deux sœurs toujours en vie). Mais je ne peux m’empêcher de constater, à la fois comme historien et comme personne extérieure à la réalité autochtone, que ces vies fauchées trop jeunes (l’un à 51 ans et l’autre à 48) ne sont que deux des trop nombreux exemples bien concrets des conséquences du colonialisme canadien. Je n’ai pas l’énergie d’expliquer pourquoi ici; j’y reviendrai probablement un autre jour. Ce blogue n’est pas la place pour m’épancher sur la vie de ces deux hommes, dont je ne connais en fait que des bribes. Je veux simplement leur rendre un humble hommage pour avoir eu le courage de vivre au quotidien. Et je tente de mon mieux de réconforter Oyaté et d’être disponible pour ma belle-famille. Et comme j’ai pris du retard dans mon travail, vous m’excuserez si je suis un peu absent de cette page durant les prochaines semaines.

Publicité

10 commentaires sur “Éloge funèbre

  1. Je suis désolé pour Oyaté . Transmettez lui , s’il vous plait , mes condoléances et l’assurance de mes prières .

  2. moi aussi je suis désolée pour Oyaté, je sais la douleur de perdre un frère 😢

  3. Je suis de tout mon coeur te ma compassion auprés de ton mari Oyaté et de vous tous.
    Je me dis trés souvent que la vie est souvent trés cruelle et injuste ; l’ histoire si triste des deux frères de ton homme le démontre malheureusement, aussi sachez que je vous soutiens même virtuellement.
    Je suis trés triste pour vous .
    Toutes mes condoléances et mes plus chaleureuses pensées et tendresse à vos chats?
    Ann xxx

  4. With you all,from the bottom of my heart.
    I know unfortunatly the pain that this kind of situation can be and bring,be linked with one another.
    I am with you all, truly.
    Ann

  5. Dear Oyaté

    I don’t know you that much, but having lost my father, my aunt and my brother-in-law in 8 short weeks in 2019, I have a good idea what you going through. Words are so feeble in these situations, but I have found a text that gave me solace in my grief then, you may already know it, but just in case, here it is:

    Epitaph

    by Merrit Malloy

    When I die
    Give what’s left of me away
    To children
    And old men that wait to die.
    And if you need to cry,
    Cry for your brother
    Walking the street beside you.
    And when you need me,
    Put your arms
    Around anyone
    And give them
    What you need to give to me.

    I want to leave you something,
    Something better
    Than words
    Or sounds.

    Look for me
    In the people I’ve known
    Or loved,
    And if you cannot give me away,
    At least let me live on in your eyes
    And not on your mind.

    You can love me most
    By letting
    Hands touch hands,
    By letting
    Bodies touch bodies,
    And by letting go
    Of children
    That need to be free.

    Love doesn’t die,
    People do.
    So, when all that’s left of me
    Is love,
    Give me away.

    I’ll see you at home
    In the earth.

    __________

    Please accept my most sincere condolences

    Boris

Vos commentaires sont toujours appréciés!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.