Photo du mois: Mon trésor!

Ce mois-ci, Nolwenn nous invite, avec une vidéo en accompagnement, à photographier «notre trésor». Je n’ai pas eu à me poser trop longtemps la question de ce qui aller meubler ma photo. Bon. Je vous aurais bien photographié celui qui est vraiment «mon trésor», mais il n’aime pas vraiment l’appareil photographique, et comme il faut que je lui demande la permission pour publier sa photo… eh bien, vous avez mon deuxième trésor. Enfin… une petite partie. Et, j’ignore si je viole ici une des règles non-écrites de la «photo du mois», mais ce trésor vient avec une explication.

Ceux qui me connaissent savent que, personnellement, j’ai peu d’attachement à ce qui a de la valeur marchande. Bon. On dira que ce ne sont que les riches qui peuvent dire ça. Peut-être. Je n’ai effectivement jamais manqué de nourriture (bon… certains dirons que ça paraît dans certains recoins pas trop cachés de ce blogue). Mon trésor, comme on peut le voir sur la photo, il est ailleurs. L’Évangile (tiens! un autre livre!) fait dire à Jésus: «où est votre trésor, là aussi sera votre cœur» (Lc 12:34, TOB). Bon. Mon cœur est depuis longtemps gagné à la culture des choses de l’esprit. Ça veut aussi dire qu’il y a une foultitude de ces objets lourds et parfois encombrants dans la maison. Combien? Je ne sais pas trop; quelque part entre deux et trois mille. Ça m’importe peu de savoir combien il y en a. J’aime leur présence. J’aime les avoir à portée de main. J’aime les magasiner aussi, me promener chez les bouquinistes est l’un de mes plus grands plaisirs (malheureusement plutôt inassouvi là où je demeure).

Aux yeux de plusieurs, toutefois, mon trésor est quelque peu menacé dans son existence physique. On crie (une fois de plus) à la fin du livre imprimé. Il semble toutefois que, cette fois, la menace est bien réelle, du moins si l’on en croit les chiffres de ventes de livres numériques qui dépassent celles des livres imprimés. Je voyais récemment cet entretien entre intellectuels français qui débattent des nouveaux supports qui se présentent pour l’information.

Est-ce que je me sens menacé par le virage numérique, comme le suggérait un bouquiniste que je visitais à Charlottetown l’été dernier? Oui et non. L’avantage du livre objet physique, c’est qu’il demeure un témoin permanent du moment de son impression; les livres numériques peuvent facilement être altérés… leur accès contrôlé. Disons que je n’aime pas vraiment le virage vers les «applications» contrôlées par des multinationales. De plus, les questions actuelles de droits d’auteur amènent toute une controverse sur la conservation d’un volume qu’on achète: comme tout document numérique, il n’appartient pas à l’acheteur, mais à son producteur. Ça pose évidemment des problèmes pour un historien comme moi, qui a besoin de conserver ses références longtemps, et de pouvoir les transférer sur divers supports au besoin.

Je préfère le livre libre et en papier. Celui que l’on peut avoir avec soi aussi longtemps qu’on le veut… et que l’on peu même abandonner à un endroit où quelqu’un d’autre pourra le recevoir gratuitement. Cependant, je ne dénigre pas les autres moyens d’accéder à leur contenu. Je trouverais toutefois dommage de ne plus pouvoir fureter à ma guise entre des rayonnages poussiéreux pour trouver l’inattendu… C’est souvent difficile de trouver l’inattendu au détour d’un pixel. J’avoue que je me sentais un peu perdu le jour où je suis arrivé à l’université (en 1991, déjà!) et que l’on avait remplacé les fichiers sur cartes auxquels j’avais été habitué par… des terminaux informatiques de recherche. Impossible, désormais, de trouver ce à quoi on ne s’attend pas en furetant entre les cartes. J’ai d’ailleurs renoué avec ce plaisir en 2009 lorsque je suis retombé dans des fichiers à cartes aux archives provinciales. Pour les bibliothèques, tant qu’elles contiennent des livres physiques, reste la possibilité de fureter entre les rayons.

Le livre numérique a toutefois des avantages. Il ne prend pas de place; j’avoue que je ne détesterais pas en traîner quelques-uns sur mon ordinateur lorsque je voyage, bien que la lecture à l’écran me fatigue très rapidement. Il est également fort utile pour l’usage que font des livres la plupart de mes étudiants: en fait, j’ai songé sérieusement à opérer le virage numérique pour mes cours de première année, où les étudiants ne gardent généralement pas leurs manuels et ceux-ci changent très souvent d’éditions. Ça devient, comme les périodiques dont parlait Olivier il n’y a pas longtemps, du consommable. En plus d’être moins cher, cela encouragerait certains étudiants à lire, puisque le contenu serait alors lié à d’autre matériel virtuel. Pourtant, un sondage auprès de mes étudiants me révèle que 75% d’entre eux préfèrent encore le livre papier. Faudra faire un suivi…

Quoi qu’il arrive, je continuerai à chérir ces volumes imprimés et à les accumuler amoureusement aussi longtemps qu’ils seront produits… et peut-être même au-delà! Quant à produire, je publie déjà sous les deux formes. On verra à la longue laquelle dominera.

Enfin, n’oubliez pas d’aller voir les trésors des autres participants: 100driiine, Alice, Anneblogoth67, Caro, Caro[line], CarolineCéliano, Céline in Paris, Chouchou, Clara, Claude, Cynthia, Damien, DelphineEtJulie, Doremi, Dorydée, Ennairam, Fabienne, François, Frankonorsk, Genki, Godnat, Gouli, Guillaume, Jo Ann, L’azimutée, Mandy, Marie, Marion4 petits suisses dans un bol de riz, Nathalie, Nolwenn, Olivier, Sébastien, Shandara, Sophie, Stéphane, Tambour Major, Tania, Véronique, Virginie et Viviane.

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20 commentaires sur « Photo du mois: Mon trésor! »

  1. Quel beau plaidoyer pour le livre. Je vais laisser mon « modeste » trésor (comparé au tien!) derrière moi, mais je compte bien le reconstituer une fois sur place. Et même si une liseuse électronique me suit depuis Noël, celle-ci ne sera jamais qu’un appoint pour lire quelques lignes entre 2 rendez-vous et ne saura remplacer le petit bruissement des pages tournées…

  2. Je vois qu’on a les mêmes références. 😉

    Je pourrais vivre dans une bibliothèque. Rien ne m’apaise autant qu’être entourée de livres.
    Cicéron : « Une pièce sans livres, c’est comme un corps sans âme. »

  3. Les livres contiennent et constituent des trésors. Si l’édition électronique peut présenter des avantages en terme économique, je reste personnellement attaché au papier qui reste consultable même en cas de panne et dont jusqu’à présent la pérennité pour les papiers de bonne qualité est vérifiée.

  4. (Zut, mon commentaire s’est effacé)

    Je disais que nous avions eu la même idée.
    La grande différence, c’est ta bibliothèque de moine copiste qui me fait capoter! 🙂

    J’ai réfléchi au support et le papier, c’est pour le moment ce qui coûte le moins cher et qui se garde le plus longtemps. On aurait été malin si on avait trouvé des disquettes dans des tombeaux égyptiens. 😉

  5. Je suis comme toi et je tiens ça de mes parents donc tous les murs de leur maison sont maintenant recouverts de livres… Mon problème c’est que je déménage très souvent, et que les livres sont toujours ce qui m’a coûté le plus cher à déménager… donc j’élimine, j’élimine, j’élimine (je fais des donnations aux bibliothèques locales) environ la moitié des livres que je possède à chaque déménagement.

  6. L’odeur du papier , de l’encre , de la colle de reliure , du cuir …. le toucher du papier bible ou d’un beau Vergé , ou méme un Livre de Poche qui tient dans la…poche !
    Irremplaçable ! ….
    Mais …..le poids , les volumes ( sans jeu de mots ) à ranger en Bibliothéque de façon exponentielle ….
    Je crois que nos générations ne renonceront pas à Gütenberg !
    Les futures générations ? Chi lo sa ???

  7. Mes trésors sont également mes plus grandes possessions, mais la mort dans l’âme, je dois m’en séparer, du moins de quelques-uns. J’apprends… étant romancière, j’ai vraiment du mal à ne pas avoir un livre papier entre les mains.

  8. Ennairam, comme tu vois, je suis plutôt d’accord.

    Dorydée, le déménagement de mes 165 caisses de volumes lors de mon départ d’Ottawa pour l’Alberta fut une source de maux de tête autant que de maux de dos. Pas question d’embaucher des déménageurs, dont les prix sont déterminés au poids. Mais pas question non plus d’avoir un camoin poids-léger, car il fallait pouvoir transporter le tout… sans pour autant devoir requérir un permis de conduire de type fardier. Le résultat fut <a hrefplutôt épique.

    Ma life et L’azimuthée: Tout à fait.

    François, j’aime aussi l’autonomie que fournit un support qui ne dépend d’aucune forme de technologie… sinon un peu de lumière pour lire.

    Olivier; j’aurais aussi pu prendre le rayonnage des bandes dessinées (qui reposent, soit dit en passant sur une bibliothèque Leksvik d’Ikea), mais cela n’aurait pas vraiment eu le même impact visuel. Tous les livres, quels qu’ils sont, constituent un trésor inestimable… pourvu qu’on les lise, évidemment.

    Dr. CaSo, non pas que je veuille que tu déménages, mais assure-toi de me contacter au prochain élagage!

    Patton, pourquoi ne suis-je pas surpris de retrouver chez toi l’éloge de l’aspect sensuel du livre? (avis que je partage, soit dit en passant)

    Jo Ann, quand on écrit, on ressent encore davantage le poids de l’écriture.

  9. En venant vivre au Québec, je n’ai pas pu me séparer de mes livres, ça m’a coûté un bras, mais je ne regrette rien, c’est un de mes trésors aussi!

  10. J’adore les livres et j’espère un jour me poser et pouvoir avoir des murs de livres. En attendant, j’essaie de les donner pour ne pas trop accumuler.

  11. Bien belle bibliothèque. Mes livres sont disséminés un peu partout en raison de mes fréquents déménagements, et je ne possède plus de bibliothèque depuis longtemps. Et quant aux livres numériques, j’avoue, j’en ai quelques uns, surtout des Ibsen en version originale 🙂

  12. Magnifique point de vue (dans tous les sens du terme) ! 😉
    Et vive le bouquin, le livre, le pavé, l’ouvrage. Peu importe le nom qu’on lui donne, mais pourvu qu’on puisse le feuilleter !!

  13. Claude, oui. Il y en a pour quelques années encore… même si je n’acquérais rien de nouveau.

    Cynthia… et dire que j’en ai donné des centaines au fil des ans!

    Frankonorsk, rien de mal aux livres numériques non plus. Même si je préfère le support papier personnellement, je considère que la culture importe, sans égard au support.

    Sév / Oth67, je te plussoie. Quant à l’identité du trésor… ça ne fait que montrer son importance à tes yeux et sa richesse!

    Guillaume, donc prépare-toi à des années d’investissement…

  14. Je suis tout à fait d´accord avec toi!Les livres ne seront jamais remplacés. Il y a toute la magie de l´odeur des feuilles (surtout si le livre est ancien), le toucher et le plaisir de tenir un livre…Ce que nous ne pourrons pas avoir avec le numérique!

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